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01/07/2009
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Iran :
les vrais enjeux |
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) L’élection présidentielle en Iran
a été l’occasion d’un déchaînement politico-médiatique dont nos pays impérialistes
ont le secret. Les journalistes avaient prévu que le candidat des impérialistes des USA
et de l’UE l’emporterait ; on se demande même s’il était vraiment utile
de faire voter les Iraniens. Patatras, voilà que le beau scénario de nos éminents stratèges a
manqué, c’est Ahmadinejad qui a battu à plate couture Moussavi. Ils nous refont, pour la n-ième fois le coup des élections truquées.
Les hommes des grands capitalistes US sont rôdés à cette pratique :
voler le pouvoir en prétendant que le résultat des élections a été truqué. Le
fameux Georges Soros, milliardaire et membre du parti démocrate a, on s’en
souvient, ainsi financé et organisé le renversement du pouvoir en Serbie, en
Ukraine et en Géorgie. Mais la chose était beaucoup plus malaisée en Iran, et
l’analyse du résultat des élections aide à mieux comprendre ce qui s’est passé. Comme d’habitude le bobard du "vol du résultat" ne repose
sur rien de tangible. En revanche, il est significatif de l’aveuglement des
"journalistes" occidentaux qui ne veulent en aucun cas voir le sens
du vote qui vient de se dérouler ; ni s’intéresser à la composition
sociale des manifestations pour ou contre Ahmadinejad. L’exemple-type de cette vision volontairement étriquée est l’argument
massue à propos du résultat du vote dans la province turcophone de l’Azerbaidjan
iranien. Les 63 % obtenus par Ahmadinejad seraient la preuve de la triche,
puisque son adversaire Moussavi est lui-même un Azéri. Nous voilà aux prises
avec le présupposé simpliste selon lequel l’appartenance ethnique ou l’appartenance
à une communauté linguistique seraient les seuls facteurs possibles
permettant d’expliquer un comportement électoral et non les intérêts sociaux. Une analyse montre que Moussavi a obtenu les voix de la classe
moyenne, notamment les professions libérales et de la petite bourgeoisie
alors qu’Ahmadinejad a bénéficié du soutien des ouvriers, des artisans, des
fonctionnaires. Ainsi, dans la province azérie, Moussavi a fait le plein de
ses voix dans les villes tandis qu’il a été laminé dans les zones rurales ;
de la même manière, il a fait le plein à Téhéran tandis qu’Ahmadinejad l’emportait
largement dans les banlieues ouvrières. Les paysans azéris ou non ont sans doute apprécié la politique de
redistribution des terres menées sous le premier mandat d’Ahmadinejad, les
ouvriers la hausse réelle de leur niveau de vie et les salariés du pétrole
(le président sortant a rassemblé dans les zones pétrolifères) n’ont pas
voulu des propositions de privatisation de Moussavi. L’analyse démographique des électeurs met en évidence une réelle
polarisation qui dresse des
individus bénéficiant de hauts revenus, partisans du libre marché,
capitalistes et individualistes, contre une classe laborieuse ayant de
faibles revenus, fortement solidaires entre eux, partisans d’une "économie
morale" dans laquelle l’usure et le profit sont strictement limités par
des préceptes religieux. Les attaques ouvertes d’économistes oppositionnels
contre les dépenses sociales du gouvernement, contre sa politique de crédit
accessible et de subventionnement des produits alimentaires de première nécessité
ne les ont pas vraiment fait apprécier par la majorité des Iraniens, qui bénéficient
de ces programmes sociaux du gouvernement. L’Etat était considéré (par
ceux-ci) comme le protecteur et le bienfaiteur des travailleurs pauvres
contre le "marché", qui représentait à leurs yeux la richesse, le pouvoir,
les privilèges et la corruption. De même la résolution d’Ahmadinejad à défendre l’intégrité du pays,
ses frontières et sa place de puissance régionale et sa politique passée dans
ces domaines ont également obtenu les faveurs de la population. Les attaques
de l’opposition contre la politique étrangère "intransigeante" du régime
et contre ses positions "lui aliénant" l’occident n’ont trouvé d’écho
qu’auprès des seuls étudiants ultralibéraux et des affairistes de l’import-export.
Aux yeux de l’immense majorité des Iraniens, la mobilisation et la menace d’escalade
militaire du régime ont évité à l’Iran une attaque armée des Etats-Unis et/ou
d’Israël. On pourrait en terminer avec cette analyse en citant un éditorial,
daté du 15 juin, du journal américain le "Financial Times", qui n’est,
certes pas dans notre camp mais fait preuve de lucidité. « Pour les
pauvres, le changement, cela signifie avoir à manger et avoir du travail ;
ça n’est une question ni de code vestimentaire branché, ni de récréations
mixtes… » Les
vrais enjeux Il reste à analyser avec un peu plus de recul, comme marxiste. Pas d’erreur,
Ahmadinejad est, comme son rival Moussavi, un partisan du système capitaliste
comme de la théocratie. Comme lui, il est un homme de la Bourgeoisie ;
mais pas de la même. Moussavi est le pion de la bourgeoisie compradore qui voit ses intérêts
dans la soumission aux grands impérialismes, les USA, et, accessoirement, l’UE ;
c’est l’homme de Washington et de Londres. Mais une autre partie de la
bourgeoisie iranienne fait un choix différent. Depuis la fin des pays
socialistes, les bourgeoisies nationales de certains pays du Moyen-Orient pour
leurs intérêts propres ont décidé de résister à la pression de l’impérialisme
états-unien. C’était le cas de l’Irak de Saddam, ça l’est aussi de l’Iran d’Ahmadinejad.
Sa politique étrangère n’est pas seulement destinée à défendre son pays mais à
lui faire jouer un rôle essentiel dans cette partie du monde ; il a
vocation, pour cette part de la bourgeoisie qui soutient le président, à
devenir un impérialisme régional. Forcément, cela implique une rivalité avec
Israël et un appui sur l’impérialisme rival des USA, la Chine. Dans ce cadre,
les dirigeants iraniens mènent une politique destinée à rassembler autour d’eux
les classes populaires et de mener à leur manière la gestion du capitalisme,
différente des conceptions de l’impérialisme dominant. Ajoutons à cela, un enjeux économique intéressant, l'Iran est le 4ème pays producteur de pétrole dans le monde... Encore une fois, le monde capitaliste est sans surprise. Obama ou
Bush, c’est la même sauce : les USA ont encore tenté de s’accaparer la direction
et les richesses d’un pays ; si la méthode a changé, le but est le même :
mettre la main sur l’Iran qui est une puissance ennemie de l’impérialisme états-unien. Voilà ce qui explique tout le
foin fait autour du résultat des élections. Cette mauvaise propagande nous
permet de voir que, partout dans le monde, l’impérialisme US se heurte à des
oppositions importantes, de la part des progressistes, mais aussi de
certaines bourgeoisies locales qui ne se contentent pas des miettes laissées
par les multinationales. Pour "Communistes", le résultat de l’élection ne change rien à
la nature capitaliste de la société iranienne et aux poids des
obscurantismes. Aucune illusion donc sur ce que nos médias appellent les
conservateurs, mais leur opposition à l’impérialisme dominant pèse dans la
situation de la région et l’échec de Moussavi dérange cet impérialisme dans ses projets.
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