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Hebdo |
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17-11-2008
Changer la société
I - Changer
sans changer
L’expression "changer la société" est
fort à la mode. Même Barack Obama, dont la campagne fut financée par les plus
grandes firmes multinationales US, qui est partisan du renforcement de la
présence étasunienne en Afghanistan, est présenté comme un homme du changement.
Tous les tenants du capitalisme, qui à droite,
qui à gauche, nous expliquent que le «capitalisme financier» doit changer,
mais, bien entendu, aucun d’entre eux ne s’aventure à évoquer un autre type de
société. En les entendant ou en les lisant, on pense à la fameuse phrase du
prince Falconeri dans "Le Guépard" : « Il faut que tout
change pour que rien ne change. » En effet, la préoccupation
commune de Sarkozy, Hollande ou Besancenot et de leurs porte-parole qui
s’expriment dans les media est de conserver le système capitaliste.
II - Faire litière des plus gros mensonges
II-1 La
droite serait de gauche
On nous reparle donc
des nationalisations. On a pu même entendre ici et là que Bush aux USA et
Gordon Brown en Grande-Bretagne avaient "nationalisé" des banques.
Certains y ont même vu un comportement de "gauche"... Que ne nous
a-t-on pas dit à ce propos dans notre pays ! Nous avons eu droit à tout ce
qu’il était possible d’imaginer, jusqu’à une émission de télévision où se
posait doctement la question : « Sarkozy est-il de gauche ? »
On croit rêver. Alors
que, depuis des décennies, la gauche, toutes tendances confondues, PS, PCF,
divers trotskystes, sans parler des Verts — si tant est qu’ils aient jamais été
de "gauche" — renonce à tout ce qui constituait ses raisons
d’exister, adopte les thèses de la droite et mène sa politique lorsqu’elle est
au pouvoir, s’assied sur les acquis sociaux balayés, défend la loi du marché ou
l’Union européenne et voudrait nous faire croire que c’est la droite qui vire à
gauche !
A l’heure où les
gouvernements successifs ont privatisé tout ce qui pouvait l’être, organisent
la liquidation du système des retraites, de la Sécurité sociale, financent les
banques en veux-tu, en voilà, comme si elles n’avaient pas encore assez tondu
le mouton, ce n’est pas la droite qui penche à gauche, mais la gauche qui a
définitivement adopté les conceptions de la droite. Ou, plus exactement, disons
que se fait jour la collusion profonde des uns et des autres : chacun à sa
manière défend l’ordre établi, le système capitaliste. Décidément, ce faux
clivage droite-gauche n’a plus aujourd’hui de pertinence.
II-2 La
droite serait contrainte de prendre des mesures de gauche
Il faut aussi tordre le
coup à cette idée que ceux qui tiennent les leviers de l’idéologie dominante
essaient de nous asséner à coups de marteau-pilon : il y aurait d’un côté les
partisans de l’intervention de l’Etat (la gauche) et de l’autre ceux qui n’en
veulent à aucun prix (la droite). Mesurée à cette aune, la démarche de Bush
utilisant des fonds publics pour renflouer des banques, faussement baptisée "nationalisations",
ne serait qu’un hommage du vice à la vertu, en totale contradiction avec ces
convictions. On peut résumer le discours ambiant à ce sujet ainsi : « Ceux qui
ne veulent pas de l’Etat sont bien obligés de lui trouver des vertus... »
Si l’on a une lecture
"de classe" des événements, on arrive à de toutes autres conclusions.
Il n’a jamais été
question pour les capitalistes d’abandonner l’Etat, mais de s’en servir à leur
plus grand profit. Ce sont, au contraire, les révolutionnaires qui, avec Marx, sont pour la
destruction de l’Etat bourgeois, et, au final son dépérissement.
L’Etat est au service
de la classe dominante depuis que les classes existent, c’est la structure qui
lui permet d’opprimer les classes dominées. Comme le disait Engels dans :
"L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat"
« L’Etat est un produit de la société à une certaine étape de son
développement. Il constitue l’aveu que la société s’est scindée en antagonismes
inconciliables dont elle est impuissante à se débarrasser. Pour que ces
antagonismes, ces classes qui ont des intérêts économiques contradictoires ne
se dévorent pas et ne dévorent pas la société, une force est devenue
nécessaire, qui, se plaçant en apparence au-dessus de la société, modèrerait le
conflit, le maintiendrait dans les limites de «l’ordre». Cette force est
l’Etat. »
L’Etat n’est donc pas
une structure neutre utilisée par les uns et dédaignée par les autres mais le
lieu même de la domination de la bourgeoisie. Evidemment, nous comprenons mieux
ainsi les actes de Bush, qui n’ont rien d’illogiques ni de gauchistes. Il fait
ce que les larbins du Capital ont toujours fait depuis près de deux siècles :
servir ses intérêts.
III - Quid
des nationalisations ?
S’il est bien clair que l’argent public donné
aux banques tant aux USA qu’en Grande-Bretagne ou au Luxembourg ne constitue en
aucune manière une nationalisation, il est temps de s’interroger sur ce que ce
vocable signifie.
Il s’agit de rendre la nation (et non l’Etat)
propriétaire d’une entreprise. Le concept est né dans le mouvement ouvrier
français de la fin du XIX ème siècle. Pour certains réformistes et
anarcho-syndicalistes de l’époque, il constituait la panacée : le programme de
la direction de la CGT de l’immédiat avant 1914 pouvait se résumer à : grève
générale et nationalisations.
On s’est aperçu au fil du temps que ce que l’on
appelle nationalisation pouvait être, dans les pays capitalistes développés, la
prise de contrôle par l’Etat de secteurs important de l’économie afin de les
sortir du marasme, ou de les développer, comme ce fut le cas en France en 1945.
Mais, pour les tenants du capital, cela n’a jamais constitué un but en soi, et
cela n’a jamais été destiné à durer éternellement. Une fois le but obtenu,
l’affaire rentabilisée, et, dès que le rapport de force le permet, les
entreprises nationalisées ont été « rendues à leurs légitimes propriétaires »,
selon la formule utilisée par Pinochet de sinistre mémoire, lorsque, le
lendemain même de l’assassinat d’Allende, il donna les mines de cuivres aux
multinationales US.
La nationalisation, même la vraie, n’est donc
pas une garantie suffisante de sortie du système capitaliste ; on se souvient
d’ailleurs à ce sujet que, lors des nationalisations de 1981, il fut reproché
très vite aux dirigeants nommés par le pouvoir de gauche de gérer les
entreprises nationalisées avec les mêmes critères qu’utilisaient leurs
confrères pour gérer des entreprises capitalistes.
Néanmoins, la nationalisation porte la question
essentielle qui va marquer la différence entre la société capitaliste et la
société socialiste : la propriété des moyens de production et d’échange.
Cette question essentielle est désormais
largement occultée par les gens de "gôche" qui lui préfèrent le
concept de partage des richesses.
IV - Le partage des richesses
IV-1 Une idée
qui ne dérange pas les capitalistes
Il s’agirait donc, pour
changer de société, purement et simplement de mieux répartir les richesses.
Nous connaissons une concrétisation relativement récente de cette idée avec la
fameuse "taxe Tobin", inventée par un économiste américain que l’on
ne peut soupçonner le moins du monde d’être progressiste. Il s’agissait de
taxer un très strict minimum les mouvements de capitaux. Plus globalement, la
gauche de la gauche, en France, parle de prendre de l’argent sur les profits ou
de taxer les revenus financiers pour les retraites et la Sécurité sociale. Tout
cela ne remet pas en cause le système.
Loin de nous l’idée
de dire que ces mesures sont à rejeter mais elles ne peuvent être la fin ni la
solution du problème. Taxer les capitaux ou leurs mouvements, revient à les
«légaliser», à les accepter comme naturels. Taxer les revenus financiers pour
la Sécurité sociale peut certes être juste, mais contribue à mettre de côté la
vraie question : que les patrons paient leurs cotisations. On peut, de la même
manière évoquer les écotaxes : payer la taxe permet d’avoir un permis de
polluer.
A
"Communistes", nous pensons qu’il est nécessaire
— non pas de taxer les
mouvements de capitaux, mais de les interdire ;
— non pas de taxer les
capitaux, mais d’empêcher l’accumulation du capital privé ;
— non pas de faire
participer les revenus financiers au financement, mais de faire en sorte que
les richesses créées paient l’ensemble de la Sécurité sociale.
IV-2 Reprendre d’une
main ce que l’on donne de l’autre
Prendre une part infime
de ce que les capitalistes gagnent pour le redistribuer aux salariés part
peut-être d’un bon sentiment, mais ne permet pas de changer la condition
d’exploités qui est la leur. Les salariés, avec leur niveau de vie ainsi
augmenté, vont pouvoir consommer les produits, ce qui rapportera encore du
profit aux capitalistes. Souvenons-nous d’Henri Ford qui versait à ses ouvriers
un salaire suffisant pour qu’ils eussent les moyens d’acheter leur voiture.
IV-3 La mainmise des
capitalistes sur le production mondiale
Mais il existe une
autre raison qui explique que le partage des richesses ne peut être, en aucune
manière, une possibilité de sortir du capitalisme. Imaginons que l’on tente de
répartir entre tous les humains de la planète les produits correspondant à
leurs besoins, ce qui serait une mesure largement plus ambitieuse que ce que
proposent par exemple Besancenot ou Buffet en France. Cela ne fonctionnerait
pas, parce que, pour pouvoir continuer de dominer la planète, la bourgeoisie
impérialiste a besoin qu’on ne produise pas assez de ce qui est nécessaire pour
satisfaire tous les besoins. Cela prend des formes différentes, comme :
— l’utilisation et la
transformation des produits de la terre pour d’autres buts que de nourrir les
hommes (cf. les agro-carburants) ;
— la sous-production
mondiale de certains produits de nécessité (comme le lait) ;
— l’invasion du marché
par une grande quantité de produits qui ne sont pas en réalité des besoins,
mais que l’idéologie dominante nous incite à nous procurer ;
— le système des prix
issus de la libre concurrence, qui empêche une partie des humains d’accéder aux
produits de nécessité puisqu’ils ne peuvent les payer ;
— la sous-utilisation
de l’énergie nucléaire, la seule de nature à fournir en électricité de manière
continue et suffisante la planète, et la seule capable de remplacer un jour les
énergies fossiles, pour des raisons soi-disant écologistes.
Les capitalistes
possèdent les moyens de production pratiquement à l’échelle de la planète, ils
décident seuls ce qui doit être produit et en quelle quantité. Ce ne sont pas
des philanthropes qui se préoccupent des besoins humains mais ils sont
seulement motivés par la recherche du profit. Et, ce qu’on nous décrit comme
l’univers de la concurrence libre pour le plus grand bien des consommateurs,
est en réalité un monde dans lequel la production est organisée de manière à ce
que beaucoup manquent du nécessaire, car c’est la garantie de la continuité du
système et des profits. La répartition des richesses ne s’attaque pas à ce
système, il n’est même pas sûr qu’elle l’égratigne, mais, au
contraire, il est possible qu’elle le renforce.
IV-4 L’idéologie
anti-productiviste
A ce stade, il est
important de dire un mot sur un courant idéologique que le capital utilise de
manière intensive depuis une trentaine d’années, le courant
«anti-productiviste». En France, cette idéologie fut théorisée par le
philosophe officiel de la pensée libérale du XXème siècle : Raymond Aron. Dans
ses «Dix-huit leçons sur la société industrielle», il déclarait qu’il
n’y avait pas de différence entre ce qu’il appelait le "capitalisme
d’Etat" de l’URSS et l’Etat capitaliste. Les deux sociétés, ainsi
qualifiées de post-industrielles, se ressembleraient comme deux gouttes d’eau,
étant également productivistes. Le "productivisme", voilà le grand
mot lâché, et l’on voit de quels héritiers cette pensée ancienne peut se
prévaloir : la mouvance écologiste, qui accuse l’homme de maltraiter la planète
mais absout le capitalisme et dont une revue titrait l’année dernière, au nom
de l’anti-productivisme : « A bas le pouvoir d’achat » !
Cette idéologie était
déjà plus qu’en germe dans les théories de la petite bourgeoisie étudiante en
1968 et a fait beaucoup de chemin depuis, des antinucléaires des années 70 au
développement durable d’aujourd’hui, en passant par les altermondialistes des
années 90. On la sent aussi pointer derrière beaucoup d’organisations anti-OGM
aujourd’hui.
C’est l’arme de la
peur, de l’irrationnel, exploitée à fond qui fait de chaque homme un coupable
et innocente le système capitaliste. Mais surtout, elle lui permet de continuer
de régner. Le capitalisme nous tient tant qu’il est majoritairement considéré
comme le système naturel et tant qu’il impose une production mondiale trop peu
importante ou accessible pour satisfaire nos besoins, et les diverses
composantes de "sauvons la planète", en répandant leurs mensonges
urbi et orbi, lui composent une idéologie en béton.
V - Sortir
du capitalisme
Tous ceux qui tentent réellement aujourd’hui,
de changer la société, en sont arrivés à la conclusion qu’il fallait sortir du
marché. Ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation et qui n’est rien
d’autre que le stade suprême du capitalisme, c’est-à-dire l’impérialisme,
consiste en fait en la substitution aux différents marchés des pays puis des
continents d’un marché unique à l’échelle de la planète. Les règles sauvages du
capitalisme y sont ainsi appliquées jusque dans les moindres recoins. Changer
nécessite donc de sortir de ce marché. On le voit bien avec la démarche de
Chavez, un authentique progressiste : il cherche à déconnecter l’Amérique
latine du marché mondial et à en créer un autre, qui fonctionnerait selon
d’autres règles.
Cela implique que les prix soient fixés
autrement que par le «marché» et ses règles sauvages et meurtrières. Nous avons
des exemples de ce que cela pouvait donner dans un passé assez récent. Ainsi,
dans les années où le socialisme tenait une place non négligeable sur cette
planète, l’URSS avait imposé un prix unique de vente du café qui permettait aux
petits producteurs africains de vivre plus que dignement. Quelques années après
la fin de l’Union soviétique, le «marché» reprit ses droits et ses producteurs
furent ruinés.
Nous pouvons donc en conclure que l’infinie
nuisance que nous devons abattre est bien le système capitaliste, c’est-à-dire
ce «marché». Or, la tâche consistant à en créer un autre, à laquelle Chavez
s’est attelé, comporte un obstacle
de taille : les impérialistes possèdent la plupart des moyens de production
et d’échange sur la planète.
VI - La
possession des moyens de production et d’échange
Nous en arrivons au nœud du problème : on ne
changera pas la société si on n’abolit pas la propriété privée des moyens de
production et d’échange. Nous,
"Communistes", voulons abolir cette société et la
remplacer par une autre dans laquelle ces moyens seraient mis en commun, comme
cela s’est fait dans les sociétés socialistes qui existaient au XXème siècle et
comme cela persiste encore à Cuba.
Le capitalisme repose sur l’exploitation de
l’homme par l’homme. Quelques-uns possèdent tout ce qui permet de produire et
la plupart des autres n’ont que leur force de travail à vendre pour vivre. Il
est responsable de décennies de guerre, de destructions, de chômage et de
misère. Seul le socialisme peut nous permettre d’en finir avec cette société
inhumaine.
VI-1 Qu’est-ce
que la mise en commun ?
Nous voulons donc
socialiser ou mettre en commun ces moyens de production. Il ne s’agit pas là de
simples nationalisations, et ce, pour deux raisons essentielles :
— d’abord, nous avons
évoqué plus haut la chose, si la nature de l’Etat ne change pas, les
nationalisations ne servent à terme que le Capital, qui les utilise ;
— ensuite, mettre en
commun ne signifie pas forcément le faire au niveau de l’Etat, mais que les
ouvriers soient propriétaires des entreprises, que les oisifs, les profiteurs
en soient bannis. C’est la philosophie des conseils, mise en place en URSS avec
leur nom russe, les soviets. Justement, par exemple, en URSS, cohabitaient des
fermes d’Etat, les sovkhozes et des fermes coopératives, les kolkhozes : deux
moyens différents de mise en commun absolument complémentaires.
Cette mise en commun permet
que personne ne profite du travail des autres au prétexte qu’il a le capital
pour le faire.
VI-2 à chacun selon
ses besoins
La propriété collective
des moyens de production et d’échange permet les satisfactions des besoins de
tous. Ces besoins sont recensés et la production se fait en fonction d’eux et
non de ce qui rapporte le plus, ce qui nécessite une planification de
l’économie. Les entreprises peuvent alors produire ce qui correspond à ces
besoins, sans que quelque actionnaire que ce soit entre en ligne de compte. Le
but d’une entreprise d’automobile dirigée par des conseils d’ouvriers est de
produire autant d’automobiles que les besoins de la population en nécessitent,
mais pas de faire du profit en vendant des automobiles.
Dans cette société, chacun
a un travail : le chômage n’existe
pas car le but de la production est changé. Chaque individu rend un service à
la collectivité par son travail.
De la même manière, les
besoins fondamentaux de l’homme sont assurés. Chacun a un logement dont le loyer
n’augmente pas, les transports publics sont suffisamment développés pour
transporter tout le monde. (On se souvient peut-être que le prix du ticket de
métro à Moscou n’a pas bougé de sa création dans les années 30 aux années
Gorbatchev): la santé, l’éducation sont gratuites.
Les échanges
commerciaux en système capitaliste se font de telle manière que le vendeur vole
l’acheteur, ou, que l’acheteur vole le vendeur. Rien de tel dans les échanges
commerciaux en système socialiste. Les prix sont fixés en commun et ne varient
pas. Le champ n’est donc pas libre pour les profiteurs, les accapareurs ou les
gaspilleurs. Terminée la fameuse liberté du "renard libre dans le
poulailler libre".
VI-3 les revenus
dans la société socialiste
Dans cette société
socialiste, personne donc n’amasse de fortune, personne ne peut suivre le
conseil de porte-parole de la bourgeoisie française de la première moitié du
XIXème siècle, Guizot : « Enrichissez-vous. » L’origine des fortunes
capitalistes est toujours la même depuis deux siècles, la spoliation (légale ou
non), le vol, l’accaparement, la spéculation, et surtout l’exploitation. Nul
enrichissement n’est licite :
— ni celui des
bourgeois du XIXème siècle, fondé sur le trafic du ravitaillement aux armées et
la spéculation sur les biens nationaux achetés et revendus ;
— ni celui des
capitalistes d’hier et d’aujourd’hui qui possèdent et vendent des produits que
d’autres, les prolétaires, fabriquent pour eux.
Ainsi les prolétaires,
qui n’ont que leur force de travail à vendre, ne reçoivent qu’une aumône
baptisée salaire, alors que les capitalistes, une fois la charité effectuée et
après des dépenses d’entretien des outils de travail, gardent un revenu
amplement supérieur : la plus-value. C’est cela l’exploitation de l’homme par
l’homme.
La société socialiste
est une société de salariés, mais il ne s’agit plus dès lors d’aumônes lâchées
par des capitalistes, puisqu’il n’y a plus ni plus-value, ni capitalistes.
C’est désormais la juste rétribution d’un travail nécessaire à la collectivité.
Se pose donc, à ce
stade, la question de l’écart entre les différents niveaux de salaire. En
régime capitaliste, si l’on met de côté les parasites, dirigeants
d’entreprises, banquiers, agents de change et autres argousins, les métiers
réellement utiles à l’humanité sont hiérarchisés. L’écart des salaires et des
revenus en général est principalement lié :
— au niveau d’étude,
— au fait d’exercer sa
profession dans le secteur public ou secteur privé,
— au statut de
"libéral" ou de salarié.
Rien de tout cela en
régime socialiste. Nous considérons que tous les métiers utiles à la société le
sont également, et refusons la fausse division du travail, instituée par
l’idéologie capitaliste entre travailleurs manuels et travailleurs
intellectuels. Il n’y a donc aucun écart de salaire basé sur le niveau d’étude,
c’est seulement cette fameuse division du travail qui justifie qu’un médecin
gagne beaucoup plus qu’un ouvrier qui fabrique des routes. Seules sont prises
en compte l’ancienneté, la pénibilité du travail et ses conditions (le travail
de nuit, par exemple).
VI-4 économie
naturelle ou économie administrée
Dans toutes les usines
ou entreprises, les cadres sont choisis parmi les salariés par les conseils,
sur la base de leurs compétences mais aussi de leur sens de la collectivité.
Pour que l’économie produise vraiment ce qui correspond aux besoins des hommes,
il faut, non seulement que ces besoins soient en permanence évalués (c’est le
rôle de la planification), mais aussi que les salariés investis de
responsabilités fassent en sorte que les objectifs soient atteints. Il ne
s’agit pas de tuer au travail qui que ce soit, mais de veiller à la bonne
marche des outils de travail et aux bonnes conditions de travail des salariés,
ainsi qu’au respect des prix de vente des produits, fixés collectivement.
On entend déjà les cris
d’orfraie des défenseurs de la "liberté" capitaliste : cette société
restreint l’initiative individuelle et cette économie n’est pas naturelle, elle
est "dirigiste", le mot étant utilisé avec tous le mépris des
possédants pour qui veut remettre en cause leur domination.
En
ce qui concerne le côté "naturel" de l’économie capitaliste, on peut
sans conteste le lui accorder, mais en utilisant le mot naturel au sens propre.
Voici ce que dit à ce sujet Engels: « Darwin ne savait pas quelle âpre
satire de l’humanité, et spécialement de ses concitoyens, il écrivait quand il
démontrait que la libre concurrence, la lutte pour la vie, célébrée par les
économistes comme la plus haute conquête de l’histoire, est l’état moral du
règne animal. » Alors nous revendiquons fièrement que l’économie
socialiste soit le produit de la pensée et de la société humaine et non celui
de l’animalité primitive.
Par ailleurs, il nous
faut ici démentir que l’économie capitaliste ne soit pas organisée ni
«administrée». On a vu avec les décisions de Bush ou Brown, avec le vote du Parlement
français donnant généreusement l’argent des salariés aux spéculateurs que tout
cela repose sur une intervention de l’Etat, des Etats impérialistes. Quant aux
diverses "déréglementations", elles sont elles-mêmes des règlements,
édictés par les différents Etats bourgeois ou les officines supranationales
qu’ils ont créées comme l’Union européenne.
VI-5 Marx ne pouvait
pas prévoir
On entend aussi
beaucoup dire que Marx, c’était très bien en 1848, mais qu’il ne pouvait pas
prévoir par exemple, les progrès de l’informatique et des nouvelles
technologies.
Il est assez
significatif que ces gens-là emploient à cet égard, l’expression de révolution
de l’information, avec des variantes. Tout historien sérieux sait que ces nouvelles technologies de
l’information ne constituent en aucun cas pour l’humanité un pas aussi
important que l’apparition de l’agriculture et de l’élevage au Néolithique, ni
même que les inventions des XVème et XVIème siècles comme l’imprimerie. On
donne donc à l’affaire un qualificatif injustifié (révolution) pour faire
croire que la société aurait changé de nature.
Personne ne dit que
Marx avait tout prévu. Mais il avait analysé la société capitaliste avec ses
deux classes principales, les capitalistes et les prolétaires et cette analyse
n’a pas pris une seule ride. La nature de l’affrontement de classe est
strictement la même.
Lénine, lui, a, bien
avant qu’on ne nous parle de mondialisation, analysé le stade actuel de la
société capitaliste : l’impérialisme, avec l’essor des multinationales et le
marché mondial unique. Là encore, rien aujourd’hui, bien au contraire, ne vient
démentir ses travaux.
Le marxisme-léninisme
est donc plus que jamais d’actualité.
VII - les faux
besoins et les parasites
VII-1 les
besoins réels et fabriqués
Il est difficile, par
certains aspects, de concevoir une société basée sur les besoins de l’Homme,
tellement l’idéologie dominante nous a fait perdre de vue dans la société
capitaliste ce que sont nos véritables besoins. Nous nous contenterons ici de
poser quelques questions, mais le sujet mérite d’être approfondi.
Est-il utile pour la
société humaine d’avoir 80 chaînes de télévisions qui diffusent les mêmes
âneries et abrutissements à longueur d’antenne ?
Est-il utile pour la
société humaine que les individus possèdent plusieurs logements, plusieurs
automobiles ? Si oui, dans quelles conditions ?
Est-il utile pour la
société humaine d’avoir des marques concurrentes plutôt que de produire
ensemble ce qui se fait de mieux ?
Est-il utile pour la
société humaine que tant d’argent soit consacré à l’apparence (vêtements,
cosmétiques, produits de luxe en général) ?
VII-2 Les
parasites
Ces parasites, il en
existe d’autres, dont la profession ne sert qu’à maintenir le capitalisme en
place. La société socialiste ne
peut donc être une "vraie démocratie pour tous".
Pour les capitalistes
qui jouissent pleinement de la démocratie bourgeoise, cela signifie la fin de
la liberté d’exploiter, la fin de la liberté d’accumuler des fortunes par des
moyens légaux ou illégaux, la fin de la liberté d’acheter des media et de
fabriquer l’opinion publique, la fin de la liberté d’organiser l’enseignement
dans leur intérêt.
Pour les parasites qui
vivaient grâce à eux, cela signifie la fin du droit de profiter des autres
êtres humains ou de les abuser.
VIII - La
société et l’Etat socialistes
La société socialiste doit donc user de
contrainte envers ses ennemis, reprenant à son compte ce que disait Saint-Just
durant la grande Révolution française : « Pas de liberté pour les ennemis de la
liberté ! »
La société socialiste
est une société de transition. Pour aller vers une société sans classe, la
société communiste, il faut briser toute la résistance de la bourgeoisie et de
ses valets, c’est le rôle de la société socialiste. La lutte des classes se
poursuit dans cette société mais ce sont les anciens exploités qui ont le
pouvoir et non plus la bourgeoisie.
Les naïfs et les
ralliés aux vertus du capitalisme qui parlent de démocratie et expliquent qu’il
suffit de parvenir au pouvoir par les élections pour renverser le capitalisme
n’ont qu’à demander à Lumumba ou Allende, par exemple, ce qu’ils en pensent.
Jamais la bourgeoisie ne s’est laissée ou ne se laissera déposséder du pouvoir,
de son rôle de classe dominante, sauf par la force. Elle est prête à tout, même
à installer des Hitler ou Mussolini au pouvoir.
Ce que nos
divers politiciens appellent la "démocratie" n’est en fait que la
dictature de la Bourgeoisie, c’est-à-dire de ceux qui possèdent les moyens de
produire et d’échanger.
Il se pose donc, de
nouveau, la question de la nature de l’Etat socialiste, que nous avions déjà effleurée
précédemment avec Engels.
VIII-2 la question du
pouvoir d’Etat et la dictature du prolétariat
L’Etat ne
saurait être au-dessus de tout, une espèce d’entité neutre, garante des lois
protégeant le citoyen. Cette interprétation a, de tous temps, été utilisée par
celles et ceux qui ont intérêt à nier la lutte des classes. Or l’Etat est un
instrument au service de la classe dominante pour opprimer la ou les classes
dominées. Il n’est pas neutre, il est du côté des capitalistes.
Tout cela permet de
comprendre pourquoi, pour instaurer une société socialiste, il ne saurait
suffire de prendre le pouvoir dans une société capitaliste et de l’utiliser
pour améliorer la vie des classes populaires mais il faut casser l’appareil
d’Etat existant, lequel était au service de la Bourgeoisie, et en construire un
autre.
Marx et Engels
l’exprimaient ainsi dans la dernière préface du "Manifeste du parti
communiste" : « La Commune a démontré que la classe ouvrière ne
peut pas simplement s’emparer de la machine d’Etat toute prête et la mettre en
marche pour la faire servir à ses propres fins. »
Cette opération de
destruction et de remplacement s’appelle la dictature du prolétariat. Lénine la
définit ainsi dans "L’Etat et la Révolution" : « L’Etat
est une "force spéciale de répression". Il en résulte que cette
"force spéciale de répression" du prolétariat par la bourgeoisie doit
être remplacée par une "force spéciale de répression" de la
bourgeoisie par le prolétariat (dictature du prolétariat). C’est en cela que
consiste la suppression de l’Etat en tant qu’Etat. »
En renonçant à cette
idée, la plupart des partis communistes d’Europe de l’ouest ont perdu leur
identité révolutionnaire. Voilà des décennies qu’ils expliquent qu’il faut
«faire autrement» et la traduction concrète est que leurs héritiers sont
aujourd’hui des piliers de la société capitaliste.
Nous "Communistes", ne
renonçons pas, tant il devient plus clair chaque jour que c’est en abandonnant
les grandes idées du mouvement communiste, comme la propriété collective des
moyens de production et d’échange ou la dictature du prolétariat que les
anciens partis communistes ont permis les victoires de la Bourgeoisie
impérialiste depuis plus de vingt ans.
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