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06-10-2006
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Economie
solidaire ? |
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L e
journal « Le Monde » daté du 22.09.06 publie un « manifeste de
l’économie solidaire ». Cet appel est signé de personnalités du monde
économique, universitaire et social. S’y trouvent, côte à côte, C. Alphandery
ancien Président de la Caisse des Dépôts et Consignations, M. Hirsh d’Emmaüs
France, E. Maire ancien secrétaire général de la CFDT, des membres de la
commission exécutive de la CFDT, A. Naton du bureau confédéral de la CGT, P.
Rosanvallon Professeur au Collège de France etc, etc. Mais tous les signataires
ne figurent pas dans Le Monde. Les manquants se retrouvent en consultant le
site. On y compte par exemple J.C. Le Duigou autre membre du bureau
confédéral de la CGT. Autant dire qu’il y a du beau linge et que ce manifeste
n’est pas sans intérêt pour comprendre le positionnement des deux principales
organisations syndicales françaises, la CFDT et la CGT. Le manifeste en question
s’emploie à développer « dix propositions concrètes pour développer
un « tiers secteur » de l’économie ». La
première phrase plante le décor en affirmant que « le profit ne peut être
la finalité unique de l’activité économique ».
S’il n’est pas la finalité unique, cela signifie qu’il est l’une des
finalités de l’activité économique. Les capitalistes peuvent dormir
tranquilles, les signataires ne remettent pas en cause la domination et
l’exploitation capitaliste. Nous verrons même comment ils cherchent à la
conforter par leurs propositions concrètes. Si les signataires n’entendent
pas mettre en cause le capitalisme, ils veulent par contre « recréer
un espace vertueux entre l’emploi, la cohésion sociale et la démocratie » ce
qui signifie que cet état des choses a déjà existé. Il s’agit en fait de
trouver les voies d’un nouveau consensus social entre le capital et le
travail, consensus qui empêche tout changement fondamental de la société. La définition de cette
économie solidaire est d’ailleurs éclairante des objectifs recherchés : « C’est
un mouvement qui regroupe des milliers d’initiatives locales pour produire,
consommer, employer, épargner et décider autrement. Les entreprises
solidaires se battent sur le marché, comme les autres et doivent donc être
performantes. Mais en plus elles emploient des personnes exclues ou qui
risquent de l’être. » On le voit les
signataires se placent dans le moule de l’économie de marché capitaliste. Ils
ajoutent que ces entreprises doivent être soutenues par des ressources mixtes
publiques et privées. Dans les propositions
concrètes, les signataires font appel aux particuliers, aux collectivités
publiques et à l’Etat pour soutenir financièrement les entreprises de ce type
par l’épargne et les financements directs. Dans toutes les propositions se
profile l’idée que ces entreprises peuvent et doivent occuper le terrain qui
est laissé en friche par le public et le privé. Le recul programmé du service
public, comme le manque de profits réalisés dans des secteurs particuliers
des services seraient donc compensés par cette économie aidée. Si l’on y regarde d’un
peu près, les signataires ne font aucune allusion aux salaires de ceux qui
seront employés dans ces entreprises et pour cause ! Ce secteur organise
déjà une baisse sensible du prix de la force de travail, sans compter que les
aides ne sont que du transfert de richesses prises sur les salariés. Qui se
plaindra dans les milieux patronaux et de l’Etat de cette situation. Elle
fait diminuer les statistiques du chômage sans créer de réels emplois
salariés, elle fait pression sur les salaires et les revenus, elle crée une
masse de travailleurs complètement dépendants de leurs employeurs,
fussent-ils associatifs, permettant un contrôle social accru sur les plus
pauvres. Elle donne un gage fabuleux au patronat en indiquant que le prix de
la force de travail est l’obstacle au développement des entreprises. Pendant
ce temps les entreprises du CAC 40 voient leurs profits s’envoler (88
milliards en 2006 +4 milliards par rapport à 2005) Cette économie solidaire
qui veut se donner des airs de nouveauté est en réalité vieille comme le
capitalisme (voir les work houses et autres ateliers de charité du XIXème
siècle). Elle représente une tentative de « soigner la pauvreté »
sans toucher à l’essence même de l’exploitation capitaliste qui est
responsable de cette pauvreté. Ce réformisme ne choque pas quand il s’agit de
la CFDT, et des patrons dits sociaux, il est dans leur nature. Mais quand il
s’agit de dirigeants au plus haut niveau de la CGT cela suscite des
interrogations légitimes. Malheureusement cette
orientation de ne pas mettre en cause le capitalisme, d’abandonner le terrain
de la lutte de classe c’est l’orientation du 48ème congrès de la
CGT. C’est si vrai que l’adhésion à la nouvelle Confédération Syndicale
Internationale (qui, rappelons-le, se fixe comme objectif la participation à
« la gouvernance » de l’économie mondiale) est justifiée par le
profond accord des orientations du 48ème congrès avec celles de
cette nouvelle Confédération : « Les orientations et principes
proposés sont conformes aux objectifs et aux valeurs que le 48ème
Congrès Confédéral a retenus pour cette nouvelle organisation »
(délibération du Comité Confédéral National de la CGT du 27.09.06). Syndiqués, défendons partout, à tous les
niveaux, avec les salariés une orientation de classe pour leurs intérêts qui
restent irrémédiablement opposés à ceux de la classe capitaliste.
http://www.sitecommunistes.org
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