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10
octobre 2008 Organismes
Génétiquement Modifiés (OGM) : Pour
une approche rationnelle de la question C’est
en France que le mouvement anti-OGM s’exprime avec le plus de constance et de
virulence. Quelles en sont les raisons? Est-il possible d’avoir une approche
rationnelle de cette question ? Rappelons tout d’abord ce qu’est un OGM.
C’est un organisme vivant dans lequel le patrimoine génétique a été modifié
par l’incorporation de gènes d’une autre espèce, dont on espère qu’ils vont
apporter des propriétés particulières à l’espèce artificielle ainsi créée. Il
peut s’agir, par exemple, d’une résistance particulière à certains
prédateurs, d’une capacité à mieux résister à la sécheresse ou à fixer
l’azote atmosphérique. Du fait de leurs qualités, les cultures OGM gagnent du
terrain, ainsi dans le monde, les surfaces cultivées en OGM ne cessent de
croître (17% l’an). Il y a 114 millions d’hectares cultivés en OGM (8 % des
terres cultivées) et 10,5 millions de paysans dont 90 % dans les pays en voie
de développement les utilisent. Alors pourquoi une telle opposition en
France ? Les
origines du mouvement anti-OGM Ce
mouvement a deux composantes. La plus ancienne qui se réclame de l’écologie a
pour pères fondateurs deux français J. Ellul et B. Charbonnier, pères
spirituels de N. Mamère. Ils vont à partir de la fin des années 1930
développer une idéologie de retour à la nature, à la simplicité, que R
Charbonnier appellera l’Ordre Nouveau. Pétain sera l’un des adeptes de cette
idéologie du retour à la terre « la terre ne ment jamais »
aimait-il à déclarer. Restée depuis confidentielle, cette idéologie va
occuper le devant de la scène à partir des années 1980 avec la naissance du
mouvement écologiste de Waechter et Lalonde. Cette renaissance a été préparée
en 1972 par le rapport du Club de Rome qui regroupait des dirigeants du
capital européen, des dirigeants politiques et des dirigeants des organes de
presse. Ce rapport préconisait de réduire l’activité économique au nom de la
préservation de l’environnement. La défense de l’environnement n’était en
fait qu’un prétexte pour justifier l’austérité et les fermetures d’entreprises.
Après 1983, avec la rigueur, les gouvernements d’union de la gauche ont
encore plus orienté la création des richesses en faveur du capital et cela au
détriment du travail. La déception qui en a résulté a ouvert le terrain à
l’idéologie de contestation de la croissance représentée par les Verts.
L’accélération de la mondialisation capitaliste s’est accompagnée de
l’internationalisation de l’idéologie de la décroissance grâce notamment à
l’apport financier des frères Goldsmith, multimilliardaires anglais. Militant
pour un retour à une société d’agriculteurs vivant en communauté, ils
financent une nébuleuse d’associations technophobes à travers le monde. Leur
idéologie est diffusée par la revue internationale « The ecologist» et
sa déclinaison française « L’écologiste ». La
deuxième composante du mouvement anti-OGM est apparue à la fin des années 90
avec la naissance d’Attac et de l’altermondialisme. Dans cette
période, le recul de la conscience de classe a laissé le champ libre à cette
idéologie qui faisait de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) la seule
responsable de la déréglementation au service du capitaliste sans mettre
l’accent sur le système d’exploitation capitaliste lui-même et sur la
technologie au service des multinationales. Le PS et le PCF portent une
lourde responsabilité dans la valorisation de cette idéologie. Par
opportunisme électoral, ils l’ont flattée, elle leur permettait de masquer
leur accord de fond sur le caractère indépassable du capitalisme. Cette tendance est
actuellement représentée au gouvernement par Mme Kosciusko-Morizet qui fut à
l’initiative de l’introduction du principe de précaution dans la
Constitution. Le Ministère de l’environnement est devenu celui des
associations de l’environnement. Des
associations très opaques Les
associations environnementalistes sont très opaques en ce qui concerne
l’origine de leurs financements et leur Direction. Quand ces informations
sont disponibles, on s’aperçoit qu’elles sont liées au gratin des entreprises
capitalistes. La Fondation N. Hulot est financée par TF1, l’Oréal, EDF. Le
ministère de l’intérieur, celui de l’agriculture et celui de l’environnement
sont représentés à son Conseil d’Administration. WWF international est financé par Walmart (le plus
gros distributeur US), Carrefour, Toyota, Danone. Greenpeace USA est financé
par sept fondations qui regroupent le gotha du capitalisme US dont les
pétroliers. Nombre d’associations environnementalistes sont les filiales
nationales de ces multinationales. Leur force financière, leurs liens très
étroits avec la presse et les médias font de ces associations des instruments
de pression redoutables. « L’ordre
naturel » contre la science La
détermination des lois de la génétique par Mendel à la fin du 19e
siècle a été déterminante dans la sélection des plantes cultivées comme de
celle des animaux d’élevage. Elle représente la première étape de sortie de
l’empirisme du monde agricole. À partir des années 1950, l’agriculture n’a
cessé de s’intégrer à l’économie mondiale en bénéficiant des progrès continus
du machinisme agricole, de la chimie, de la connaissance des sols, des différents
domaines de la biologie et très récemment de la recherche spatiale. Ces
retombées de la recherche scientifique n’ont cessé d’augmenter la puissance
de travail de l’agriculteur, de fournir des produits agricoles à valeur
ajoutée croissante, de plus en plus surs. La production agricole croit en
qualité en quantité car elle est de moins en moins dépendante des aléas de la
nature. Contrairement
à une idée reçue, l’agriculture est tout sauf naturelle, c’est une activité
humaine. Les plantes que l’homme a domestiquées pour son usage ont perdu très
rapidement la capacité à pousser en dehors de l’intervention humaine. En
dehors des champs, il n’y a aucune plante cultivée, sous nos latitudes comme
ailleurs. Pour permettre aux plantes cultivées de pousser, l’homme doit créer
un champ, espace artificiel dans lequel il s’attaque au milieu environnant.
Après avoir semé, il doit intervenir en permanence pour protéger ses
récoltes contre les plantes sauvages, les insectes, les champignons, les
oiseaux. La technologie augmente sa puissance de travail. L’augmentation de
la production qui résulte de nouveaux procédés oblige à de nouveaux
investissements pour le stockage des récoltes par exemple. L’augmentation de
la puissance de travail ne fait qu’accroître une différence préexistante
entre l’agriculteur qui a les moyens d’investir et celui qui n’a pas d’autre
choix que celui d’investir pour ne pas disparaître. L’introduction de la
technologie dans la production industrielle comme agricole diminue les coûts
de production et oblige à vendre plus car la valeur ajoutée par marchandise
diminue. Le fait que la séparation ne soit pas complète entre la force de
travail et les moyens de production limite le développement de l’agriculture.
Les innovations sont introduites en premier par les agriculteurs qui
possèdent le plus de capital. Ce n’est pas en luttant contre la diffusion de
la technologie qu’on luttera contre la disparition de la petite paysannerie,
mais en créant les conditions sociales lui permettant d’accéder à la technologie. Concernant
les OGM proprement dits, ils ne changent rien comparés aux plantes
classiques. La législation française comme européenne permet à l’agriculteur
de ressemer autant de fois qu’il le veut à partir de sa récolte, ceci est
valable pour les semences classiques comme pour les semences génétiquement
modifiées. Mais, ce n’est pas son intérêt, pour deux raisons. 1°) Les
semences vendues par les semenciers sont traitées à des insecticides, ce qui
en augmente les rendements. 2°) La dérive génétique diminue les rendements.
L’économie réalisée en ne rachetant pas ses semences se traduit par une perte
de revenus. La
transgénèse végétale n’a rien à voir avec l’empirisme. Elle est la recherche.
La technique la plus couramment utilisée pour produire des OGM végétaux est
adaptée d’un processus naturel de génie génétique réalisé par une bactérie du
sol. La culture des OGM, leur commercialisation sont soumises à des règles
extrêmement strictes qui ont fait l’objet de discussions très approfondies
entre l’OMS, la FAO et
l’OCDE. Ce sont
des institutions étatiques qui donnent les autorisations de culture et de
commercialisation.
Lutter contre l’obscurantisme 1°)
Le recul des idées de lutte, de la conscience de classe a laissé le terrain
libre à l’irrationnel. Tous les partis politiques ont par opportunisme
accompagné le mouvement anti-OGM. Il est préférable de flatter ce mouvement
afin d’en retirer un bénéfice électoral. La presse et les médias afin de
vendre du papier et de gagner des parts d’audience ont accompagné le
mouvement. Ce d’autant que le journalisme scientifique est une discipline
sinistrée. 2°)
Les organismes de recherche scientifique sont réduits à des coquilles vides.
Leurs instances scientifiques n’ont plus aucun rôle. Les scientifiques n’ont
plus aucun poids dans la définition des stratégies de recherche. Toute la
recherche publique est pilotée par le Ministère de la recherche et de
l’enseignement supérieur. Afin de justifier, cette mise à l’écart de la
communauté scientifique les différents gouvernements n’ont pas cessé de la
culpabiliser en l’accusant de ne pas s’occuper de la société, accusation
également portée par les associations environnementalistes. Comme si les
scientifiques dans leur masse avaient la main sur l’organisation de la
recherche ! La principale activité des scientifiques est la recherche de
financements leur permettant d’exister. De ce fait les stratégies de
recherche n’ont plus grand-chose à voir avec la science, elles sont
essentiellement le fait de lobbies. Dans ce cadre, les lobbies
environnementalistes ont toute leur place. Les Académies, les sociétés
savantes sont les derniers endroits où l’on parle de science. Comment redonner au
rationnel la place qui doit être le sien ? Déclarer une attitude
rationnelle vis-à-vis des OGM ne doit pas nous entraîner à la béatitude
vis-à-vis des monopoles agroalimentaires. Nous savons que leur objectif est
la réalisation de profits maxima en utilisant les résultats de la recherche
pour exploiter encore plus leurs salariés et les agriculteurs qui utilisent
leurs semences. C’est pourquoi nous sommes pour un contrôle public de leur
production. Dire cela nous conduit, à la différence de la plupart des
écologistes qui ne posent pas le problème de l’appropriation de la recherche
par les groupes privés, à nous battre pour la nationalisation de ces
monopoles. Les
scientifiques doivent intervenir en permanence pour défendre la démarche
scientifique pour combattre le charlatanisme masqué derrière un langage
pseudo scientifique. Mais le moyen fondamental de remettre les choses à
l’endroit est de combattre les bases même de l’irrationnel, la désespérance,
la peur de l’avenir, l’atomisation des individus. C’est la lutte des salariés
de la recherche pour que cette dernière soit au service du développement des
connaissances et non du seul capital qui desserrera l’étreinte des lobbies de
toutes sortes mais au-delà de la recherche c’est la lutte de l’ensemble des
salariés de ce pays qui ouvrira des perspectives sociales et politiques et
renverra les forces de l’obscurantisme dans les ténèbres. Car enfin, il faut
appeler les choses par leur nom : ce sont les rapports d’exploitation
capitalistes qui dominent la production et le Monde. C’est la raison
fondamentale pour laquelle les OGM sont aujourd’hui aux mains des gros trusts
de l’agroalimentaire. Ces derniers tirent de leur production des profits et
entendent de ce fait contrôler étroitement la production des savoirs. Ce
n’est pas la science ou la technique qui sont les sources des problèmes mais
bien leur mise en œuvre sociale. C’est pourquoi, de plus en plus se fait jour
la nécessité d’un changement de société permettant une appropriation publique
des grands moyens de production et d’échange. Michel
GRUSELLE Directeur de recherche au
CNRS
http://www.sitecommunistes.org |
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