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13 novembre 2008

 

A propos de la première

guerre mondiale

  Une historienne, considérée comme une des sommités parmi les spécialistes de la première guerre mondiale, répondant à une journaliste de la télévision au soir du 11 novembre, déclara : « Une guerre largement consentie pour quel résultat ? Pour ouvrir sur la barbarie du XXème siècle... »

 

      Comment peut-on dire, dans une période qui ressemble comme une sœur jumelle à l’avant quatorze, de telles inepties ? Ce qu’elle dit est tellement consensuel, tellement le fruit usé et raboté de la propagande officielle que cela en devient vide de sens.

 

      Nous dirons donc quelques mots de cette guerre. Elle peut se résumer à ce qu’en a dit Anatole France : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. »

 

      Les impérialismes, c’est-à-dire les Etats capitalistes les plus riches, comptant les multinationales de l’époque étaient au nombre de quatre. Trois étaient européens, avaient l’Histoire, la puissance militaire éprouvée ainsi que la puissance coloniale. Ils dominaient le monde. C’étaient la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. La quatrième, les Etats-Unis d’Amérique, attendait son heure dans l’ombre et attendait surtout le moyen de poser le pied en Eurasie ou en Afrique, chasse gardée des trois précédents.

 

      Ces puissances s’étaient longtemps titillées, puis affrontées par personne interposée en Afrique, notamment. On peut comparer cela aux USA d’aujourd’hui, qui, en attaquant l’Irak ou le Soudan, s’en prennent en réalité à leur principal rival impérialiste, la Chine ou qui lancent la Géorgie contre un autre rival, la Russie.

 

      Une fois la phase des préliminaires terminée, elles s’affrontèrent directement, pour la gouvernance du monde : Grande-Bretagne et France choisirent de s’entendre et d’affronter ensemble l’Allemagne qui, depuis des siècles, gardait en Europe cette vieille tendance qui lui faisait prétendre à la domination de l’Europe et du monde dont Hitler sera un des nombreux héritiers.

 

      Deux empires en voie de déliquescence, l’Autriche-Hongrie et la Russie impériale se mêlèrent aussi au conflit.

 

      Si cette guerre fût "consentie", comme le dit la docte savante, sans se poser plus de questions, on le doit pour une large part à la propagande officielle intense déployée dans chacun des pays. En France, pensons au rôle irremplaçable de l’école qui ressassa l’idée de la revanche et apprit à des centaines de milliers d’écoliers la fameuse chanson : "Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine".

 

      Elle fut aussi le symbole même de l’échec de la Deuxième Internationale. Les militants socialistes, principalement les Français et les Allemands, se  rangèrent derrière leur bourgeoisie respective en vue de l’affrontement et justifièrent la guerre. Pire, dans chacun de ces deux pays, des membres du parti socialiste participèrent pour la première fois à un gouvernement à cette occasion, ces fameux gouvernements d’union sacrée.

 

      Au moins en Allemagne, l’aile gauche du parti social-démocrate, avec Liebknecht et Clara Zetkin sauva-t-elle l’honneur en refusant de voter les crédits de guerre et d’investir le gouvernement. C’est en France qu’advint le pire. C’est la gauche qui mena la guerre, avec des Radicaux, comme Painlevé et Clemenceau ou des "socialistes indépendants" comme Viviani comme président du Conseil et avec des ministres d’Etat de la SFIO, comme Marcel Sembat. Seul Jaurès, parmi les dirigeants de la SFIO, sauva l’honneur en se battant pour la paix jusqu’à être assassiné.

 

      Au contraire, les Bolcheviks en Russie, firent tout pour que cette guerre injuste du point de vue des prolétaires et du peuple s’arrêtât. Voilà pourquoi, ils signèrent un cessez-le-feu avec les Allemands, puis la Paix de Brest-Litovsk.

 

      Ils ne furent pas les seuls à lutter contre la sale guerre. En 1917 notamment des soldats français, allemands, italiens aussi refusèrent de continuer la boucherie. La chanson de Craonne, recueillie par Paul Vaillant-Couturier, fondateur du Parti Communiste français et lui-même soldat dans les tranchées permet de connaître leur état d’esprit. Beaucoup d’entre eux furent fusillés, Pétain en particulier, s’illustra en pratiquant la décimation : un homme sur dix des régiments refusant de marcher était fusillé.

 

      Des militants socialistes de beaucoup de pays d’Europe se rencontrèrent à Zimmerwald, en Suisse. Lénine prit une part importante à ces rencontres. C’est notamment de ce foyer de Zimmerwald que naquit la Troisième Internationale, celle des Communistes.

 

      Enfin, on ne saurait dire un mot de la "guerre de quatorze" sans évoquer les marins français de la Mer noire. Après la paix de Brest-Litovsk, le commandement impérialiste franco-anglais voulut les envoyer combattre les Révolutionnaires russes. Ils se mutinèrent et refusèrent d’obéir, organisant une véritable révolte dans laquelle s’illustra notamment André Marty, futur dirigeant du PCF et des Brigades Internationales d’Espagne.

 

      Pour terminer, il nous faut simplement rappeler que les conflits actuels entre les différents impérialismes, cette fois à l’échelle de la planète et non du continent européen, ont un sacré goût de revenez-y. Les USA, la Chine, l’Union européenne et, à un degré moindre la Russie, l’Inde, le Brésil, voire l’Iran, ou l’Afrique du Sud se disputent le leadership régional ou mondial. Les USA, impérialisme dominant, disposent en outre de relais, des puissances "régionales" comme Israël, l’Australie, le Rwanda, la Colombie ; sans parler de leur cheval de Troie à l’intérieur de l’UE, la Grande-Bretagne. Tout cela ressemble fort à une poudrière.

 

      Pour "Communistes", l’important, en terme de mémoire est donc de réaliser, que tous les incidents que nous connaissons, comme en Afghanistan, en Georgie et Russie ou les tensions comme en Iran pourraient bien mener, si nous n’y prenions garde, à une guerre mondiale ou partiellement mondiale, ressemblante trait pour trait à celle de Quatorze. Avec toutefois une différence de taille : l’arme nucléaire existe et les Etatsuniens ont montré il n’y a pas si longtemps qu’ils n’hésiteraient pas à s’en servir.

 

 

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