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17-09-2008

 

Après la visite du Pape

 

 

La Société ne peut exister sans l’inégalité des fortunes et l’inégalité des fortunes ne peut exister sans la religion » (Napoléon Bonaparte).

 

« La religion est l’opium du peuple » (K. Marx).

 

Il n’y en a que pour lui, le commandant en chef d’une des organisations les plus rétrogrades de l’Histoire, l’Eglise catholique, était en visite chez nous. La télévision publique se couche et rampe devant lui, nous le montre minute par minute. Rien ne nous a été épargné.

 

Cette visite en France est un des multiples événements qui nous obligent à réfléchir au rôle nouveau de la religion dans l’idéologie dominante.

Revenons plus largement sur le rôle de la religion, que Sarkozy, parmi bien d’autres, s’applique  à placer au premier plan.

 

Depuis la fin des pays socialistes, et notamment de l’URSS, nous vivons, en Europe de l’ouest, un monde dans lequel, à côté des attaques frontales contre les acquis sociaux du mouvement ouvrier, le capital et ses sbires se livrent à une offensive idéologique sans merci. Ils monopolisent les media, et s’assurent que tous parlent bien d’une seule et même voix. Les discours officiels tenus par les journalistes, que ce soit à propos du Caucase, d’Israël ou du Tibet, en sont autant de preuves.

 

Or, dans ce bouillon idéologique qu’ils veulent nous faire avaler,  le rôle de la religion apparaît comme essentiel. De tout temps, la religion a été le moyen le plus efficace de convaincre les classes populaires de se satisfaire de leur sort, et d’attendre l’au-delà pour vivre mieux. On se souvient notamment des esclaves noirs d’Amérique, que seule la foi catholique empêchait de se révolter. Napoléon Bonaparte, alors premier consul, a dit les choses de la manière la plus nette possible :

 

«. Quand un homme meurt de faim, à côté d’un autre qui regorge, il lui est impossible d’accéder à cette différence, s’il n’y a pas une autorité qui lui dise : «Dieu le veut ainsi ; il faut qu’il y ait des pauvres et des riches, dans le monde, mais, ensuite, et pendant l’éternité, le partage se fera autrement» »

 

« Parmi tous les moyens de gouvernement, la religion n’est-elle pas le plus puissant de tous pour faire accepter au peuple ses souffrances et le travail incessant de sa vie ? » (Balzac).

 

Partout, les hommes du capital répandent la religion comme la grande voire l’unique réponse aux questions que les hommes se posent mais surtout comme le grand, voire le seul moyen d’empêcher leur révolte.

 

On peut ainsi citer, outre les papistes :

— l’Evangélisme, qui trône en Amérique du nord, sous l’impulsion des «télépasteurs», opposés à l’avortement, plus ou moins partisans de la «séparation des races», fermes soutiens de la «liberté d’entreprendre», qui se répand en Amérique du sud (Brésil) aux dépens de feue la «théologie de la libération», mise à mort par le pape Wojtyla, et même en Afrique, dans l’ombre des multinationales US .

— l’Intégrisme musulman, forgé par les hommes de Washington, notamment dans leur lutte contre les Soviétiques en Afghanistan ou pour prendre le contrôle économique de l’Algérie, aux dépens de l’impérialisme français. Cet intégrisme est montré du doigt comme le seul ennemi, justifiant les croisades menées par les USA, leurs alliés israéliens et d’autres contre l’Irak, la Palestine, l’Afghanistan, l’Iran etc… Plutôt que de se battre dans les rangs du nationalisme arabe, ou, pire, du marxisme, il vaut cent fois mieux que les  peuples révoltés choisissent Dieu, qui, comme on le sait, n’a rien contre la propriété privée des moyens de production.

       le Bouddhisme, version Dalaï Lama, adepte d’une société féodale, où la caste des moines n’ a rien à faire que de vivre sur le travail gratuit des paysans, confinés dans le servage, et de partager la domination des terres et du pays avec quelques seigneurs de la guerre. Le Dalaï Lama, nième « réincarnation » de qui, de quoi ? Quel retour en arrière !

        

Quel rapport de force pour Sarkozy ?

Les discours de Sarkozy sur le sujet ont de quoi inquiéter. Ils témoignent d’une inféodation à une puissance spirituelle fantaisiste, sur le mode des USA. La gôche française pousse des cris d’orfraie, et nous alarme sur les coïncidences entre les propos présidentiels et le discours ambiant aux USA (où le président prête serment sur la Bible), mais, trois heures auparavant, cette gôche s’était félicitée que les USA soient une démocratie, aux côtés de laquelle on fait la guerre aux Afghans, et on la ferait volontiers aux Ossètes, voire aux Russes dans le Caucase si c’était possible.

 

La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : « Qu’est-ce qui permet à Sarkozy de dire aujourd’hui ce qu’il dit ? » Ses paroles constituent une variation autour du thème, nous avons besoin de la religion, car elle seule permet la spiritualité ; en gros, les athées sont des brutes stupides, et si en plus ils sont anticapitalistes, c’est sûr, l’enfer leur est promis. Quel rapport de force idéologique permet qu’il puisse prononcer des discours qu’on ne lui aurait même pas laissé terminer il y a quelques années.

 

Passons sur l’aspect «légaliste» de l’opposition de Sa Majesté : c’est le président de la République, il a été élu, il représente la France, et toute une série d’autres clichés qui viennent au bon moment pour justifier le peu d’empressement à réagir sur le fond de la gôche. Il est évident que, sur ce sujet comme sur d’autres, nous vivons un recul de civilisation, et que ceux dont on attendrait naturellement qu’ils aient réagi (pas seulement aujourd’hui, mais hier, avant-hier) ne sont pas au rendez-vous. De la même manière que c’est un gouvernement socialiste, celui de Rocard, avec le ministre Quilès, qui est à l’origine de la privatisation de la Poste et de tout le courrier qui n’arrive pas, c’est un président socialiste, Mitterrand, qui est à l’origine d’un accommodement avec l’école catholique en 1984 qui provoqua le départ du ministre de l’éducation nationale.

 

La laïcité à la française

La laïcité, ici attaquée par Sarkozy, est une particularité historique de la France. Cela détonne au sein de l’Union européenne. On se souvient que feue la constitution européenne devait comprendre dans son préambule une référence aux racines chrétiennes de l’Europe. La plupart des pays de l’UE sont sous un régime concordataire : les religieux sont salariés de l’Etat.

 

La séparation des Eglises et de l’Etat marqua en France une avancée, elle permit de limiter l’influence des courants de droite les plus obscurantistes. L’Eglise est à l’époque au service de la bourgeoisie terrienne, la plus réactionnaire. Au début du XXème siècle, c’est la petite bourgeoisie, représentée par le parti radical, qui accède au pouvoir, alliée à une partie de la bourgeoisie industrielle. Pendant les quinze ans où ils furent au pouvoir, jusqu’à la première guerre mondiale, les radicaux menèrent deux combats :

— un coup à droite, en frappant les congrégations, séparant l’église et l’Etat et imposant leur laïcité ;

— un coup à gauche en réprimant tous les mouvements d’émancipation, ceux des paysans du Languedoc en 1907, comme ceux des cheminots et postiers en 1911.

 

La laïcité définie par les radicaux délimite la zone d’influence de l’Eglise catholique, mais ne s’en prend pas réellement aux assises de la croyance car il n’y a pas de transformation de la société. Se plaçant dans la société capitaliste, les radicaux ne mettaient pas fin à «l’inégalité des fortunes», donc, tôt ou tard, le besoin de la religion et de l’Eglise devait de nouveau se faire sentir, pour les possédants. Les radicaux étaient partisans de la propriété privée des moyens de production et, comme l’écrivit Balzac dans «La duchesse de Langeais» : « La religion est le lien des principes conservateurs qui permettent aux riches de vivre tranquilles. Elle est intimement liée à la propriété. »

 

La gôche actuelle et la religion

La preuve des limites historiques de la laïcité de 1905, on la trouve dans le retour de bâton actuel, dans le rapport de force idéologique que nous évoquions plus haut. Cette loi n’empêche pas Sarkozy de revenir en arrière parce qu’elle n’était pas de nature anticapitaliste.

 

Le parti socialiste, successeur et héritier de la tradition laïque du parti radical a aujourd’hui, de ce point de vue, changé de nature.On peut le voir avec la révérence de Ségolène Royal devant le Dalaï Lama et le brevet de sagesse que lui confèrent moult caciques du PS français. Le phénomène n’est d’ailleurs pas seulement français. Il y a une certaine dilution historique entre les courants social-démocrate et démocrate-chrétien dans pas mal de pays du monde, ainsi de l’alliance de l’Olivier en Italie, de la grande coalition en Allemagne, ou de la coalition au pouvoir au Chili dirigée par une socialiste catholique (Salvador Allende doit se retourner dans sa tombe).

 

Rangés définitivement dans le camp du capital, les socialistes sont de ceux qui doivent gouverner en son nom et user donc de la religion pour que les classes populaires supportent l’insupportable. On peut les comparer aux bourgeois français du XIXème siècle qui, anticléricaux lors de la Révolution française, avaient changé d’avis à ce sujet dès que leur pouvoir fut effectif : la religion marchait désormais pour eux et non plus pour les aristocrates.

 

Voici ce qu’écrivait Engels à ce propos : « L’un après l’autre, les esprits forts adoptèrent les dehors de la piété, parlèrent avec respect de l’Eglise, de ses dogmes et de ses rites et en observèrent eux-mêmes le minimum qu’il était impossible d’éviter... La bourgeoisie française fit maigre le vendredi... Ils s’étaient fourvoyés avec leur matérialisme. IL faut conserver une religion pour le peuple — elle seule peut sauver la société d’une ruine totale. »

 

Au déploiement scandaleux de toute cette propagande obscurantiste en faveur des religions, opposons par tous les moyens possibles – et nous en avons - la volonté populaire d’imposer partout, à  l’école, dans les médias et ailleurs le rejet de toute doctrine religieuse.

 

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