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10-12-2005

AU TEMPS BENI DES COLONIES

 

 

Un article de loi voté récemment par le parlement exige que les programmes scolaires reconnaissent « le rôle positif de la présence française Outre mer, notamment en Afrique du Nord ».

Qu’est-ce que la colonisation ? Rien d’autre que la conséquence la plus directe du capitalisme au 19ème siècle dans les grands pays européens comme en particulier la Grande Bretagne, la France, la Russie…

Son développement très rapide fut caractérisé par la main-mise sur les ressources de matières premières appartenant à d’autres peuples et leur pillage pur et simple. La presque totalité de l’Afrique fut asservie à cette époque par les Etats capitalistes britanniques et Français (l’Algérie le fut dès 1830) pendant que la Russie capitaliste des Tsars s’accaparait d’immenses territoires en Asie. Ces populations seront toujours durement exploitées, massacrées si nécessaire. Tout cela pour développer le capitalisme dans les pays exploiteurs, pour satisfaire les besoins sans cesse croissants des trusts et consortiums capitalistes de Londres, Paris, Moscou etc… En un mot, ils se sont répartis, toujours par la force, ces immenses territoires uniquement pour s’enrichir.

Ecoutons parler leurs dirigeants.

*Jules Ferry, organisateur de la colonisation de l’Indochine : « Est-ce que nous laisserons d’autres que nous faire la police à l’embouchure du Fleuve Rouge ?...d’autres que nous se disputer les régions de l’Afrique équatoriale ? »

*Léopold II roi des belges et colonisateur du Congo : « Il ne faut plus perdre de temps sous peine de voir les meilleures positions, rares déjà, successivement occupées par des nations plus entreprenantes que la nôtre… »

*Crispi, président du conseil italien, une nation bourgeoise très en retard sur les autres : « Nous ne pouvons… laisser les autres puissances occuper seules les parties inexplorées du monde… »

Comme nous sommes loin des discours officiels largement diffusés pour conditionner l’opinion et suivant lesquels il fallait apporter à ces peuples arriérés les bienfaits de la civilisation, les acquis de la science et de la raison !

Si les grands industriels et banquiers capitalistes européens s’étaient farouchement disputés l’Afrique et l’Asie pour leur apporter à grands frais « les bienfaits de la civilisation » cela se saurait !

Comment peut-on parler du rôle positif de la colonisation ? Aucune forme d’exploitation n’a rien de positif, celle – là encore moins que les autres. Que dire des centaines de  milliers de morts en Algérie de 1954 à 1962 ? Et des dizaines de milliers d’africains enrôlés de force et  massacrés sur les champs de bataille en 1914 – 18 et en 39 – 45 ?

 Un mot sur la soi-disant instruction apportée par le gentil colonisateur au sauvage colonisé. L’école n’a rien apporté d’autre aux populations que de l’intégration au système capitaliste, comme elle l’a fait en France. L’Algérie d’avant la conquête était loin d’être analphabète, presque tous les hommes savaient lire, écrire et compter. La mission de l’école républicaine fut de « déculturer » les populations indigènes ; le summum étant atteint quand on apprenait aux petits antillais kanaks et berbères que leurs ancêtres étaient gaulois.

Il reste à ne pas se laisser entraîner dans quelques faux débats. Une pétition circule depuis quelques mois pour l’abrogation de l’article à l’appel d’historiens émérites. Que dit-elle ?   « Cette loi impose une histoire officielle contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité ». On a l’impression de rêver, cela signifie que nous avons en France une école qui est neutre et respecte la liberté de pensée dans l’enseignement de l’histoire. Mais il suffit de s’intéresser de près aux programmes officiels, surtout depuis 1983 et aux manuels, pour savoir qu’il y a belle lurette que l’Etat bourgeois fait passer une histoire officielle, son histoire, notamment en histoire contemporaine ; et si cet épisode est scandaleux, il n’est qu’un pas de plus dans cette escalade depuis longtemps entamée, sans protestation des grands professeurs d’histoire.

 

Hasard ? Chirac vient de dire la même chose à la Télévision en ajoutant qu’une Commission composée de parlementaires, d’historiens etc… (de droite et de gauche bien entendu) allait se pencher sur la question. Façon grossière de botter en touche, non ?...

Le PS fait grand bruit autour de la question et demande l’abolition de cet article en oubliant deux choses :

1) que ses députés présents en séance ont voté cet article A l’Assemblée Nationale (ils n’y ont parait il pas prêté attention car c’était tard le soir !)

2) que c’est le socialiste Guy Mollet qui a prononcé solennellement cette phrase historique en 1957 : « l’Algérie c’est la France »

Pour le PS s’opposer à Chirac et à l’UMP sur cette question n’est pas le plus difficile, d’autant que 2007 approche et qu’il faut essayer de justifier une opposition qui n’existe pas réellement. Le PS est infiniment plus discret quand il s’agit de défendre les revendications sociales du peuple et de combattre le régime.

C’est un nouvel épisode des multiples tentatives de nous leurrer sur une prétendue opposition entre les durs de l’ultracapitalisme qui glorifient la colonisation en marchant sur les morts dont elle est responsable, et ceux qui seraient humanistes, raisonnables, qui voudraient examiner le pour et le contre, bref « humaniser » le capitaliste. Le capitalisme ne peut être humanisé, il doit être détruit ; de la même manière on ne peut nuancer la colonisation.

 

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