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19-03-2007

GRAVE MENACE

SUR LA VITICULTURE FRANCAISE

 

 

La viticulture française, comme l’agriculture en général, est dans une situation très difficile. En réalité, ce sont les petits, les agriculteurs familiaux, du moins ceux qui subsistent, qui sont menacés de mettre la clé sous la porte.

 

       Depuis des décennies, le capital remodèle l’agriculture française en tuant les petits et renforçant les capitalistes de l’agriculture comme les céréaliers de la Beauce. Il avance ainsi à marche forcée vers son objectif de diminution du nombre d’exploitations, fixé à moins de 400 000 dans les années soixante-dix. Ainsi, en 1970 la population active agricole était de 4 892 000 personnes en France, pour 1 189 000 en 2003 ;  le nombre d’exploitations agricoles était de 1 588 000 en 1970 pour 590 000 en 2003 ; enfin, la taille moyenne de ces exploitations était de 23 hectares en 1979 pour 53 en 2003.

 

       Le principal instrument qui a été utilisé pour modifier en profondeur cette agriculture est la CEE devenue Union européenne et sa fameuse PAC, la politique agricole commune, qui a subventionné les grosses exploitations, l’agriculture intensive et grâce à laquelle la France importe aujourd’hui du lait.

 

       En même temps, tout a été fait pour habituer le consommateur à un produit insipide et standardisé, l’exemple du vin étant particulièrement parlant avec le concept de «worldwine», standardisé au possible, ni trop corsé, ni trop fruité, adapté, disons au goût du consommateur d’outre-atlantique. Ainsi, peu après les dernières vendanges, le représentant de la Commission européenne déclarait : « Ce que nous voulons c’est une dérégulation complète du marché du vin ».

 

Quelle est la situation ?

 

       Depuis 2000 l’Union européenne importe autant de vin qu’elle en exporte, d’où une offre supérieure à la demande. On peut donner trois raisons essentielles à cela :

    Ø     En superposant la courbe du chômage et celle de la consommation moyenne de vin par habitant, on s’aperçoit qu’elles progressent symétriquement. Il ne peut y avoir là coïncidence.

Ø     Le pouvoir dans notre pays a  jeté l’opprobre au fil des ans sur les consommateurs de vin. (Rappel : -1 million de consommateurs depuis 2000, -30% en 25 ans).

Ø     Le capitalisme mondial  (qu’on nous nomme pudiquement concurrence commerciale loyale)  - émanant notamment  de notre Europe - a dérégulé les échanges. Ainsi, d’autres pays où il n’est pas de réglementation quant à l’élaboration des vins ont planté des superficies gigantesques ces vingt dernières années. Ce qui se traduit par des hausses phénoménales de leurs exportations (Afrique du Sud : +770% ; Australie : +500% ; Chili : +270% ; Etats-Unis : +160%). Plantations de vignobles financées en grande partie par de grands possédants français (grands Châteaux bordelais, gros domaines de Côtes-du-Rhône, négoces, …).

 

       Les conséquences sont donc les mêmes que dans les autres secteurs d’activité : les vins français sont forcément plus onéreux à produire, et les vins d’importation ne répondant à aucune norme de qualité, les prix s’effondrent et le travail n’est plus rémunérateur.

 

Où veut en venir la Commission européenne ?

 

Ø     Puisqu’il y a trop de vin sur le marché, arrachons 400 000 hectares ! Et au diable si les superficies concernées sont de qualité. Après tout, les coteaux coûtent plus cher à travailler que les vignobles de plaine. (NB : cette Commission a légalisé en 2006, 150 000 hectares de plantations illicites en Espagne et en Italie. Il est donc probable que la France sera quasiment l’unique visée : la moitié de son vignoble).

Ø     Suppression des mécanismes régulateurs du marché. Ainsi, c’est le marché qui fixera les règles et donc les cours du vin. (Bien entendu, plus d’aides conjoncturelles ni de subventions à la production et à l’exportation).

Ø     Intégrant la viticulture européenne sur la nomenclature de l’OMC, la Commission désire supprimer les catégories de la hiérarchie qualitative. Autrement dit, c’est la fin des AOC. En remplaçant toutefois les mentions légales par simplement deux choix : indication géographique ou sans indication géographique.

 

On fait fi de l’origine, de l’encépagement, de la maîtrise des rendements, des méthodes de vinification, etc. Ainsi, non seulement on permet aux vins extra-européens d’inonder le marché, (bientôt en supprimant purement les taxes), mais en plus on refuse aux vins actuels produits dans l’Union européenne d’utiliser des mentions permettant d’identifier leur qualité. (Ce qui va à l’encontre du droit du consommateur).

 

La Commission se substitue aux gouvernements dans la définition des pratiques œnologiques et oblige de cette façon les producteurs européens à élaborer des vins de la même façon que la concurrence, avec non seulement des pratiques consistant à ajouter ou modifier les goûts (copeaux, levures aromatiques, arômes de synthèse, cépages aromatiques génétiquement modifiés dans cet objectif, ( …), mais aussi en autorisant le mélange des vins entre eux, qu’ils viennent de l’Union européenne ou du reste du monde. Rien n’est prévu à l’OMC pour préciser qu’un vin doit être issu de la fermentation du jus de raisin !

 

Sans une confrontation politique de grande envergure, la viticulture française de qualité est vouée à disparaître. Il y a un siècle, les vignerons du midi se révoltaient, n’hésitant pas à se frotter aux troupes de Clemenceau. Ils obtinrent gain de cause. Même si le sujet est loin de concerner les seuls viticulteurs, il faudra qu’ils réagissent eux-mêmes. Il n’y a pas d’aide à attendre des nombreux candidats à l’élection: ils sont tous favorables à l’Union européenne . aucun ne propose de sortir de l’OMC. Là encore, seule la lutte permettra d’empêcher les mauvais coups, comme nous le disons souvent à « Communistes », nous ne pouvons compter que sur nous.

 

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