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11-04-2005

Il y a 60 ans

Le 8 mai 1945

 

 

Les révisions de l’histoire, si nombreuses depuis une à deux décennies dans ce pays, nous noient dans des « explications » qui permettent d’occulter le contexte historique. Première chose à dissimuler, la lutte des classes. En Europe de l’ouest, depuis deux cents ans, nous vivons sous le régime capitaliste, fait essentiel sans lequel rien n’est véritablement compréhensible. Depuis deux cents ans, la Bourgeoisie, qui possède les moyens de production affronte le prolétariat qui n’a que sa force de travail à vendre et, en la vendant, produit tout ce qui permet à la Bourgeoisie de faire toujours plus de profit. Toute l’Histoire du XXème siècle est celle de cette lutte. Mis en difficulté dans la première moitié par la Révolution socialiste de 1917  en Russie et par la montée dans la classe ouvrière des idées communistes, le Capital a eu recours, pour s’en sortir, à une sorte de «joker», le fascisme. L’Histoire de notre vieux continent, de 1922 (année de la marche sur Rome de Mussolini) à 1945, est celle des tentatives de mettre en place cet atout caché et sa montée en puissance et de la résistance des peuples, essentiellement de la classe ouvrière, jusqu’à sa défaite finale. Le fascisme n’est pas à ranger dans un concept global de «totalitarisme», différent et opposé au «libéralisme» ou à la «démocratie» pas plus qu’il ne constitue un troisième choix de société à côté du capitalisme et du socialisme. Le fascisme est l’une des possibilités du capitalisme, l’un des types de société capitaliste possible. Tous les régimes fascistes ont été des loyaux serviteurs et des loyaux gestionnaires du Capital.  N’oublions pas la fameuse phrase de Brecht : « Il est encore fécond le ventre d’où a surgi la bête immonde. » Ce ventre, c’est le Capitalisme.

 

          Venons-en à l’événement du 8 mai 1945 et rappelons quelques vérités. 

          Depuis la Révolution d’Octobre, les puissances capitalistes d’Europe de l’ouest ont tout fait pour nuire à la République soviétique, soit en lui faisant la guerre directement avec des corps expéditionnaires engagés aux côtés des Blancs ou des Polonais, soit en soutenant des régimes fascistes comme en Finlande, en Ukraine ou dans les pays baltes. Le résultat est que l’URSS fut, dès les années 20,  cernée à l’ouest par toute une mosaïque d’Etats dirigés par des fascistes. Les dirigeants des impérialismes occidentaux, français et britanniques, qui avaient de la suite dans les idées, voulurent, dès l’arrivée des nazis au pouvoir, utiliser cette Allemagne contre l’URSS. C’est pourquoi ils restèrent longtemps sans réaction devant son réarmement et la montée en puissance puis les conquêtes d’Hitler.

 

          Au cours de la guerre d’Espagne, qui fut le prélude de la guerre mondiale, tandis que les fascistes italiens et allemands s’engageaient résolument aux côtés de Franco (On connaît le fameux «exploit» des aviateurs nazis de la légion Condor à Guernica, immortalisé par Picasso) seule l’URSS soutint financièrement et militairement la République espagnole. Des volontaires, les fameuses brigades internationales, communistes, socialistes, progressistes vinrent bien donner leur sang pour la cause républicaine, mais les gouvernements conservateurs de Grande Bretagne et surtout socialiste de France pratiquèrent l’injustifiable  politique de «non intervention» proclamée par le président du Conseil français Blum.  Le gouvernement de Daladier, composé essentiellement de radicaux et de socialistes, décida même d’enfermer les Républicains espagnols vaincus dans des camps tristement célèbres, le long des Pyrénées, comme Le Boulou, Le Vernet ou Gurs, avant que le pouvoir de Vichy ne les livre aux nazis.

 

          Par la suite, lorsque Hitler annexa l’Autriche puis la Tchécoslovaquie, les dirigeants français et britanniques s’abaissèrent jusqu’à signer avec lui le pacte de Munich. C’est sur leurs instances que le président tchécoslovaque, Bénès, refusa que l’armée soviétique pénétrât dans son pays pour venir le défendre. La Bourgeoisie française, qui avait eu si peur en 1936, approuva bruyamment avec son mot d’ordre «plutôt Hitler que le Front Populaire». A la suite de Munich se mit en place en Franceun  mouvement pacifiste prêt à tout pour ne pas faire la guerre à Hitler. Ces «Munichois» s’exprimèrent notamment après le déclenchement de la guerre par un appel tiré à des millions d’exemplaires  signé notamment par le magnat de la presse Prouvost, propriétaire de «L’Aurore» aux côtés d’écrivains comme Giono et Giraudoux ou du politicien fasciste Déat, appelant à «ne pas mourir pour Dantzig». A l’initiative, on trouvait les idéologues du «corporatisme», syndicalistes et patrons venus de l’agriculture ou de l’industrie, partisans de l’union sacrée entre les gens d’une même entreprise et niant pour mieux la cacher la lutte des classes. On les retrouvera aux manettes du temps de Vichy. La Bourgeoisie US était également très partagée et nombre de ses membres choisirent de soutenir l’Allemagne nazie. Le grand-père de l’actuel président des USA G. W. Busch s’est illustré en commerçant avec les industriels allemands, principaux soutiens des nazis, même après le déclenchement de la guerre.

 

          Après Munich, Britanniques et Français ne s’arrêtèrent pas en si bon chemin. Ils laissèrent traîner les pourparlers d’alliance avec les Soviétiques. Ils essayèrent de les amuser en attendant qu’Hitler se jetât sur eux. Dès le mois de mars, Molotov, commissaire du peuple aux affaires étrangères, prévint les puissances capitalistes qu’à défaut d’engagement concret vers une alliance, l’URSS serait obligée de songer d’abord à sa sécurité et engagerait des discussions avec Hitler. Après l’échec d’une n-ième mission britannique à Moscou, des tractations eurent lieu qui conduisirent en septembre 1939 à la signature du pacte germano-soviétique. Il s’agissait d’un pacte de non agression. Il avait deux intérêts pour l’URSS. Il détournait Hitler sur la France et la Grande Bretagne et permettait de gagner du temps. Car ce «détournement» ne pouvait être que provisoire. Chacun savait bien et Staline le premier que l’ennemi mortel des nazis était les Communistes et donc l’URSS. Les presque deux ans de répit obtenus par le pacte furent utilisés pour transporter au-delà de l’Oural la plupart des usines d’armement situées notamment dans l’ouest de la Russie et en Ukraine orientale. Le pacte déjoua les manœuvres des capitalistes occidentaux et des gouvernements qui agissent pour eux, mais déchaîna la furie anticommuniste. Le parti communiste fut interdit en France, ses membres et sympathisants poursuivis, alors que rien n’était fait contre les représentants des intérêts allemands, la fameuse Cinquième Colonne.  La Bourgeoisie française, grâce à ses hommes au pouvoir, du fasciste Pétain au socialiste Sérol, voulait, selon les mots d’Aragon dans «Les Communistes» : « régler son compte à la canaille. »

 

          Malgré son peu d’enthousiasme, le gouvernement français fut obligé de s’engager dans la guerre en 1939, après l’agression par Hitler de la Pologne fasciste des colonels. Pendant cette «drôle de guerre», et ce n’est pas le moindre des paradoxes, des soldats français furent engagés aux côtés de pilotes allemands dans l’armée finlandaise du maréchal fasciste Mannerheim, en guerre contre l’Union soviétique. Le grand projet de l’entourage de Pétain, alors ministre de la guerre, c’était le corps expéditionnaire de Weygand, qui devait partir de Syrie et rejoindre le Caucase pour envahir l’URSS, qui n’était pourtant en guerre ni avec la France, ni avec la Grande Bretagne. On voit que le véritable adversaire était toujours le même. Côté britannique, la donne changeait peu à peu. Une partie de la Bourgeoisie ne désirait pas voir triompher l’ordre millénaire d’Hitler et voulait préserver sa puissance coloniale, la première de la planète. Un renversement s’opéra ainsi à l’intérieur du parti Conservateur, qui se traduisit par le limogeage du Premier ministre Chamberlain, trop tiède et son remplacement par Churchill. Ainsi donc, la guerre en 1939 avait toutes les couleurs de celle de 14, un conflit entre différents impérialismes.   

  

          Mais la victoire éclair des puissances de l’Axe (Allemands et leurs alliés) fit changer de nature cette guerre. En France, comme en Yougoslavie ou en Grèce, avec l’occupation allemande, une guerre de libération nationale commença, condamnée par les gens en place qui ordonnaient de renoncer aux combats. Dès septembre 1940 des groupes de résistance, pas encore armés au début, commencèrent à se former en France. Les Communistes yougoslaves et grecs s’organisaient également  Dans tous les pays occupés, des militants de la IIIème Internationale (communiste), anciens de la guerre d’Espagne, animaient la résistance. Des résistants nationalistes, moins nombreux, s’organisaient aussi ici et là, surtout en France. Mais, ce qui fit changer du tout au tout la nature de la guerre fut, en 1941, l’opération Barbarossa, c'est-à-dire l’agression puis l’invasion de l’URSS par les troupes nazies. Désormais la guerre visait à libérer les nations martyrisées, traînées en esclavage et, d’un même élan, à  vaincre l’hydre du fascisme.

 

          C’est de très loin, l’URSS qui a  payé le plus lourd tribut en vies humaines à la victoire contre les nazis, on parle aujourd’hui de 27 millions de morts. L’effort militaire principal des troupes de Hitler fut sur le fameux «front de l’Est. Les fascistes locaux emboîtèrent le pas de leurs idoles nazies. Des Etats fantoches furent créés, dirigés par ces gens-là, en Lituanie, en Lettonie, en Estonie, en Slovaquie ou encore en Croatie avec les Oustachis. Des Ukrainiens, des Polonais, des Danois, des Français, des Baltes (comme les «Frères de la Forêt» estoniens) s’engagèrent dans la Waffen SS. Leurs exactions furent terribles, ils s’en prenaient à tous les habitants qu’ils rencontraient et les massacraient. La marche triomphante de l’armée allemande fut arrêtée devant Moscou en 1941. Mais le tournant de la guerre est constitué, à l’hiver 1942/1943 par la grande victoire de Stalingrad. A partir de ce moment-là, les nazis ne cessèrent de reculer, tandis que l’armée rouge libérait les peuples. Après la victoire de Koursk à l’été 1943, les Soviétiques chassèrent les fascistes de leur pays. Ils libérèrent la Roumanie, la Pologne, la Hongrie. En Yougoslavie, les Partisans Communistes délivrèrent seuls leur pays, sauf la capitale, Belgrade, reprise par l’Armée rouge. Même chose en Grèce, avec l’aide de l’armée britannique. Pendant ce temps, depuis 1942, Staline réclamait l’ouverture d’un second front à l’ouest qui permettrait de soulager les soldats soviétiques en déplaçant une partie de la Wehrmacht. Il ne fut enfin entendu que lorsque la victoire fut certaine. L’une des raisons peu avouables du débarquement de juin 1944 est bien que ni Churchill ni Roosevelt ne voulaient laisser les Soviétiques libérer seuls l’ensemble de l’Europe. Il n’en demeure pas moins que l’URSS eut la première part dans la victoire sur le nazisme. Les combats que livra l’Armée rouge contre l’armée nazie furent sanglants et, même après la prise de Berlin, même après la capitulation, elle dut encore s’employer le 9 mai, pour libérer Prague.

 

          Le 8 mai 1945 est le symbole de cette victoire, de la victoire des peuples et surtout des ouvriers contre ce système que les Capitalistes avaient organisé ou laissé se mettre en place. Car contrairement à ce qui est dit, la Résistance fut partout une affaire de classe. Et partout, c’est la classe ouvrière qui, massivement a rejoint le camp de la lutte, tandis que la Bourgeoisie se vautrait dans la collaboration. Cela n’empêche pas que des Hommes de droite, comme De Gaulle, ont été des Résistants. Mais, comme l’a écrit François Mauriac, lui-même un Homme de droite : « Seule la classe ouvrière a défendu l’honneur perdu de la Nation. »  L’Organisation des Patrons était si compromise avec Vichy qu’elle a dû changer de nom en 1945 et se faire oublier pendant deux ou trois ans.

 

          Le 8 mai 1945, c’est aussi la perspective d’une ère nouvelle, notamment pour ces gens des «colonies» qui s’étaient engagés dans la Résistance, ainsi les Vietnamiens et les Algériens, ou les officiers égyptiens. La décolonisation a été permise par la victoire des Soviétiques et la participation massive des Communistes à la Résistance. La victoire de l’URSS, la défaite des nazis, eurent une influence considérable sur les luttes des peuples du tiers monde pour leur liberté.

 

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