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16-10-2008
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Ils veulent la fin de la petite viticulture |
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Les mesures de l’Etat, de
l’UE et le rôle de la FNSEA
La FNSEA, le "syndicat" au
service des gros exploitants joue un rôle non négligeable dans ce processus
de destruction de la petite viticulture. La restructuration récente décidée
par l’Etat de l’organisation des appellations (sous le nom, il fallait s’en douter,
de "modernisation de la viticulture") lui donne la part encore plus
belle. Ainsi, ce sont les syndicats de la FNSEA qui sont chargés de tirer au
sort les viticulteurs dont ils contrôleront les vignes, les caves et le vin
par la voie de dégustations. Tout ce qui ne sera plus conforme sera éliminé,
c’est l’arbitraire le plus total. Par ailleurs, ce sont ces mêmes syndicats
qui décident du cahier des charges mis en place cette année, sous le contrôle
de l’Institut National des Appellations d’Origine, organisme de plus en plus
dans la ligne de la politique de l’Etat en matière d’agriculture.
Les viticulteurs sont désormais regroupés par région viticole dans des
Organismes de Défense et de Gestion (ODG) dirigés bien sûr exclusivement par
des responsables de la FNSEA. Pour bien situer les choses, il faut rapporter
ce propos de l’un des responsables de l’ODG du Beaujolais : « L’offre de vin
est trop dispersée, il va falloir la regrouper. » [Traduction : renoncez aux
petits et vendez à vil prix aux gros ou aux moyens. ] ou encore : « Il y en a
assez de cette guéguerre entre viticulteurs et négociants, il faut marcher
ensemble. » [Traduction : que les poules du poulailler discutent avec les
renards plutôt que de se méfier d’eux. ]
Le but final, affirmé par la Commission européenne est d’aller vers un nombre
de plus en plus restreint d’ODG, au niveau du pays puis de l’Union, et qu’à
terme, on n’ait plus que deux catégories : les vins avec indication
géographique et les vins sans indication. Ainsi pourrait naître assez vite un
ODG regroupant Beaujolais, Bourgogne, Jura et Savoie. Les négociants pourront
enfin légalement mélanger et trafiquer les vins. Ils le font déjà
illégalement, mais l’ampleur prise sera désormais démesurée et comme la définition
officielle du vin selon l’UE ne mentionne même pas l’obligation de provenance du moût de raisin,
tout sera possible ! Dérégulation
: la qualité en ligne de mire
Tout cela a, bien entendu, des conséquences sur la qualité du vin. Toutes les
productions humaines voient baisser leur qualité dès lors qu’elles sont
soumises à la fameuse loi du marché. Lorsqu’il s’agit, pour ceux qui vendent,
de dégager une marge, la qualité passe après.
Depuis des années, on impose un goût standard. Sur le modèle de ceux du
nouveau monde, destiné à un public consumériste mais peu connaisseur, on
fabrique depuis des années dans notre pays un produit qui n’a pas besoin de
vieillir. La chimie au service du goût stéréotypé ! C’est l’heure des
"vins technologiques" dont la fermentation est activée mais
bloquée, qui sont prêts à boire au bout de deux mois, mais finis au bout d’un
an. Le client du nouveau monde est impatient, on lui fournit le "produit
fini".
Cette « mode» a grandi aussi en France. Les idéologues du commerce, ceux
qui font la pluie et le beau temps dans les media s’en sont mêlés. Qu’importe
le terroir, un cépage prestigieux peut pousser partout. Qu’importe le savoir
faire du vigneron, tous les vins se ressemblent. C’est l’ère de la
standardisation.
Le but immédiat de l’Union européenne est la fin des appellations contrôlées,
jugées trop rigides. Il faut noter que, sans attendre la réglementation
européenne, l’Etat français avance : l’INAO, institut des appellations
d’origine, a vu élargir ses compétences à des domaines comme le miel et le
beurre, qui ne possèdent pas d’AOC. L’INAO est d’ailleurs sur le point de changer de nom. Le
vin de tradition réservé à l’élite
Tout est bon : la baisse du niveau de vie (On achète désormais la bouteille à
l’unité au lieu du carton) ; le formatage idéologique incitant les
viticulteurs à exporter, donc à faire un vin sans intérêt, ce qui les ruinera
un jour ou l’autre s’ils ne sont pas assez "gros" ; enfin la
campagne idéologique moralisatrice jetant l’opprobre sur les consommateurs de
vin.
Le vin de tradition française est menacé, de l’extérieur par les requins US
notamment, comme l’a montré le film "Mondovino". Il l’est par les
gros négociants qui préfèrent acheter du vin du Chili, des USA ou d’Australie
mais il l’est aussi par un consensus gagné par les dominants autour de
l’idée que seul le vin vite arrivé à maturité plaît.
Ceux qui auront les moyens pourront continuer de déguster un grand cru de
Bourgogne ou un grand cru classé de Bordeaux, mais les autres devront se
contenter d’un liquide douteux avec (ou sans) indication géographique. Pour
les contrer, seule la lutte....
L’enjeu est de taille, il s’agit de la mort définitive de l’agriculture
familiale. Ce n’est ni l’intérêt des paysans ni celui des salariés. On ne
peut compter sur la gôche pour empêcher cette catastrophe : les tenants de
l’Europe sociale, de Fabius à Buffet, en passant par Besancenot réclament
"une autre PAC", alors que l’Union européenne est le principal vecteur que le
capital a utilisé pour parvenir à ses fins ; en outre ils ont adopté la
mentalité "citoyenne" qui consiste à condamner moralement les amateurs
de vin.
Seule la lutte permettra de sauver la petite paysannerie et la qualité des
produits que nous consommons. Un peu partout, notamment dans le Languedoc,
des viticulteurs sont en lutte. A l’intérieur du syndicat des exploitants
familiaux, le MODEF, nombreux sont ceux qui veulent
secouer une direction arc-boutée sur le consensus avec la FNSEA et le
pouvoir. Pour
nous, à "Communistes", ce n’est pas nouveau, là comme ailleurs,
seule la lutte pourra payer !!!
http://www.sitecommunistes.org
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