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27-06-2006

Pour financer les retraites

 

 

L’apocalypse est de retour, celle du paiement des retraites dans les années à venir. Et pas seulement en France mais dans le monde. Le coupable, l’allongement de la durée de vie. Au lieu de se réjouir que les hommes vivent plus longtemps, cela est présenté, par les gouvernements et le patronat, comme une catastrophe (encore qu’il faille nuancer : en France, les ouvriers ont une espérance de vie de cinq ans inférieure aux cadres et professions libérales, pareil aux USA ; différence qui augmente suivant la pauvreté des pays concernés). Dans chaque pays, si les solutions différent sur la forme, elles ont un point commun : faire travailler plus longtemps pour que le capitalisme continue à prospérer.

Sous le titre « travailler jusqu’à 80 ans » le journal « Le Monde » fait part, à ses lecteurs, des réflexions d’un « éminent » professeur de l’université de Stanford (USA) qui explique que la démographie est imparable : il faut travailler plus longtemps. Il pose la question « si, en 2050, vous partez à la retraite à 65 ans qu’allez-vous faire des trente ans qui vous restent à vivre ? ». Eh bien professeur, allez donc demander ce que les ouvriers de l’automobile, du bâtiment, les caissières de supermarchés et bien d’autres encore vont faire de leur temps de retraite. Vous verrez qu’ils n’ont plus les moyens physiques d’aller plus longtemps, détruits qu’ils sont par l’exploitation et le stress que leur a imposé le capitalisme pendant 20, 30 voire 40 ans de surexploitation.

D’ailleurs, dans ce domaine, les gouvernements ne manquent pas d’idées pour trouver des solutions. En France, comme ailleurs, c’est le contrat pour les «seniors » qui vise à faire travailler au-delà de l’âge de la retraite. Il s’agit de la mise en œuvre d’une promesse faite à l’Europe, lors d’un sommet en 2002, à Barcelone, par Chirac-Jospin, parlant d’une seule voix. A l’autre bout du monde, en Chine, compte tenu des habitudes culturelles où les fils doivent soutenir les parents âgés, le retraité recevra moins de retraite s’il a un fils, encore moins s’il en a deux. Partout l’imagination est au pouvoir.

 

2007, l’année d’une nouvelle remise en cause du système de retraite.

 

En 2003, le gouvernement et les « partenaires sociaux », signataires de nouveaux coups portés au système de retraite par répartition, avaient décidé  d’examiner l’évolution du régime des retraites (après les élections présidentielle et législative, ce qui permettra aux candidats de rester dans les généralités sur ces prises de positions précises). Le retour de l’apocalypse vise donc à préparer les esprits à de nouveaux sacrifices pour les salariés et les retraités.

A tout seigneur, tout honneur, Mme Parisot, au nom du MEDEF, vient de proposer que l’ensemble des cotisations sociales soit à la charge des salariés.

Elle explique « Pour responsabiliser chacun, il faut en effet imaginer un système qui permette à chaque salarié de comprendre la part de son salaire qui correspond à la protection sociale ». En réalité, il ne s’agit pas de responsabiliser mais de culpabiliser les salariés, trop coûteux en protection sociale et donc de freiner la revendication d’augmentation des salaires pour augmenter les profits. Dans le même temps, Mme Parisot ne propose pas d’abandonner les exonérations de cotisations sociales dont bénéficie le patronat.

Il s’agit là d’une remise en cause de grande ampleur, puisque, dans le même temps, resurgit l’idée de C. Bébéar, ex-PDG d’AXA, d’une ouverture à la concurrence de la Sécurité Sociale, dans laquelle les compagnies d’assurance sont prêtes à s’engouffrer. Elles font, d’ores et déjà, des affaires en or avec une certaine forme de retraite complémentaire et de santé, tout en assurant une part importante de leurs profits sur la gestion des fonds d’épargne d’entreprise.

Devant l’inquiétude légitime de l’avenir de la protection sociale dont il organise la destruction, le capital propose ses solutions. Accepter la baisse de salaires, verser des fonds individuels en échange d’une retraite non garantie (voir la faillite de ce système en Angleterre, aux USA, etc...), voire même devenir « actionnaire ». Une publicité récente indique « en devenant actionnaire, associez-vous à la croissance soutenue et rentable du marché de prise en charge de la dépendance ». Suivent le prix de l’action et le nom de la société, prête à faire un maximum de fric sur le dos des personnes âgées. Enfin l’accord, signé entre le MEDEF et quatre confédérations syndicales, sur l’allongement de la durée d’activité des « seniors », est la reconnaissance que la retraite versée ne permettra pas de vivre et qu’un salaire de compensation, le plus bas possible, sera une nécessité.

Dans la dérégulation européenne, banques et compagnies d’assurances vont encore plus loin. Le 20 juin, à Stockholm, une vingtaine d’entre elles, parmi les plus importantes, viennent de mettre sur le marché une « retraite européenne ». Réservée, dans un premier temps, aux salariés « mobiles » en Europe, c’est la première et dangereuse brèche dans les systèmes de retraites européens, l’ouverture de la concurrence entre eux.

En refusant de payer sa part dans la protection sociale, le capital augmente ses profits, réduit les retraites et la protection sociale et dans le même temps propose – à ceux qui le peuvent - des systèmes individuels également source de profit pour lui. Un jeu gagnant-gagnant pour les uns, perdant-perdant pour tous les autres.

 

Les gouvernements passés et actuels accompagnent  tous la politique du capital en s’attaquant au système de retraites depuis 1991 et la création, par Rocard, de la CSG, en passant par Balladur en 1993 (retraite du privé) et Jospin qui s’est bien gardé de revenir sur cette mesure. On sait ce qu’a fait Raffarin en 2003 contre les retraites et en 2004 contre la Sécurité Sociale.

 

Les syndicats

 Le silence des confédérations syndicales est inquiétant. La CGT a tenu son congrès fin avril. Elle a adopté 25 décisions qui engagent le syndicat jusqu’à son prochain congrès. Aucune d’elles ne prend position sur les attaques contre les retraites et la protection sociale.

Cela veut-il dire que la CGT a fait son deuil du départ à la retraite à 60 ans, avec 37 annuités de cotisation, calculé sur les 10 meilleures années ? Que le départ à la retraite vers les 65, 67, 70 ans est une fatalité et que les salariés doivent l’accepter ?

Les salariés peuvent avoir des inquiétudes sur la volonté de la direction de la CGT de défendre jusqu’au bout leurs intérêts.

La CFDT a tenu son congrès en juin. Elle a une nouvelle fois justifié sa capitulation de 2003 devant le gouvernement sur la question de la retraite, avec l’accord des trois quarts des délégués. Elle a adopté l’idée qu’en ce qui concerne la protection sociale, il fallait distinguer ce qui relève de la solidarité nationale du prélèvement sur la richesse produite par le travail.

C. Bébéar, idéologue du MEDEF, après avoir été PDG d’AXA, a la même approche. Selon lui, il y a deux catégories de dépenses dans la Sécurité Sociale : celles qui relèvent de l’assurance et celles qui relèvent de la logique de solidarité. Convergences inquiétantes. Où finit l’assurance, où commence la solidarité et surtout qui va payer cette dernière ?

Il y a quelques années, une première tentative avait eu lieu dans ce sens : la Sécurité Sociale prenant en charge les « gros risques », l’individu le « petit risque ».

La même idée est reprise aujourd’hui avec d’autres mots : celle de faire payer toujours plus le salarié, le retraité, en permettant ainsi au patronat de se désengager toujours plus de la protection sociale.

Rappelons une réalité. La Sécurité Sociale et ses quatre branches, santé, retraite, accidents du travail, allocations familiales sont alimentées par des cotisations basées sur les richesses produites par le travail. Il  s’agit bien d’un salaire différé qui doit être redistribué en cas de maladie, vieillesse, accident du travail, pour aider l’enfant futur travailleur. Accepter que ce principe soit remis en cause, c’est à terme ouvrir la porte à une protection sociale toujours plus réduite qu’il faudrait compléter en souscrivant une assurance individuelle. Plus grand profit pour le capital mais encore plus de difficultés, de misère pour les salariés et retraités.

 

Les retraites complémentaires du secteur privé.

 

Gérées paritairement par les syndicats et le patronat, elles sont un bon exemple des dérives qu’entraîne la capitulation devant les exigences patronales. Sans entrer dans les détails techniques, le résultat d’un accord syndicats-patronat permet à ces caisses de se constituer des réserves énormes. Pour la seule année 2005, quatre milliards d’euros qui viennent s’ajouter aux 40 milliards déjà mis au service du capital tandis que les retraites complémentaires versées ne couvrent même pas l’inflation, ce qui amène tous les ans à une perte du pouvoir d’achat.

 

Les moyens existent pour financer la protection sociale.

 

Non seulement pour la financer à son niveau actuel, mais surtout pour la développer, la porter aux exigences du 21e siècle. D’autant que, comme dans le passé, elle peut être un moyen de création de richesses, de développement et de création d’emplois.

Le gouvernement prévoit, pour 2006, un déficit de la Sécurité Sociale (toutes branches confondues) de 10,5 milliards d’euros mais à lui seul, le PDG de Vinci a touché, en 2005, 13 milliards de salaire, plus une prime de 8 milliards après avoir « acheté » une partie des autoroutes privatisées par le pouvoir : 13 + 8 = 21 milliards d’euro pour lui seul, soit deux fois le déficit de la Sécurité Sociale ! Mais en 2005, 34 milliards d’euros ont été distribués aux actionnaires des seules entreprises du CAC 40 = 3 fois le déficit. Mais chaque année, au nom de l’emploi, le gouvernement verse environ 22 milliards au patronat, au titre de l’allègement des « charges » sociales qui vont dans les poches du patronat sans pour autant faire reculer le chômage = 3 fois le déficit.

On pourrait multiplier les exemples, mais une chose est certaine : dans ce pays, la richesse est confisquée par la petite minorité capitaliste au détriment de l’ensemble de la société, en premier les ouvriers et salariés.

S’en réapproprier une partie pour la mettre au service de la collectivité ne mettrait pas tous ces gens-là sur la paille.

 

Les moyens existent, allons les chercher !

 

Bien sûr, imposer une autre répartition des richesses nécessitera une bataille acharnée. On n’a jamais vu les possédants céder d’eux-mêmes leurs privilèges dans un excès de justice et d’égalité. Toutes les avancées sociales – le 70e anniversaire de 1936 en est un bon rappel - ont nécessité de grandes luttes, unitaires, longues, mais au final, le succès a été au rendez-vous.

Au printemps, l’engagement de la jeunesse, des salariés, de la majorité du peuple, a seulement obligé le gouvernement au recul. Cet engagement a fait reculer les manoeuvres et les tentations de conduire le mouvement à l’échec.

Souvenons-nous de la déclaration d’un dirigeant CFDT, à propos du CPE : « le premier qui aurait dit j’arrête l’action est mort ». Ce qui a été obtenu par la lutte contre le CPE peut mettre en échec le mauvais coup qui se prépare au sujet des retraites et de la protection sociale.

C’est le sens de notre combat. Menons le ensemble.

 

*Sur la chute du pouvoir d’achat des pensions et retraites, voir sur notre site le texte du 25-05-06

 

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