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02 janvier 2010

 

 

Combattre le retour de l’idéalisme

I ntroduction

 

Quel intérêt peut-il y avoir aujourd’hui pour un parti révolutionnaire à disserter sur l’idéalisme en philosophie ? Il ne s’agit pas ici d’écrire un précis de philosophie mais de s’intéresser à un phénomène idéologique complètement actuel, l’emprise grandissante de la théorie idéaliste sur les consciences, emprise qui résulte d’un travail opiniâtre des sbires du Capital. Car les capitalistes ne peuvent pas se contenter de la contrainte, de la force pour se maintenir en position dominante et pour faire survivre leur système. Ils ont besoin aussi de répandre des idées, de convaincre les exploités d’accepter leur sort, c’est ce que nous appelons l’idéologie dominante.

Nous analyserons donc un phénomène double : d’une part la diffusion amplifiée de l’idée religieuse, avec le concept de vie après la mort, seul à même de permettre aux exploités de supporter les difficultés de la vie dans le système capitaliste ; d’autre part l’idée de plus en plus répandue de la culpabilité naturelle de l’Homme, destinée à dissuader la mise en accusation des capitalistes.

Il s’agit donc de décortiquer les outils de l’idéologie dominante, de décrypter le message que l’impérialisme destine aux classes dominées, spécialement en France. Nous commencerons donc par rappeler le sens de l’idéalisme philosophique, puis nous étudierons l’impact actuel des deux formes d’idéalisme que nous avons relevées : la vie éternelle et la culpabilité naturelle de l’Homme.

 

II Qu’est-ce que l’idéalisme ?

 

II-1 Un essai de définition

 

« Lorsque les philosophes ont entrepris d’expliquer le monde, la nature, l’homme, tout ce qui nous entoure enfin, ils ont été appelés à faire des distinctions. Nous constatons nous-mêmes qu’il y a des choses, des objets qui sont matériels, que nous voyons et que nous touchons ; puis d’autres réalités que nous ne voyons pas et que nous ne pouvons toucher, ni mesurer, comme nos idées. Nous classons donc ainsi les choses : d’une part, celles qui sont matérielles ; d’autre part celles qui ne sont pas matérielles et qui sont du domaine de l’esprit, de la pensée, des idées. C’est ainsi que les philosophes se sont trouvés en présence de la matière et de l’esprit. » (Georges Politzer, "Principes élémentaires de philosophie")

De cette réalité fondamentale découlent les deux conceptions opposées de la philosophie : la conception scientifique et la conception non scientifique.

Cette division vient de loin, et notamment la philosophie adoptant la conception non scientifique, que nous appelons l’idéalisme. Elle postule que l’idée est antérieure à la matière et que le monde n’existe pas de toute éternité, mais qu’il a été créé par un ou plusieurs êtres surnaturels.

Cette conception de la philosophie est née de la faiblesse, des inquiétudes des premiers hommes devant les forces de la nature. Pour trouver des réponses à des questions auxquelles ils n’avaient pas les moyens de répondre, en raison de l’état de la technique et de la faiblesse de leurs connaissances scientifiques, ils inventèrent des êtres tout puissants et capricieux, qui pouvaient, seuls, à leurs yeux, expliquer les phénomènes naturels auxquels ils étaient confrontés.

Par la suite, ils imaginèrent que chacun de nous avait une double existence, et, par voie de conséquence, que leurs pensées et leurs sensations étaient produites : « non par leur propre corps, mais par une âme particulière habitant dans ce corps et le quittant au moment de la mort. » (Friedrich Engels, "Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande")

Les premières divinités furent imaginées sous des formes matérielles (humaines ou animales). Mais la théorie idéaliste s’affina lorsque, avec l’arrivée du monothéisme, on parla d’un dieu unique, inventeur de tout. Ainsi, le dieu comme les âmes furent désormais conçus comme de purs esprits.

Cette théorie est totalement anti-scientifique et absolument fausse. « Nous pouvons dire que si on constate bien dans l’expérience qu’il y a des corps sans pensée, comme les pierres, les métaux, la terre, on ne constate jamais, par contre, l’existence d’esprit sans corps. » (Georges Politzer, "Principes élémentaires de philosophie")

 

 

II-2 Pourquoi parler ici de l’idéalisme ?

 

Dans l’Histoire des Hommes, la production de richesses s’est très longtemps faite en commun. Les hommes vivaient au sein de groupes appelés clans ou tribus, qui trouvaient, cueillaient ou produisaient le nécessaire pour que l’ensemble du clan survive. C’est cette société que Marx et Engels ont baptisé le "communisme primitif".

Les progrès des techniques  et notamment l’apparition de l’agriculture ont donné naissance aux classes sociales. Les hommes ont été capables de produire plus que ce qui était nécessaire à la vie du clan. Ces surplus ont été accaparés par quelques-uns, la propriété privée était née. Peu à peu, cette petite partie des hommes a possédé l’ensemble des moyens de produire et forma donc la classe dominante. En parallèle, et pour la première fois, l’Etat fit son apparition. La classe dominante créa aussitôt des forces de répression. Dès cette époque, il fallut donc, au côté des forces de répression, créer des forces d’intégration pour maintenir l’ordre voulu par la classe dominante.

Nous ne dirons pas ici que le sentiment religieux est apparu en même temps que les classes sociales ; nous avons dit qu’il était motivé par l’absence de réponses à certaines questions, il leur était donc antérieur. Néanmoins, nous savons qu’aujourd’hui le capital dispose d’une panoplie complète de parasites ou de gens à son service pour intégrer la classe dominée au système et empêcher les révoltes : les propriétaires des media et leurs journalistes, les directeurs des ressources humaines, les experts en tous genres, etc… Or, la Noblesse des débuts n’avait pas tout cet éventail. Elle n’avait que les prêtres.

Très vite, dans la société humaine divisée en classes, la religion, les rites, les croyances ont servi à asseoir le pouvoir des classes dominantes, les aristocrates, la hiérarchie religieuse, ou les deux à la fois.

Mais c’est avec le monothéisme, sa vision prosélyte (existant dès le judaïsme des deux premiers siècles avant JC) puis universelle que l’idéalisme s’est avéré le meilleur moyen de faire accepter aux classes dominées leur asservissement. Comme écrivait Balzac dans "La Chine et les Chinois" : « L’obéissance des masses sera toujours l’affaire des prêtres. »

La philosophie classique européenne, idéaliste pour l’essentiel, a donc été le meilleur instrument idéologique des nobles puis des bourgeois lorsque ceux-ci devinrent la classe dominante. L’emprise idéologique ainsi construite et développée est extrêmement vivace aujourd’hui sur l’ensemble de la planète, avec toutes les formes de religion essentiellement monothéistes, comme les trois religions du Livre et le bouddhisme. Le premier exemple grandeur nature de cet asservissement idéologique fut le christianisme, dont l’invention comme religion d’Etat fut le fait de l’empereur romain Constantin le Grand ; à cet égard, l’islam n’a fait qu’imiter son aîné.

Les prêtres du christianisme, de l’islam, et d’autres encore ont avancé pour les classes dominantes deux arguments massue :

la vie après la mort, l’immortalité de l’âme, que nous avons évoquée plus haut ; conception que les premiers chrétiens, nourris d’hellénisme, ont emprunté à la religion grecque ;

la culpabilité naturelle de l’homme, qui est tout aussi idéaliste, puisque l’homme est considéré comme incapable de penser par lui-même sa propre sauvegarde, il n’est que matière alors que l’Idée, antérieure, est représentée par la divinité, est plus forte que lui ; conception issue des religions sémites que le christianisme tira des hébreux et de leur Ancien Testament.

Nous allons désormais voir en quoi et pourquoi, aujourd’hui, la bourgeoisie internationale utilise toujours pour son plus grand profit l’argument hellénique comme l’argument hébraïque.

 

III La religion est plus que jamais l’opium du peuple

 

L’argument de l’existence d’une autre vie après la mort est exclusivement utilisé par les religions, en particulier les monothéistes chrétiens, musulmans, juifs ou bouddhistes.

 

III-1 Les débuts de la société bourgeoise

 

La France présente une particularité non négligeable au sujet de la religion dans le monde européen. La religion d’Etat catholique fut longtemps le meilleur instrument de la stabilité de l’absolutisme dans notre pays à l’époque moderne. La bourgeoisie qui fut aux premières loges durant la grande Révolution française était athée ou tout du moins déiste et farouchement anti-catholique. Mais une fois au pouvoir, provisoirement, sous le règne de Napoléon Ier, ou définitivement, après la Révolution de juillet 1830 confisquée au peuple, la bourgeoisie était dans la peau de la classe dominante ; elle changea donc sa position et utilisa la religion dominante, l’Eglise catholique, à son profit. Voici comment Engels l’exprime « L’un après l’autre, les esprits forts adoptèrent les dehors de la piété, parlèrent avec respect de l’Eglise, de ses dogmes et de ses rites, et en observèrent eux-mêmes le minimum qu’il était impossible d’éviter. La bourgeoisie française fit maigre le vendredi… Ils s’étaient fourvoyés avec leur matérialisme. Il faut conserver une religion pour le peuple — elle seule peut sauver la société d’une ruine totale. »

Pour maintenir les classes dominées dans l’oppression, pour la leur faire accepter, il faut répandre dans les têtes une idéologie qui le permette. Longtemps, presque jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’instrument de la diffusion de cette idéologie fut l’Eglise, avant que l’école ne prenne le relais avec les réalisations de Jules Ferry.

Cédons la parole, à Napoléon Bonaparte, alors premier consul, un expert en ce qui concerne la domination bourgeoise. « La société ne peut exister sans l’inégalité des fortunes et l’inégalité des fortunes ne peut exister sans la religion. Quand un homme meurt de faim à côté d’un autre qui regorge, il lui est impossible d’accéder à cette différence s’il n’y a pas une autorité qui lui dise : "Dieu le veut ainsi ; il faut qu’il y ait des pauvres et des riches dans le monde, mais, ensuite, et pendant l’éternité, le partage se fera autrement." »

On peut mettre cette déclaration en regard de cet extrait des "Mémoires d’outre-tombe" de Chateaubriand, représentant de l’aristocratie finissante et adversaire politique de Bonaparte. « Un Etat politique où des individus ont des millions de revenus tandis que d’autres meurent de faim peut-il subsister quand la religion n’est plus là avec ses espérances hors de ce monde pour expliquer le sacrifice ? »

Ainsi donc la classe descendante et la classe montante sont d’accord sur l’essentiel pour affirmer avec Balzac : « Le dogme de la vie à venir est non seulement une consolation, mais encore un instrument propre à gouverner. » ("Le médecin de campagne")

 

III-2 L’emprise actuelle de la religion dans le monde

 

Depuis la décennie des années 80, une grande offensive idéologique a été menée par la bourgeoisie internationale, pour reprendre du poil de la bête grâce à la religion. Elle a gagné en ampleur avec la fin des pays socialistes et notamment de l’URSS. Le pape désigné par les élites catholiques à la fin des années 70, Jean-Paul II avait lancé la bagarre en démantelant les chrétiens progressistes de la théologie de la libération. Reagan jeta sur l’Amérique latine ses prêcheurs évangélistes, pour les remplacer. Ils sont aujourd’hui omniprésents au Brésil, autant dire qu’ils ne délivrent absolument pas le même message que leurs prédécesseurs. En parallèle, les USA ont aidé, financé, recruté, les tenants de l’islam le plus réactionnaire qui soit, pour combattre le marxisme et le nationalisme arabe, et, plus précisément, pour conquérir l’Afghanistan qui avait eu un moment le malheur de les soustraire au monde de la libre concurrence ou de la loi du marché.

Le paysage d’aujourd’hui est à cette image. Les sectes évangélistes poussent comme des champignons, le voile islamique se répand encore plus dans les pays européens que dans ceux du monde arabo-berbère, le bouddhisme le plus réactionnaire, celui des lamas, fait des adeptes jusqu’en France, les dirigeants de l’Union européenne ont même tenté d’introduire dans leur constitution rejetée par les peuples une référence appuyée au christianisme.

Le concept, théorisé par certains idéologues réactionnaires de "choc des civilisations" est encore un moyen de garder la main. Il ne s’agit de rien moins qu’une guerre de religion à l’échelle internationale, entre judéo-chrétiens et musulmans, dans laquelle chacun se sert de l’autre comme repoussoir afin d’enfermer les peuples du monde dans cette unique alternative qui permet aux bourgeois de toute la planète de dormir sur leurs deux oreilles.

 

III-3 La religion en France

 

En France même, terre de laïcité, le phénomène prend une ampleur inquiétante. Certaines bonnes âmes s’en prennent à l’islam dit radical, comme unique menace ; d’autres au contraire se soucient de ce que les musulmans soient seuls visés et stigmatisés. Cela appelle de notre part plusieurs remarques.

— Les pointeurs du doigt du fameux "islam radical" se situent clairement dans la logique du choc des civilisations évoqué plus haut. Ils ne s’en prennent pas aux méfaits de la religion en général, défendent en général l’héritage judéo-chrétien. Les adversaires de la stigmatisation du seul islam semblent, au premier abord, plus sympathiques. Mais ils trompent leur monde en faisant passer pour des particularités culturelles l’héritage de siècles d’asservissement idéologique via la religion. Laisser croire que porter le voile ou non relèverait du seul choix individuel, c’est penser ou laisser penser que nous vivons dans un monde idéal, qui permet à chacun d’avoir son libre arbitre, c’est nier l’idéologie dominante et la société de classe.

— Une conception commune de la religion émerge, massivement relayée par les instruments de l’idéologie dominante : le croyant serait quelqu’un en quête de spiritualité, la religion offrirait un plus philosophique, face à une vie bassement matérialiste. De Sarkozy : « Dieu libère l’Homme. » à Royal, vantant le dalaï-lama comme un homme plein de spiritualité, en oubliant qu’il est l’éminent représentant d’une caste qui a vécu du servage, en passant par le PCF qui défendit à l’Assemblée nationale l’introduction de l’étude du fait religieux dans les programmes d’Histoire, tout le monde considère au minimum la religion comme une pensée comme une autre et au pire comme une pensée élévatrice, supérieure aux autres.

Le danger de l’oppression idéologique, du retour de l’obscurantisme n’est plus évoqué aujourd’hui que par les Révolutionnaires. Pourtant, jusqu’à il y a quelques années, existait en France un fort courant anticlérical au sein notamment du mouvement réformiste, hérité de la tradition radicale de la première moitié du XXème siècle. Il semble que ce courant laïque, libre penseur au sein du parti socialiste ait bel et bien fondu comme neige au soleil.

Le maître mot aujourd’hui utilisé à la télévision comme dans les salons bien pensants de gauche et de droite est celui de la tolérance. Revenons un peu sur ce concept. Tolérer, c’est accepter du bout des lèvres, c’est bien ainsi que les catholiques dominants concevaient au mieux leurs rapports avec les protestants minoritaires. Le droit de penser autrement et de ne pas avoir de dieu n’a été octroyé par personne, il a été gagné dans le sang. Les diatribes actuelles et passées des papes, celles de Jean-Paul II et de l’actuel Benoit XVI, et de leurs féaux contre le "communisme athée" révèlent à la fois que ces gens-là ne se trompent pas d’adversaire et combien est grande leur haine des révolutionnaires. Ils nous "tolèrent" parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.

En France, l’athéisme a longtemps été considéré, dans une société dont les règles morales étaient fixées par l’Eglise catholique, comme la pire des perversions. A partir du XVIIIème siècle, il n’est plus interdit d’être athée, à condition qu’on ne le proclame pas et qu’on n’en fasse pas le pilier d’une théorie révolutionnaire. Voici, pour résumer cette problématique historique, ce qu’en disait Louis Aragon, dans un article intitulé "Athées et libres penseurs", écrit en 1932 dans l’un des nombreux organes diffusés par le Parti communiste : « Il va sans dire qu'il a toujours existé, hors des spéculations des intellectuels, un athéisme instinctif chez tous les peuples, et particulièrement chez le peuple français. C'est lui qui se fait jour à la période terminale de la Révolution française (qui a balayé le catholicisme, mais non pas la croyance en l'existence d'un dieu) lorsque, pour la première fois, contre la bourgeoisie déiste et conservatrice de la propriété, se forme un véritable parti prolétarien, le parti des Egaux, qui, avec Babeuf, annonce la fin de la propriété privée et celle de Dieu conjointement. L'un des babouvistes, Sylvain Maréchal, en écrivant le Dictionnaire des athées, reprend pour la première fois comme un titre de gloire le nom d'athée si universellement décrié. »

 

III-4 dérive de la laïcité et mutation interne à la petite bourgeoisie

 

On parle aujourd’hui de laïcité moderne, en réalité il s’agit d’une laïcité vidée de son sens. La conception la plus répandue est celle d’une laïcité-neutralité. En gros, l’idée véhiculée est que nous vivons dans une démocratie achevée, un monde parfait, dans lequel nous n’avons qu’une chose à faire : accepter et respecter les idées des autres sans se poser la question de leur nocivité éventuelle.

C’est aller vite en besogne. La laïcité est un combat. Pour nous, Révolutionnaires, il s’agit d’un athéisme militant visant à la victoire définitive du matérialisme sur l’idéalisme. Il s’agit de combattre pied à pied l’obscurantisme renaissant et prospérant, de sortir des esprits ces croyances sur un être surnaturel créateur, qui ne servent qu’à maintenir les classes dominées dans leur exploitation, croyances auxquelles ne croient pas ceux qui les répandent, mais qui y voient leur utilité et même leur nécessité : rien n’a changé depuis Engels.

Les combattants de la "libre pensée", sont manifestement dépassés par l’ampleur du combat à mener. Il faut dire, à leur décharge, qu’ils n’ont jamais été des athées militants, mais qu’ils se regroupaient entre athées, peu nombreux, et souvent honteux de leur athéisme, et déistes anticléricaux. Ceux-ci se défendaient vivement d'être athées, ils flétrissaient même l'athéisme, mais, au nom de la liberté, reconnaissaient le droit à l'athéisme pour ceux qui ne croient en aucun dieu. Aujourd’hui, comme nous le disions plus haut, avec le retour de la "tolérance", il se fait jour une sorte de renversement de tendance au sein du microcosme petit-bourgeois autrefois laïque à tout crin. C’est un peu comme si les nouveaux libres penseurs devaient admettre non pas ceux qui ne croient en aucun dieu, mais ceux qui croient. L’imposture historique vient de ce que les bourreaux monothéistes passent pour des victimes auxquelles il faudrait accorder le droit de croire.

La "libre pensée" tombe donc le masque depuis quelques temps.Aragon le disait déjà, dans le même article que nous évoquions plus haut : « La croyance en l'existence d'un dieu est une croyance contre-révolutionnaire, car les dieux ne sont pas au ciel mais sur la terre et ils ne sont pas autre chose que des machines intellectuelles pour la préservation de l'Etat capitaliste. En ce sens, on comprendra qu'il soit absurde de dire que nous sommes libres de penser qu'il y a ou qu'il n'y a pas de dieu. Il n'y a pas de dieu, et aujourd'hui qu'on ne brûle plus les athées, il ne leur est plus nécessaire de réclamer la liberté de pensée. »  Bien qu’aujourd’hui, d’aucuns se risquent à nouveau à penser haut et fort qu’il serait opportun de brûler les athées, le problème reste le même : comme révolutionnaires, nous n’avons pas à réclamer le droit de penser qu’il existe ou pas un dieu, surtout, si, dans ce que distille l’idéologie dominante spécialement à gauche, ce droit se cumule avec celui de croire en l’existence d’un être surnaturel.

 

IV L’idéalisme se répand autrement que par l’entremise de la religion

 

IV-1 la morale, le bien et le mal et la criminalisation de la société

 

Nous vivons dans une société où chaque geste du "citoyen" est épié, réglementé au nom d’une conception du bien et du mal qui serait d’évidence mais qui est en réalité une version laïcisée de la morale chrétienne. Cette morale s’appuie sur trois piliers : la responsabilité de l’individu, la criminalisation des mauvais comportements et le contrôle démesuré des comportements et des vies.

— En premier lieu, tout est fait pour rendre l’individu responsable de ce qui lui arrive. Le rôle de l’école est exemplaire à ce sujet. Elle se fixe désormais le but d’obtenir le maximum d’informations sur chaque élève, d’individualiser au maximum l’offre de formation afin, du même coup, d’exempter de responsabilité l’institution et la société, ce qui revient à désocialiser l’échec scolaire et de rejeter cette même responsabilité sur l’enfant et sa famille au prétexte que tout aurait été fait pour son devenir.

— Ce phénomène s’accompagne d’une stigmatisation des comportements considérés comme déviants. Tous les moments de la vie des Hommes sont passés au peigne fin. L’automobiliste est un criminel en puissance ; celui ou celle qui n’a pas les moyens de s’acheter une voiture peu polluante l’est aussi ; également criminel celui ou celle qui ne mange pas bio, qui ne construit pas lui-même sa maison écologique ; criminel encore le fumeur ; celui ou celle qui fait grève ou simplement qui essaie de ne pas obéir aux ordres de son patron mais de les combattre ; la liste pourrait être bien plus longue.

Toute cette morale est justifiée par une idéologie mensongère, mais abondamment répandue. On pourrait reprendre un par un les éléments de la liste qui précède ; disons simplement, par exemple, que les tentatives d’en finir avec le droit de grève relèvent de la politique de la classe dominante qui vise à éliminer toute résistance, à nous ramener au capitalisme de la première moitié du XIXème siècle, tous les droits pour les capitalistes et aucun pour les ouvriers.

Ces faussetés sont suffisamment répandues pour que certains trouvent normal, en l’état actuel des choses, le contrôle exacerbé exercé sur notre vie quotidienne par les forces de répression de l’Etat aussi bien que par ses instruments idéologiques (média, école, discours des hommes politiques de tous bords).

En évoquant cette ambiance, nous ne nous sommes pas éloignés du sujet, de l’idéalisme. Car, nous l’avons dit, cette morale est d’essence idéaliste, d’où viennent le bien et le mal ? De Dieu et de ses livres. Mais aussi parce qu’il y a là un nouveau moyen de maintenir dans l’asservissement idéologique les classes dominées, tout en leur faisant accepter leur situation : exactement comme la vie éternelle.

 

IV-2 La culpabilité naturelle de l’homme excuse le capitalisme

 

L’argument essentiel utilisé par l’idéologie dominante depuis la fin des pays socialistes européens pour induire en erreur les classes populaires, depuis la fin des pays socialistes européens, est celui de la nature de l’Homme. L’homme serait par nature méchant, imprévoyant, peu soucieux de son égal, individualiste.

On peut résumer cette idée grâce à la formule lapidaire utilisée par le philosophe idéaliste Hobbes dans son œuvre "Le Léviathan" : « Homo homini lupus. » (L’Homme est un loup pour l’Homme). Dépassé par ses passions, ses intérêts à court ou à long terme, l’être humain ne saurait donc, au regard des idéalistes trouver en lui-même les forces suffisantes pour améliorer sa vie. Par voie de conséquence, il est donc inutile de tenter de changer la société, puisque ce n’est pas elle, mais l’Homme dans sa nature qui est à incriminer. C’est l’homme écrasé par son destin du théâtre de Racine ; mais c’est aussi l’homme contemporain, victime de l’agiotage de quelques profiteurs comme le fameux Madoff et impuissant à régler ses maux. Voilà l’explication officielle qui nous est donnée. Elle permet d’épargner le capitalisme et surtout de le rendre naturel, indépassable, normal.

En corollaire à la vieille théorie du péché originel, enrichie par les classiques, les tenants de la pensée impérialiste ont inventé le concept de totalitarisme, ce mal absolu visant ceux qui tenteraient de parler de lutte des classes et de changer la société. Combattre le capitalisme ne peut donc amener, d’après ces idéologues, qu’à construire une société monstrueuse. Elle est effectivement monstrueuse à leurs yeux, puisqu’elle veut en finir avec l’exploitation de l’Homme par l’Homme. C’est pourquoi, tout est fait pour criminaliser l’idée révolutionnaire et l’idée même de l’existence de la lutte des classes.

Cette idée n’est pas nouvelle. En son temps, Rousseau avait déjà répondu en disant : « L’Homme naît bon, c’est la société qui le corrompt. ». Il faut, pour l’apprécier à sa juste valeur, revenir sur deux points :

Si l’Homme est responsable en soi, c’est que tout le monde est dans le même bateau. Cela justifie l’idée que patrons et salariés doivent se serrer les coudes pour lutter ensemble contre les accidents de la vie. Cela justifie l’idée du dialogue social entre patrons et salariés. C’est la négation de la lutte des classes, c’est masquer ce fait fondamental que les salariés et les capitalistes ont des intérêts absolument divergents : ce qui est bon pour les uns est, par nature, mauvais pour les autres, et vice-versa. C’est l’interdiction de toute tentative de faire autre chose que d’aménager la société capitaliste.

Si l’Homme est responsable en soi, c’est que le capitaliste n’a pas de responsabilité particulière, qu’il est lui-même dépassé par une espèce de force divine qui empêcherait de changer la nature de la société et permettrait, au mieux, de répartir un peu plus équitablement les richesses, comme le demande Besancenot, c’est encore Dieu qui est le seul à pouvoir changer les choses, mais qui ne le fera qu’une fois la mort survenue.

La société que nous vivons serait donc l’état naturel de l’Homme. Il faut s’attarder un instant sur ce concept : naturel. Engels, dans son introduction à la "Dialectique de la nature", aborde cette question : « Darwin ne savait pas quelle âpre satire de l’humanité, et spécialement de ses concitoyens, il écrivait quand il démontrait que la libre concurrence, la lutte pour la vie, célébrée par les économistes comme la plus haute conquête de l’Histoire, est l’état moral du règne animal. »

Nous sommes là au cœur du problème. Darwin, après d’autres, a participé très activement à la démystification du mensonge créationniste. Il a aidé à démontrer que le monde dans lequel nous vivons n’avait pas été créé en un jour ou même en sept, mais avait toujours existé et évoluait en permanence. Cela met sacrément du plomb dans l’aile à cette idée de l’homme coupable originel et impuissant à changer son sort ou même responsable à part entière de ce même sort.

L’Homme est certes un animal. Mais il a évolué de manière à développer une intelligence supérieure à tous les autres animaux. Il a donc en lui-même les ressources pour améliorer sa vie. Depuis qu’il est sorti de son animalité totale des débuts, il a connu des situations différentes, le communisme primitif que nous avons évoqué plus haut, différentes sociétés de classe, des révolutions, des sociétés socialistes aussi. Il a donc démontré l’inanité de la thèse du capitalisme naturel ; en voulant nous maintenir dans ce système, comme le disait Engels, les capitalistes tentent de nous maintenir dans l’état primitif du règne animal que nous avons su largement dépasser à plusieurs périodes de notre  Histoire.

 

IV-3 Le cas particulier de l’écologie politique

 

L’exemple qui vient le plus vite à l’esprit s’il s’agit d’illustrer aujourd’hui cette théorie bien pensante de la responsabilité naturelle de l’Homme est celui de l’écologie politique.

Depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, on entend parler partout du réchauffement climatique, du sauvetage de la planète, avec une intensité encore plus grande au moment du récent sommet de Copenhague.

 

IV-3-1 C’est l’Homme qui est responsable, pas le climat

 

Le premier constat que l’on peut faire à propos de ce battage médiatique tous azimuts est que, encore une fois, le capitalisme échappe à toute velléité d’accusation. La dégradation du climat sur Terre est donc le fait de l’Homme, ainsi que nous l’avons dit plus haut, coupable par nature, et non du système qui, depuis deux cents ans qu’il existe, a régné sur l’industrie sans jamais se préoccuper d’autre chose que des profits des capitalistes.

Les grands pays impérialistes eux-mêmes sont épargnés, puisque les USA, plus grand pollueur de tous les temps devant l’Eternel, ne sont pas jugés responsables de la situation ni de ce que les media appellent l’échec du sommet. Ce sont l’Inde et la Chine qui sont montrées du doigt, alors qu’elles ne demandent qu’à faire ce que les impérialistes états-uniens, britanniques, français, allemands ou japonais ont fait il y a des décennies.

L’idéologie écologique sert donc à défausser l’impérialisme de ses responsabilités.

 

IV-3-2 Intoxication et mensonges : rétablissons la vérité

 

En second lieu, il nous faut faire la part des choses dans ce déferlement, ce martèlement de soi-disant vérités assénées à seule fin de servir Sa Majesté le Grand Capital.

Au stade où nous en sommes, il nous faut dire que beaucoup de gens, notamment des scientifiques non inféodés à l’ONU ni à tous les autres relais idéologiques du capital international, sont perplexes. Les connaissances scientifiques réelles actuelles permettent beaucoup plus de poser des questions que d’apporter des réponses. Il est bon de rappeler quelques éléments certains afin de rasséréner le débat.

— La Terre a connu de nombreux bouleversements climatiques, et ce, bien avant l’existence de l’Homme, au passage, il est bon de rappeler que la principale catastrophe écologique fut l’apparition sur Terre de l’oxygène qui causa la disparition de plus de 90 % des espèces animales existantes (les bactéries anaérobies). Il s’agit juste d’un élément permettant de relativiser le débat. Le dernier de ces bouleversements climatiques a eu lieu autour de 10 000  avant notre ère, ce qui est récent à l’échelle de la durée de vie de notre planète, vieille de 4,5 milliards d’années. Avant cette dernière fonte des neiges suivant la dernière glaciation, le détroit de Béring n’existait pas, pas plus que le Golfe persique. Plus récemment encore, Erik le Rouge, navigateur banni d’Islande, lorsqu’il découvrit le Groenland autour de 985 de notre ère le nomma ainsi (Terre verte) à cause de ses nombreuses prairies. C’est un important refroidissement survenu au XVIème ou au XVIIème siècle qui causa la disparition totale des descendants de la colonie viking et donna à la grande île son aspect actuel. Or, en ce temps-là, aucune activité industrielle de masse n’existait sur Terre.

— La météorologie et la climatologie ne sont pas des sciences exactes. Quand on sait la difficulté qu’ont les scientifiques à prévoir le temps du lendemain, on ne peut qu’être circonspect devant les annonces plus catastrophistes les unes que les autres dont nous sommes abreuvés. On sait que, pour pouvoir réellement prévoir de manière fiable ce qui se passera dans les dix, vingt ou cinquante prochaines années, les météorologues ont besoin de relevés et de modèles courant sur plusieurs siècles, ils n’en disposent pas aujourd’hui.

— Par ailleurs, nombre d’affirmations font largement débat dans la communauté scientifique. Tout est loin d’être prouvé dans les "informations" que nous vomissent jour après jour les porte-parole de l’idéologie dominante.

 

IV-3-3 Morale chrétienne laïcisée, culpabilisation et contrainte

 

Nous dirons donc, dans un troisième point, que, dans cette affaire, au lieu d’être au banc des accusés, les grands capitalistes et leurs relais sont maîtres d’œuvre et orchestrent tout de A jusqu’à Z. Les pseudo-dénonciations auxquelles tout ce beau monde se livre remportent la palme d’or de l’irrationalité. Leur but presque avoué est d’entretenir la peur. Ils utilisent sans vergogne les inquiétudes, tentent de déclencher des peurs millénaristes. Ils ne veulent surtout pas que qui que ce soit réfléchisse, mais que chacun mette le petit doigt sur la couture du pantalon, intègre le discours officiel obscurantiste et suive la musique. Nous retrouvons la morale chrétienne laïcisée que nous évoquions plus haut, avec, comme point d’orgue, un degré de culpabilisation proche du maximum pour les contrevenants. Quiconque danse à contre-temps est voué aux gémonies, quiconque émet le moindre doute est responsable du soi-disant "réchauffement climatique".

 

IV-3-4 D’où vient l’écologie politique ?

 

Nous le voyons, nous sommes encore là en plein dans la philosophie idéaliste. Ce n’est guère étonnant quand on sait d’où vient l’idéologie écologiste. Elle puise sa source dans deux courants de pensée.

— Le premier est un courant ultra-réactionnaire, obscurantiste, né dans les années 1920 ; ses tenants s’en prenaient à la science et leur théorie nauséabonde finit en alimentant Pétain. Le discours était une sorte de bouillie vantant la nature et alertant sur les dangers de la science, coupable d’abîmer la nature et d’éloigner l’Homme de Dieu.

— Le second courant est plus récent, on pourrait l’appeler le courant anti-productiviste. Il fut spécialement illustré en France par l’idéologue réactionnaire Raimond Arion et prolongé par ses disciples petits-bourgeois de 68 à la sauce Cohn-Bendit ou "nouveaux philosophes". La théorie d’Aron renvoyait dos-à-dos les USA et l’URSS, en faisant bien entendu l’impasse sur les différences de nature des deux régimes et sur la lutte des classes en général, qu’il niait. Ces deux Etats étaient conjointement accusés de trop produire, sans aucune référence aux besoins, mais en critiquant leur mode de vie ; et Aron appelait de ses vœux une société postindustrielle. Bien sûr, la mise dos-à-dos des sociétés impérialiste et socialiste n’était qu’un leurre. L’ennemi était bien évidemment la société socialiste coupable de vouloir produire ce dont les hommes ont besoin.

Le leurre auquel ces vieilles idées nous conduisent est aujourd’hui facile à démasquer. Deux éléments en témoignent.

— Nous arrivons, à force de désindustrialiser, à cette société postindustrielle dont rêvait Aron dans les grands pays capitalistes et notamment en France. Mais, outre que cette société n’est guère reluisante, les capitalistes continuent de produire, mais ailleurs, et notamment dans les pays qu’ils mettent ensuite au banc des accusés à Copenhague. D’ailleurs si les impérialistes font feu de tout bois et utilisent l’idéologie anti-productiviste, ils n’en perdent pas pour autant le nord et ont organisé, pendant le sommet de Copenhague, une autre réunion passée inaperçue pour se partager les ressources pétrolières de l’Irak désormais colonisé.

Si les capitalistes se sont convertis aux solutions "écologiques", c’est tout simplement parce que, outre l’intérêt idéologique, cela leur permet de réaliser des profits plus importants. La recherche effrénée de nouveaux gisements pétrolifères se poursuit partout pendant qu’en même temps, on organise son remplacement futur par d’autres ressources énergétiques sans se soucier le moins du monde de l’intérêt de la planète.  C’est ainsi que la ruée des capitalistes US sur l’Afrique affame ses habitants dont les denrées alimentaires sont utilisées pour produire du carburant, ou encore que les capitalistes brésiliens abattent la forêt amazonienne pour planter du soja. S’il n’y avait pas de profit à dégager, on n’aurait jamais entendu parler de Nicolas Hulot. Le cinéma autour de la fameuse taxe carbone est édifiant à ce sujet. La position prise par le Conseil Constitutionnel ne doit tromper personne. Dès janvier, tout rentrera dans l’ordre… capitaliste s’entend ! C’est l’archétype de l’impôt injuste, avec les privilégiés, capitalistes en tête, dispensés.

Terminons en disant que cette conception qui consiste à empêcher les petits de produire et de consommer en laissant les gros organiser une autre production et développer leurs profits est enfin destinée à masquer une donnée fondamentale : pour continuer d’exister le capitalisme a besoin de ne jamais produire assez ce qui est réellement nécessaire à l’Homme, c’est ce qui explique d’ailleurs que toutes les théories sur le partage des richesses ne peuvent le remettre en cause.

 

V Conclusion

 

Pour nous, révolutionnaires, il est important de bien analyser le combat de classe, notamment son versant idéologique. C’est l’unique moyen d’affronter la ligne répandue par l’idéologie dominante.

Nous l’avons vu, la bourgeoisie n’a aucune vergogne, aucune morale au sens humain du texte, elle fait feu de tout bois pour maintenir son écrasante domination sur les salariés et les peuples du monde.

Les tenants de l’idéalisme ont dû reculer, particulièrement en France, à partir de la seconde moitié du XIXème siècle. Ils ont combattu pied à pied et, depuis la fin des pays socialistes d’Europe de l’Est , ont relevé considérablement la tête. Le capital recycle aujourd’hui leurs idées et en fait le fer de lance de son discours officiel.

La remontée en puissance des religions n’est pas à prendre à la légère. Comme marxistes, les militants de "Communistes" combattent sans merci l’obscurantisme, à la fois parce qu’il porte atteinte à la raison, et parce qu’il demeure le meilleur moyen jamais trouvé par le Capital pour continuer d’établir durablement l’asservissement des classes populaires, d’associer les exploités à leur propre exploitation. Karl Marx l’a admirablement écrit : « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle, et pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. » ("Critique de la philosophie du droit de Hegel") Nous combattons donc fermement pour en finir avec toutes les religions.

Les capitalistes n’ont qu’un but : celui de convaincre, pour empêcher que le système soit mis en cause, qu’il est naturel, qu’il est le stade final de l’Histoire. Pour cela, il faut certes diaboliser les expériences socialistes et maintenir les peuples dans des croyances anti-scientifiques qui leur font accepter l’état des choses en attendant une vie meilleure dans l’au-delà.

Mais, manifestement, cela ne suffit pas. C’est pourquoi le Capital s’emploie à brouiller toutes les références. Pour empêcher la perception des classes sociales, des intérêts antagonistes des exploiteurs et des exploités, il fait passer un message qui noircit l’Homme. L’Homme serait naturellement coupable ; alors, à quoi bon essayer de changer les choses, finalement le capitalisme pourrait bien être le moins mauvais des systèmes. Ce message s’accompagne d’un embrigadement important des peuples, de l’instauration d’une morale, baptisée du nom de règles civiques ou citoyennes, qui poursuit l’individu dans tous les compartiments de sa vie et le culpabilise en permanence.

Il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de ce phénomène, notamment de son principal mode d’expression actuel, la théorie réactionnaire écologique et le mot d’ordre omniprésent chez les véhicules idéologiques du capital : "Sauvons la planète !". Partout, nous devons combattre l’obscurantisme, sous toutes ses formes, les mensonges dont on nous abreuve dans le seul but de faire perdurer le système. Nous ne devons pas laisser passer cette idée que l’Homme serait, PAR NATURE, responsable des dégradations de la planète, si tant est qu’il y en ait réellement.

Souvent, dans nos écrits, nous, militants de "Communistes", appelons à choisir son camp, celui de l’anticapitalisme. Là encore, la question qui se pose est de même nature. N’oublions pas que, comme le disait Marx : « Il y a plus de points communs entre deux matérialistes qu’entre n’importe quel idéaliste et n’importe quel matérialiste. »

La lutte contre l’idéalisme sous toutes ses formes, religieuses ou non, n’est pas seulement une question philosophique ou un moyen de faire respecter ses convictions athées dans un monde où ne pas avoir de religion est de plus en plus considéré comme anormal. C’est aussi et surtout un combat essentiel pour les marxistes car il s’agit là de briser l’édifice idéologique sur lequel repose le maintien du système capitaliste. Plus les salariés de ce pays et d’ailleurs auront les yeux ouverts à ce sujet, et plus l’équilibre du système sera instable, plus il deviendra possible de le renverser. C’est là l’essence même du combat de "Communistes".

 

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