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19-01-2006

COLONISATION : LES FAITS

 

 

Le 10-12-2005, sous le titre « Au temps béni des colonies », « Communistes » donnait son opinion sur la loi votée par la droite et le PS accordant un rôle positif à la colonisation. Rappelons d’abord qu’il n’y a rien de positif dans la colonisation, avant de faire quelques rappels historiques.

 

Bref rappel historique de la colonisation

A la fin du 19ème siècle, France, Angleterre, Belgique, Hollande, Portugal, Russie tsariste achèvent de conquérir d’immenses empires coloniaux. Les USA ont colonisé économiquement et politiquement l’Amérique centrale et du sud tout en leur laissant une apparente indépendance nationale. L’Allemagne et l’Italie, arrivant trop tard, leur volonté de participer à ces conquêtes coloniales sera une des causes de la première guerre mondiale.

Des livres d’histoire parlent de « la France et son Empire, 100 millions d’habitants sous les plis du drapeau tricolore », alors qu’en réalité les peuples soumis par la force refusent cette présence coloniale. Ainsi en Algérie, des révoltes armées, durement réprimées, ont lieu jusqu’en 1875-80 et les braises de la lutte pour l’indépendance ne se sont jamais éteintes.

 

La fin des colonies 

La création de l’Union Soviétique en 1917 et celle de partis communistes vont être des éléments déterminants de la décolonisation, avec bien sûr et en premier la volonté des peuples colonisés d’accéder à leur indépendance et leurs multiples actions.

 

La répression est féroce en Inde, Madagascar, Maroc, Tunisie. Les peuples colonisés sont contraints à de longues guerres de libération comme l’Indonésie, les colonies portugaises d’Afrique et surtout le Viêt-Nam et l’Algérie, colonies françaises.

 

Dans tous ces pays, le sous-développement à l’heure de l’indépendance est flagrant (90 % d’analphabètes en Algérie en 1960). Ils sont sans industrie, avec des frontières arbitraires issues de la colonisation, sources de futurs conflits bien souvent attisés par l’ancienne puissance coloniale.

 

Cette colonisation est le passé, mais ses conséquences sont présentes encore aujourd’hui. Sous d’autres formes, le colonialisme survit.

 

La droite, le PS et le colonialisme.

Les conquêtes coloniales françaises se situent pour l’essentiel dans le dernier tiers du 19ème siècle. Elles sont menées par des gouvernements républicains (République que de crimes commis en ton nom !) de droite et radical.

 

Né en 1905, le parti socialiste ne voit rien d’anormal dans la domination et le pillage d’autres peuples au profit du capital. En 1925, il vote les crédits pour la guerre du Rif (région du nord Maroc où la population s’était révoltée contre la présence française).

En 1936, le gouvernement Blum, élu du Front Populaire, avait promis de timides réformes en Algérie. Devant la grogne de gros colons, il les range au placard. Une première capitulation qui sera suivie de beaucoup d’autres.

 

Il est donc normal que les héritiers du colonialisme qui siégent aujourd’hui à l’Assemblée Nationale, qu’ils soient de droite ou du PS, s'agitent à propos d’un texte qui exige que les programmes scolaires reconnaissent les « aspects positifs du colonialisme ».

A travers le vote, il ne s’agissait pas de faire plaisir à quelques rapatriés d’Algérie. Derrière cela, il s’agissait comme le déclarait crûment le député UMP L. Luca de reconnaître que « le temps de la mauvaise conscience et de la repentance à quatre sous est terminé ».

Droite et PS ont voté le texte (par inadvertance disent les dirigeants PS !!). Depuis, devant l’émotion soulevée par ce texte, à l’étranger et en France, les uns et les autres essayent de se sortir comme ils le peuvent du bourbier dans lequel ils se sont mis.

 

« Quand je veux enterrer une affaire, je crée une commission » disait déjà Clémenceau.

Chirac en crée donc une, présidée par Debré et déclare, le 4 janvier 2006 : « Le texte actuel doit être réécrit … Sa rédaction doit apaiser les esprits ». Autrement dit, arrondissons les angles sans condamner le colonialisme.

N. Sarkosy nomme Arno KLARSFELD pour qu’il lui présente un « travail approfondi » sur la loi, l’histoire et le travail de mémoire. Pourquoi Klarsfeld ? Peut-être parce qu’il a écrit dans « Le Monde » du 28-12-05 : « les programmes scolaires reconnaissent les méfaits de la colonisation ainsi que ses aspects positifs » Fermez le ban !

Pas d’illusion donc sur les conclusions de ces travaux.

 

Après avoir, un premier temps, minimisé l’affaire, les dirigeants du PS ont vite changé de cap. Voilà maintenant qu’ils présentent ce parti comme un parti anti-colonialiste.

 

Dans « Le Monde » du 13-12-05, F. Hollande et V. Lurel (député PS de la Guadeloupe) n’hésitent pas à écrire « on ne peut oublier les morts de 1947, les morts du Sétif, les carnages de la conquête du Congo, les morts, les mutilés, les estropiés d’Indochine et d’Afrique … ».

Des élus PS vont  jusqu’à demander « la reconnaissance de la torture en Afrique du Nord » (« Le Monde » 28-12-05). Tentatives malhonnêtes d’absoudre le PS de son lourd passé colonialiste.

 

Voyons les faits

1956-1958, le PS meilleur défendeur du colonialisme.

C’est pendant cette période que se situent les luttes les plus dures menées par les peuples  coloniaux, même si elles ont commencé avant et se sont poursuivies après. Pendant cette même période, les socialistes ont exercé des responsabilités essentielles : présidence du Conseil et importants ministères-clés (à l’époque c’est le président du Conseil qui gouverne. Le président de la République ne joue qu’un rôle secondaire).

- Novembre 1946 : Léon Blum, PS, président du Conseil, bombardement de Haïphong (Viêt-Nam), début de la guerre qui va durer jusqu’en 1954.

Le PS est au gouvernement pendant toute la guerre.

- 1947 : P Ramadier, PS, président du Conseil. A la demande du peuple de Madagascar de l’ouverture de négociations vers l’indépendance, le gouvernement répond par une répression brutale (90.000morts). Ces massacres ont été ordonnés par des socialistes pour protéger et maintenir le régime colonial.

L’île ne deviendra indépendante qu’en 1960.

- 1953-1954 : répression au Maroc et en Tunisie qui demandent leur indépendance. Arrestation du dirigeant tunisien Bourguiba, déportation du roi du Maroc, Mohamed V. Cette répression ne règle rien, au contraire. Le gouvernement français sera finalement obligé de reconnaître la fin du protectorat sur ces deux pays et leur indépendance.

- 1954-1958 : guerre d’Algérie. La situation faite au peuple algérien est celle d’un pays colonisé. Conquête par la force armée, répression, population chassée de ses terres, absence des droits de l’Homme les plus élémentaires.

En 1948, Naegelen dirigeant socialiste est nommé gouverneur de l’Algérie. Dès son arrivée, il déclare : « Il faut frapper fort », pour mettre « les séparatistes hors d’état de nuire ». Les actes suivent. Un exemple : en septembre 1949, un jeune homme refuse de faire son service militaire dans l’armée colonialiste. Son village est rasé ; des femmes sont enlevées, violées, les hommes frappés, torturés. A la demande de Jules Moch, ministre socialiste de l’Intérieur, l’Assemblée Nationale refuse une commission d’enquête. La « mission civilisatrice » peut se poursuivre.

Lorsque débute la guerre d’indépendance (1-11-54), F. Mitterrand est ministre de l’Intérieur. Il déclare « Le bruit s’est tout à coup répandu que l’Algérie est à feu et à sang … Cela ne sera pas parce que l’Algérie c’est la France et que des Flandres au Congo, il y a la loi … partout la loi s’impose et c’est la loi française.  Une seule nation, un seul parlement, c’est la Constitution et c’est notre volonté ».

 

1956, l’année terrible

1956 s’ouvre avec les élections du 2 janvier. A l’issue de ces élections, Guy Mollet devient président du Conseil d’un gouvernement de « Front Républicain » allant des socialistes à une partie de la droite, F Mitterrand devenant ministre de la Justice ….

En février, G Mollet se rend en Algérie et capitule devant les colonialistes qui refusent le gouverneur qu’il a nommé, trop mou dans la répression à leur gré.

Après cela, les capitulations se suivent et s’amplifient devant les exigences des « ultras ».

La guerre s’intensifie, l’armée pratique la torture sans limite, les condamnations à mort des patriotes algériens se multiplient (elles portent entre autre la signature de F Mitterrand), les exécutions sommaires, les disparitions s’accumulent.

Le gouvernement Mollet-Mitterrand va même se permettre un acte de piraterie en détournant sur Alger, l’avion qui transportait, dans l’espace international, des dirigeants algériens allant de Rabat à Tunis et en les emprisonnant.

Plus grave encore, ils organisent, avec l’Angleterre et Israël (déjà !), en octobre-novembre, l'expédition de Suez, risquant le déclenchement d’une troisième guerre mondiale.

Pourquoi cette expédition ? Au printemps, Nasser, le dirigeant égyptien, nationalise le canal de Suez dont les revenus doivent servir au développement du pays plutôt qu’à accroître les profits des actionnaires franco-anglais.

Insupportable pour les gouvernements des deux pays qui accusent l’Egypte de soutenir les combattants algériens.

Avec l’aide d’Israël, ils montent une opération visant à occuper la zone du canal de Suez. Devant la ferme condamnation de l’URSS, les agresseurs rembarquent piteusement.

La défense acharnée du colonialisme, les atteintes à la démocratie et aux libertés, le coût financier de la guerre amènent la fin, sans gloire, de la IV République, permettent le coup de force du 18 mai 1958 et le retour au pouvoir de De Gaulle qui met en place le régime de pouvoir personnel qui dure encore aujourd’hui.

 

1958-1968

La première décision de De Gaulle est d’intensifier la guerre ; l’essentiel de l’armée française se trouve en Algérie. C’est un échec, la lutte pour l’indépendance n’est pas brisée, la protestation grandit en France et dans le monde.

En septembre 1959, De Gaulle lâche le mot d’autodétermination du peuple algérien. C’est le début de longues négociations qui aboutissent au cessez-le-feu le 19 mars 1962 et à l’indépendance le 1er juillet.

Cette trop longue période de transition, le laissez-faire de l’armée, vont permettre aux ultras de la colonisation de mettre l’Algérie à feu et à sang, portant leurs attentats terroristes en France, faisant des milliers de victimes algériennes et françaises. Elle crée un mouvement de panique dans la population algérienne originaire d’Europe qui quitte l’Algérie pour la France.

 

L'opposition à bon compte.

Ainsi le Parti Socialiste, parti colonialiste s’il en fut, voudrait aujourd’hui –à très bon compte- passer pour ce qu’il a jamais été !

Faire beaucoup de bruit aujourd’hui, autour de cette question, lui permet avant tout de se taire sur d’autres comme celle de la politique sociale économique et européenne du pouvoir en place. Oui à l’alternance, NON au changement de politique, en quelque sorte !

                                            *    *    *    *

 

PS: Nous conseillons à celles et ceux qui souhaitent se documenter sur la colonisation et la guerre d’Algérie, la lecture des livres d’Henri Alleg, directeur « d’Alger Républicain », arrêté et torturé par les parachutistes français sous les ordres de Massu, 1957. Il a publié, entre autres : La Question (Editions de Minuit), La Guerre d’Algérie (Messidor. Temps Actuels), Mémoire algérienne (Stock), livres que nous avons utilisés pour la rédaction de ce texte.     

 

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