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27-05-2008
En Mai
68, j’étais salarié
à la
SAVIEM-Blainville dans le Calvados
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Je venais de Paris où j’avais
travaillé aux usines Citroën de Balard. Fin 1959 je rentrais chez
Renault-Billancourt et en mai 61 j’étais muté à la Saviem-Blainville comme
OS2 (1). En 1964, nous passons d’environ
650 à 5.000 salariés en trois ans. La direction se vante de fabriquer des
camions avec 90% d’OS2 ; pas d’évolution de carrière, la haute maîtrise
n’avait que du mépris pour ces OS2 ; les salaires de la région
parisienne étaient plus élevés que ceux de la Province les écarts étaient de
plus en plus importants. Grâce au travail de la CGT en particulier, les prolos en sont de plus en plus
conscients, le cahier revendicatif est plus précis et tient compte des
besoins : salaires, conditions de travail, reconnaissance de la valeur
professionnelle, respect envers les salariés etc… Depuis 1966, ça bougeait.
En janvier 68, dans une grève parmi d’autres, des piquets de grève furent
cette fois mis en place. La direction ne cherchait pas à dialoguer, elle fit
intervenir les CRS qui ont occupé l’usine, l’étincelle ! Le régime policier était en
place avec la filature des responsables syndicaux, la surveillance jusqu’à
leur domicile, la répression à l’extérieur et aux abords de l’usine. Tout
cela a fait que les ouvriers de chez Sonormel, SMN, Geager, Citroën, les ciments français, informés par
leur syndicat, ont soutenu les SAVIEM en lutte. Cette manif se déroula le vendredi 26
janvier 1968 à Caen, avec une véritable provocation du patronat et du préfet
qui provoquèrent un affrontement qui a duré jusqu’au milieu de la nuit. Plus
de trois cents blessés, certains gravement, deux ouvriers de la SAVIEM ont
perdu un œil (avec le tir tendu des grenades des CRS). La télé annonçait tous
les soirs que les salariés avaient voté la reprise du travail,
mensonge ! Après plusieurs jours nous avons repris le travail, rentré
dignement tous ensemble derrière nos organisations syndicales. Nous n’avons pas gagné mais les
revendications étaient dans nos têtes, il fallait que la lutte continue,
beaucoup d’entre nous attendaient ce moment. Et mai arrive mais là nous n’étions plus seuls ; ce sera
l’un des mouvements les plus passionnants de la lutte ouvrière devant
l’injustice sociale. Et pour aller de l’avant. Pour moi militant de base
c’était du sérieux, les nuits passées dans l’entreprise à protéger l’outil de
travail, les réunions, les discussions dans l’entreprise. Répondre à une
poignée d’étudiants qui venaient nous dire « il faut prendre les
préfectures le pouvoir est vacant » en clair « armons-nous et
allez-y ». Nos responsables syndicaux étaient méfiants et vigilants.
Après une ou deux tentatives, ces étudiants ne sont pas revenus. Nous avons repris le travail
avec des acquis importants, une grande victoire syndicale mais
malheureusement pas politique, la droite fut renforcée après les élections
législatives. 1968 fut aussi une année de
solidarité internationale, l’Italie, l’Allemagne, la Tchécoslovaquie, les
jeux olympiques avec le poing levé de ces sportifs noirs américains qui
luttaient contre les discriminations raciales dans leur pays. Aujourd’hui nous vivons dans un
système où plus que jamais le progrès social dépend du rapport des forces
entre capital et travail. C’est
pour cela que les forces politiques conservatrices et le MEDEF veulent enterrer l’esprit de 68. Je pense que
l’engagement collectif garde toute son actualité ; ensemble nous serons
toujours plus forts pour construire un monde solidaire où chacun aura toute
sa place. Voilà pourquoi à 71 ans, je reste fidèle à l’esprit de 68. B.G. Blainville 14550 – Calvados
– syndiqué CGT- retraité. (1)-OS2 : ouvrier spécialisé de
2ème catégorie. L’OS n’est pas ouvrier professionnel qui lui est
OP1, OP2 ou OP3
http://www.sitecommunistes.org
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