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18-09-2005
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Incendies
et morts chez les mal logés Triomphe des spéculateurs |
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Le 25
août, avenue Vincent Auriol dans le 13ème à Paris, un immeuble a
brûlé : 17 morts dont 14 enfants. Cet incendie a été précédé et suivi de
deux autres incendies de même type : dans des bâtiments délabrés, au
système électrique défectueux, aux murs suintants et fissurés Il ne s’agit pas d’un
immeuble classique comme le déclare le Président d’Emmaüs qui, pourtant
devrait le savoir puisque cet immeuble est géré par une société émanant d’Emmaüs
(FREHA – France Euro Habitat - créée en 1988). Il s’agit d’un immeuble
appartenant aux PTT et réquisitionné pour accueillir provisoirement des
familles qui en 1991 campaient en plein Paris pour obtenir de vrais
logements. Ce provisoire a duré 14 ans. Ces familles ont un bail,
paient un loyer, quelques travaux d’urgence avaient été réalisés dans l’immeuble
mais pas la réhabilitation nécessaire. En fait, pour les
pauvres : taudis, hébergement en hôtel, squats… sont la règle tandis que
les riches s’enrichissent avec la spéculation foncière et immobilière. Nous sommes à nouveau en
France en pleine crise du logement, crise qui frappe particulièrement les
pauvres : 1 million 300 000 ménages sont inscrits aujourd’hui sur les
listes d’attentes des organismes HLM. POURQUOI UNE TELLE
PENURIE DE LOGEMENTS ? La politique de désengagement
financier de l’Etat dans la construction de logements sociaux, politique qui
se développe depuis la réforme du financement du logement de 1977 (par le
Premier ministre Raymond Barre sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing),
est totalement responsable de cette situation dramatique. Cette réforme qui a réduit
à peau de chagrin l’aide à la pierre (c’est-à-dire les subventions pour
construire du logement) n’a été remise en cause par aucun des gouvernements
qui se sont ensuite succédé qu’ils soient de droite, socialiste, d’union de
la gauche ou encore de la gauche plurielle. C’est ainsi que la
construction d’HLM est aujourd’hui équivalente à ce qu’elle était en 1953, en
pleine crise du logement. Certes l’APL (Aide
Personnalisée au logement) a été mise en place pour aider les familles. Mais,
d’une part, cela ne modifie en rien la quantité de logements disponibles, d’autre
part, plusieurs études ont montré que cette aide, solvabilisant les familles
permet aux propriétaires d’augmenter les loyers. Quatre choses expliquent
cette crise du logement : ·
La faiblesse du logement social (les mises en chantier ne cessent de
baisser : ainsi 59% de moins en 2005 par rapport à 2004) ·
Le vaste programme de démolition de logement social aggrave encore cette pénurie ·
La spéculation foncière (c’est-à-dire le prix délirant des terrains) ·
La spéculation immobilière (les loyers flambent, les prix d’achat atteignent
des sommets. Ainsi dans l’ancien –d’après l’INSEE- les prix d’achat ont
augmenté de 70% de 1998 à 2004) Elle est encore aggravée
dans les grandes villes – en particulier Paris – par la priorité donnée au
logement intermédiaire (logement social destiné aux couches moyennes) au détriment
du logement HLM (dit PLUS, Prêts Locatifs à Usage Social). Ainsi, sur le
terrain des Batignolles, il est prévu 2000 logements intermédiaires, 1000
logements étudiants mais pas de logement HLM. QU’ONT FAIT LES
SOCIALISTES ET LA GAUCHE PLURIELLE FACE A CETTE SITUATION ? Pour mettre en œuvre le
droit au logement et l’insertion par le logement, ces gouvernements, depuis
le début des années 80, jouent sur la compassion. Ils
ont ainsi mis en place un arsenal juridique palliatif qui permet la gestion
immobilière par les associations : bail emphytéotique, sous-location de
1 à 3 ans, offre locative à bon marché, hôtels sociaux etc.…Ainsi, une
myriade d’associations caritatives (elles étaient 1700 en 1998) gère pour les
pauvres des logements plus ou moins salubres, sans grands moyens, parfois sans
beaucoup de professionnalisme. Souvent faibles financièrement, elles
pratiquent beaucoup le bricolage. Ces associations gèrent
des immeubles, elles gèrent aussi des pauvres ! Près de 4000 familles
sont soumises à « l’accompagnement social » autrement dit un
encadrement par les travailleurs sociaux. Elles doivent apprendre à gérer
leur budget, contrôler leurs dépenses, payer régulièrement leur loyer etc. rôle
social très efficace pour éviter révoltes, revendications et mobilisations.
Ainsi le provisoire de 1991 a pu durer 14 ans avenue V. Auriol. QUE PROPOSE LA DROITE
AUJOURD’HUI ? A Sarkozy, le bâton avec
la fermeture des squats et les expulsions. Bien sûr, il ne s’agit pas de
reloger les victimes d’incendies ou d’expulsions. On leur propose seulement
quelques jours d’hébergement en hôtel ! Ces expulsions ne
touchent, bien entendu, pas n’importe quel lieu. Ainsi dans le 19ème,
un projet de relogement des habitants du squat choisi et fermé le jour de la
rentrée scolaire avait été signé pour mars 2006. Dans le 14ème, la
ferme de Montsouris – qui vient d’être évacuée –est depuis mars 2003 propriété
d’une société immobilière spéculative. A Villepin, la carotte
mais pas n’importe laquelle : ·
On bâtira de quoi héberger des pauvres (5000 hébergements promis). Mais
rappelons qu’héberger n’est pas loger : pas de bail, durée limitée,
intimité limitée, familles éclatées… ·
Au mieux, on bâtira du « très social » pour les pauvres (5000
logements Sonacotra promis) : logements de mauvaise qualité, dérogeant à
toutes les normes actuelles Quant
aux associations caritatives, elles deviennent des sous traitantes de mission
sociale, plutôt même de mission de service public, non pas parce que « les
collectivités publiques ne savent pas traiter certaines problématiques »
ainsi que l’écrit Bertrand Bissuel dans Le Monde récemment mais parce que les
pouvoirs publics sont ravis d’avoir ce type de bailleurs et ce type de
constructeurs (la Fondation de l’Abbé Pierre construit des logements très
sociaux) qui lui permettent de se désengager de ses responsabilités sociales
et financières.
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