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15-02-2005

ON NOUS CACHE LA VERITE

 

 

De 1933 à 1945 douze millions de personnes, ont trouvé la mort dans les camps de concentration édifiés par les nazis. Des anti-nazis, des gens qualifiés de sous-hommes (untermenschen) en raison de leur appartenance religieuse ou ethnique, certains étaient les deux à la fois, ont méthodiquement été utilisés jusqu’à leur mort ou exécutés directement. Examinons les faits pour tenter de répondre à cette question terrible : pourquoi une telle horreur a-t-elle été possible ?

 

La République de Weimar

 

         En 1919 le traité de Versailles consacre la fin de la 1ère guerre mondiale, une guerre menée entre les puissances impérialistes européennes, pour les seuls intérêts des grands capitalistes français, britanniques ou allemands («On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels» disait Anatole France). L’impérialisme allemand, vaincu, est à genoux. Ses colonies sont partagées entre Britanniques et Français, son territoire est réduit, une partie est occupée par les troupes françaises, les indemnités de guerre sont exorbitantes. Le peuple allemand paiera la facture. C’est la misère noire pour le prolétariat allemand et même pour les classes moyennes. Une inflation démentielle les enfonce (le dollar valait 4 marks en 1914 et 4 200 000 000 000 marks en décembre 1923)  mais favorise les industriels : les magnats du charbon édifient d’immenses fortunes. L’arrivée de la crise de 1929 ne fit qu’amplifier les choses : il y avait plus de 6 000 000 de chômeurs en 1933. C’est sur ce terreau qu’a éclos et poussé le parti nazi.

        

Les «Spartakistes» (communistes allemands) tentent d’établir à Berlin une République des conseils mais le chancelier provisoire, le socialiste Ebert noie dans le sang la Révolution. Juste retour des choses : comme Bismarck avait rendu «son» armée à Thiers pour écraser la Commune de Paris, les alliés franco-britanniques rendent «ses» soldats à Ebert.

La république de Weimar, qui remplace l’empire aboli naît dans la répression.      

 

La doctrine des nazis

 

         Hitler et les siens sont d’abord des antimarxistes convaincus. C’est la peur des Communistes qui les incite à créer un parti qui s’adresse au peuple et surtout aux classes moyennes, cible habituelle du fascisme à l’image des dirigeants du parti nazi, intellectuels au chômage (Rosenberg, Goebbels), officiers sans solde (Hess, Goering) fonctionnaires zélés de l’ordre établi (Himmler, Bormann).

         Ce sont ensuite des pangermanistes convaincus. Pour eux le « peuple supérieur » a tous les droits, y compris celui de réduire en esclavage les peuples inférieurs : la Grande Allemagne devait donc s’étendre vers l’est au détriment des slaves.

        

Capitalistes allemands et bouc-émissaires

 

         Dès le milieu des années vingt, les capitalistes de l’ouest de l’Allemagne, les propriétaires des usines métallurgiques notamment regardèrent d’un bon oeil le parti nazi. Pour combattre les Communistes et « faire régner l’ordre »  les rois de l’acier Krupp et Thyssen adhérèrent à ce parti.

Inquiets de l’influence électorale des Communistes et de l’enthousiasme soulevé par la Révolution soviétique, les nationalistes et les conservateurs se tournèrent vers Hitler et c’est le conservateur Von Papen, qui proposa au nationaliste Hindenburg, alors président de la République, d’appeler au pouvoir comme chancelier le nazi Hitler, von Papen lui-même étant vice-chancelier. Tous les grands patrons allemands étaient dans le coup, comptant bien profiter de l’effort de guerre, de la guerre elle-même et de l’asservissement légal de la classe ouvrière.  Les Krupp et Thyssen, les firmes IG-Farben, Bayer, Volkswagen, etc... amenèrent et profitèrent du nazisme. Sitôt arrivé au pouvoir, Hitler, répondant aux voeux de ses commanditaires fit interdire le Parti communiste puis se fit donner les pleins pouvoirs par le nouveau parlement (qui ne comptait que 43 % de députés nazis).

Pour préserver l’ordre capitaliste et les privilèges de ses chefs, il fallait détourner les classes moyennes et si possible le prolétariat de leur véritable adversaire, le Capital. Pour cela, il fallait un bouc-émissaire : ce furent les Juifs.

Il existait des communautés juives en Allemagne  depuis fort longtemps et les Juifs avaient obtenu sous l’empire, du temps de Bismarck, des droits équivalents aux Allemands. Mais il y en avait aussi énormément en Europe de l’est Pologne, pays baltes, Tchécoslovaquie, URSS qui allaient être assassinés par millions dans des camps d’extermination comme Auschwitz.

        

Historique des camps de concentration

 

         Le premier des camps, Dachau, fut élevé en 1933 pour «accueillir» les communistes allemands ; il fit d’ailleurs l’objet de plusieurs reportages de Marie-Claude Vaillant-Couturier dans L’Humanité en 1935 et 1936. Les faits étaient donc déjà connus. Mauthausen et Buchenwald, qui suivirent servirent aussi de mouroir aux opposants politiques allemands, communistes d’abord, puis socialistes et catholiques proches du «Zentrum».

         La déportation des Juifs commence en 1938, après la «nuit de cristal». A partir de 1939, des camps sont construits à l’est de l’Allemagne ou dans les pays d’Europe de l’est conquis par les nazis. Ils sont conçus pour les « sous-hommes », c’est à dire les juifs, slaves, tziganes qui vivent en Pologne, Tchécoslovaquie puis en Roumanie. Dans la même période (1939 - 1941) on commence l’extermination des déportés Républicains espagnols à Mauthausen et de leurs camarades communistes polonais ou tchèques à Buchenwald, de même que le secrétaire général du KPD (le parti communiste allemand) Ersnt Thälmann, qui y fut assassiné en 1944.

         Après l’agression de l’Allemagne contre l’URSS, les déportations de soviétiques, juifs ou slaves, se multiplient. Des groupes de SS sont chargés d’exécuter les partisans, en premier lieu les communistes, puis les juifs. Peu à peu, ils massacrent  tous les habitants. C’est en 1942, au début de la «guerre totale», que naît le concept de «solution finale», l’assassinat systématique des juifs à Auschwitz.

 

Quelques mots sur la deuxième guerre mondiale

 

         Hitler et les nazis ont déclenché la 2ème guerre mondiale pour établir leur domination sans partage sur le monde. Il s’agissait bien de la domination de l’impérialisme allemand, c’est à dire de ses grands capitalistes, Krupp,  Bayer et Cie….

         D’ailleurs, il n’y a pas qu’en Allemagne que la peur des Communistes a provoqué des compromissions avec les nazis. Qu’on pense à la fameuse phrase «Plutôt Hitler que le Front Populaire» chère au patronat français. Les chefs des gouvernements britannique et français (Chamberlain et Daladier) n’avaient aucune envie d’affronter le chancelier nazi, ils préféraient le pousser à combattre l’Union soviétique, c’est pourquoi ils ont signé les accords de Munich, abandonnant sans état d’âme la Tchécoslovaquie. Le refus de toute alliance avec l’URSS de la part des puissances dites «démocratiques» a contraint les dirigeants soviétiques qui se retrouvaient seuls face aux nazis à signer avec eux le pacte germano-soviétique.

         Ce pacte a donné à l’URSS deux ans de répit, de quoi transporter la plupart des usines métallurgiques derrière l’Oural. Les Soviétiques savaient que, tôt ou tard, ils subiraient le grand choc, ils ont tenté d’être le plus prêts possible. A partir de juin 1941, l’URSS subit l’essentiel des efforts de guerre allemands. Après avoir tenus devant Moscou et Leningrad, l’armée rouge et le peuple soviétique ont remporté la grande victoire de Stalingrad, à l’hiver 42/43, qui fut le tournant de la 2ème guerre mondiale. Vaincus, les nazis se mirent reculer, poursuivis par l’armée rouge qui libéra ainsi toute l’Europe de l’est. Les soviétiques ont battu et anéanti le nazisme, ils ont libéré les camps de déportés qui comme Auschwitz, se trouvaient sur ces territoires. Ils en ont payé le prix : 20 millions de morts.

 

Pourquoi nous cache-t-on l’essentiel ?   

 

Pourquoi la plupart de ces faits sont-ils passés sous silence ? Pourquoi nous donne-t-on à voir les horreurs du nazisme sans même essayer de les expliquer sérieusement ?

         Beaucoup de bonnes âmes, historiens officiels ou journalistes peu dérangeants nous donnent une explication du nazisme qui échappe aux critères de classe. En mettant l’accent sur l’horreur des camps sans explication, on est à fond dans le registre psychologique. Les nazis sont des monstres et rien ne peut expliquer leur comportement sauf à en venir aux explications sur la méchanceté naturelle de l’homme.

Tout le caractère politique du nazisme, du fascisme est ainsi estompé,  occulté. Il faut absolument exonérer de leurs responsabilités les hommes du grand Capital allemand. Il ne faut pas révéler à la face du monde que le fascisme est une  carte capitale dans le jeu des possédants ; que c’est par peur  des communistes et de la classe ouvrière que les nazis ont été créés, alimentés puis portés au pouvoir par la Bourgeoisie allemande. La visée est bien sûr actuelle, faire accepter le capitalisme comme le seul monde humain possible. Les nazis ne pouvaient donc pas être dans le même camp que les hommes du Capital, des défenseurs de la propriété privée des grands moyens de production.

Qui fait silence sur les crimes du capitalisme ? Ceux là même dont les pères avaient fait le lit du nazisme et qui aujourd’hui dirigent le monde. Comme l’a écrit B. BRECHT : « Le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde ». Veillons.

        

 

Et vive l’école de la République

 

Des manuels scolaires à la télé en passant par les hommes politiques de tous bords c’est l’union sacrée autour d’une présentation vide de sens du nazisme.

Dans ce cadre tout le travail effectué par les tenants de cette «histoire officielle» tend à travailler  le spectaculaire au détriment de la science historique. Tel collège ou tel lycée envoie des élèves visiter les camps d’extermination et toucher du doigt l’horreur, les adolescents sont choqués, abasourdis ou parfois indifférents parce qu’aucune explication n’est donnée. La machine idéologique est bien réglée et l’Ecole de la République y joue un rôle de premier plan : à l’heure ou la loi Fillon débute par «la mission de l’école est de transmettre les valeurs républicaines», pas une voix ne s’élève devant ce matraquage de la version officielle de l’histoire ; de quoi faire réfléchir ceux qui croient naïvement à la neutralité de l’Ecole.

 

  

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