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14-12-2005

LA L.O.L.F., C’est quoi ?

 

 

 

C'est une réforme de l’Etat faite pour accroître les moyens d’action du capital sur le peuple.

Cette « réforme » de l’Etat s’accompagne par ailleurs d’un déplacement de ses structures et de ses prérogatives du niveau national au niveau supranational.  Au plan intérieur elle comprend plusieurs éléments :

1° privatisations ;

2° décentralisation avec, soit transfert de compétences dans les conditions financières le plus souvent défavorables aux collectivités territoriales, soit transfert de financements qui relevaient de la responsabilité de l’Etat, c’est-à-dire attaque contre le caractère national des services publics en même temps que transfert de charges, autrement dit augmentation de l’exploitation ;

3° déconcentration :

4° contractualisation ;

5° autonomie des établissements publics.

 

Tous ces éléments s’articulent sur ce qui fait le nerf de toute intervention sociale : les financements. Au niveau de l’Etat, ces financements sont déterminés par les lois de finances. Or la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) du 1er Août 2001 transforme les règles politiques du financement public jusqu’à renverser sa logique de fonctionnement. Cette loi du 1/08/01, adoptée sous le gouvernement de gauche plurielle, a été votée à l’unanimité des députés (avec l’abstention « courageuse » des députés du PCF).

 

Fabius, alors ministre de l’Economie et des Finances, instigateur de la réforme avec le député Migaud (socialiste) et le sénateur Lambert (UMP), déclarait dans son discours de présentation de la LOLF au Sénat : « Quand, après une longue réflexion, on a décidé de franchir le Rubicon, on ne s’arrête en général pas pour goûter la température de l’eau ». Pour Michel Sapin (PS), elle « vaut tous les grands soirs de la réforme de l’Etat ». Cette loi est, en quelques sorte, pour les dirigeants de la France capitaliste, la « constitution financière » de la France. Et c’est ainsi qu’elle fut adoptée sans aucun débat démocratique, ni dans la presse, ni dans l’hémicycle, à l’abri des regards indiscrets du peuple, à la quasi-unanimité des chambres où elle fut surnommée « la révolution silencieuse ». Quatre ans après, le silence est presque toujours aussi assourdissant autour de cette loi qui pourtant pilote maintenant la prochaine loi de finances, celle de 2006.

Plus précisément de quoi s’agit-il ? Contrairement à une ordonnance de 1959 fondée sur une logique de moyens correspondant à des besoins sociaux prédéfinis, la LOLF est fondée sur une logique d’objectifs et de résultats attendus, évalués selon des indications de performance, selon un rapport coût/résultats immédiats.

 

La LOLF organise une dégradation absolue des services publics et donc une réduction drastique de la satisfaction des besoins des travailleurs en même temps qu’elle est un instrument radical de casse du statut de la fonction publique.

 

L’article 30 de cette Loi organique est très clair : « Les règles applicables à la comptabilité générale de l’Etat ne se distinguent de celles applicables aux entreprises qu’en raison des spécificités de son action ». On ne peut être plus clair pour indiquer que c’est la rentabilité capitaliste qui est prise pour critère. L’article se poursuit ainsi : « Elles sont arrêtées après avis d’un comité de personnalités qualifiées publiques et privées (c’est nous qui soulignons) dans des conditions prévues par la loi de finances ».

 

Les moyens alloués sont globalisés avec possibilité de redéployer les crédits en cours d’année : c’est ce qui est appelé la fongibilité, mais celle-ci est asymétrique. Cela veut dire que si l’on peut alimenter des crédits d’investissement ou de fonctionnement par des crédits de personnel, il est interdit de faire l’inverse. Les crédits de personnel sont plafonnés : la somme attribuée en début d’année ne peut être dépassée. Il s’agit d’une masse de crédits et non pas de postes. Ceci ouvre un nouvel ensemble de possibilités de gestion du personnel dans une logique capitaliste :

 

a)  on peut supprimer des postes ;

b)  on peut jouer sur la nature des emplois et notamment embaucher des fonctionnaires au statut précaire, CDD de 3 ans renouvelables avec limitation à un seul renouvellement,  nouvelles dispositions depuis la loi du 26/07/05, CDI dont le contrat peut être rompu en cas de diminution ou de limitation du budget du programme –ce qui est institutionnellement une remise en cause du statut de la fonction publique.

c)  on peut jouer sur la politique de promotion ;

d) on peut jouer sur la politique indemnitaire. Et tout cela au niveau de chacun des établissements (établissements scolaires ou universitaires par exemple) qui seront gérés comme des entreprises capitalistes par chacun de leurs responsables (autonomie des établissements).

 

Dans ce contexte, la question du démantèlement du statut du fonctionnaire –qui passe aussi par le transfert de fonctionnaires de l’Etat vers les collectivités territoriales- se pose avec évidence. C’est effectivement la question que posent très officiellement les auteurs (Alain Lambert, ministre du budget sous Raffarin et Didier Migaud, encore eux) du rapport sur la mise en œuvre de la LOLF remis au Gouvernement le 16 septembre 2005. Ces rapporteurs indiquent que « certains parlent d’une incompatibilité du statut et de la LOLF ». Ces beaux messieurs sont prudents : il ne faut surtout pas alerter les fonctionnaires sur les risques graves qui les menacent. Par « certains » ils visent sans doute les rapporteurs de la Cour des Comptes qui, en juin 2005, ont attiré l’attention sur le fait que « la gestion au sein de la masse salariale risque d’être difficilement compatible avec la gestion par corps et par grade de la fonction publique d’Etat ».

 

En fait les catégories et corps, correspondant à des qualifications reconnues dans des statuts et correspondant à des niveaux de rémunérations, seront confondus rapidement dans une logique fonctionnelle des « métiers » où régneront les compétences estimées par les résultats tels que les aura évalués la seule hiérarchie, en fonction de critères de rentabilité à court terme et où les rémunérations varieront avec ces résultats.

 

Les effets dévastateurs de la LOLF se font déjà sentir, à l’hôpital par exemple.

 

Il est temps, largement, temps, d’exiger son abrogation.

 

C’est dans les luttes contre son application que grandira la conscience de cette exigence et qu’on pourra obtenir de premiers reculs. 

 

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