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28-02-2006
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LE RAPPORT
SUPIOT « Au-delà
de l’emploi » (rapport pour la
commission européenne, Flammarion, 1999) |
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Commandité
par la communauté européenne ce rapport a été publié en 1999. Il
porte sur la transformation du travail et le devenir du droit du travail en
Europe. Compte tenu de la remise en cause profonde du « code du travail »
par le patronat et le gouvernement, il nous semble important d’exposer les éléments
principaux qu’il contient. D’où viennent les divers
mécanismes de précarité mis en place depuis des années aussi bien par les
gouvernements de droite que par ceux d’union de la gauche ? En premier lieu, le
rapport fait le constat que dans tous les pays de la communauté européenne on
assiste à une explosion de la précarité et du sous-emploi. Les entreprises
font un dumping permanent pour obtenir plus de flexibilité des salariés tout
en gardant un volant disponible de force de travail qualifiée. A ces
exigences tous les Etats sans exception et quelle que soit leur direction
politique, droite ou gauche, répondent par : -un traitement « social »
du chômage -l’individualisation des
chômeurs face aux différentes procédures de « retour à l’emploi » -une dévalorisation de la
force de travail par des emplois échappant au code du travail (en France
rappelons la création des TUC et des CES) -La flexibilité : c’est
le célèbre donnant/gagnant de Martine Aubry pour que les 35 heures aient
comme contre-partie l’annualisation du temps de travail -le temps partiel que l’on
dit choisi, mais qui en réalité pèse comme une contrainte sur ceux qui y sont
condamnés (en particulier les femmes et les jeunes). Pour les auteurs du
rapport cette situation est inéluctable. A
partir d’une telle affirmation, la seule question qui se pose est donc :
comment répondre aux exigences du patronat, tout en maintenant l’ordre social
nécessaire à la poursuite de l’exploitation des salariés ? On peut lire par exemple : «...le
rapport de travail s’est flexibilisé, supposant un apprentissage long et
continu du travailleur », « la stabilité de l’emploi fait place à
des contrats plus aléatoires », « la souveraineté nationale est
relativisée par l’émergence de mouvements régionalistes autant que par l’apparition
de l’échelon européen » Le choix des rapporteurs
se résume en une phrase d’où émerge toute la philosophie du rapport : « le
statut professionnel doit être redéfini de façon à garantir la continuité d’une
trajectoire plutôt que la stabilité de l’emploi » et encore : «
l’enjeu n’est rien de moins que l’abandon du modèle de la carrière
professionnelle linéaire ». On ne s’étonnera donc pas
que partant de tels présupposés, le rapport pousse les feux vers plus de
déréglementation et de flexibilité. Cependant, les auteurs ont un doute sur
la capacité des salariés à accepter durablement de telles contraintes. De
plus le capital, s’il a besoin de force de travail flexibilisée, a
aussi besoin d’un réservoir de main-d’œuvre employable, c’est-à-dire capable
de répondre rapidement aux mouvements de la production. De ce constat émerge
l’idée d’une politique du travail et non de l’emploi, politique où le
travailleur dans son parcours professionnel peut-être tour à tour chômeur,
salarié actif, en formation. Des formes de sécurité sociale
professionnelle et de statut du travailleur salarié pourraient accompagner
ces états à partir des besoins du capital. Un autre point inquiète
les rapporteurs, les conflits potentiels que peuvent engendrer les
« insatisfactions sociales ». A ce sujet le rapport préconise
ouvertement la collaboration de classe, avec comme objectif le maintien de la
paix sociale dans le cadre d’intérêts communs aux différents groupes sociaux
(patrons et salariés). La CES est vivement montrée en exemple de cet esprit
de responsabilité. Ce rapport permet de
mieux saisir ce que sont les enjeux de classe de la construction européenne
conçue exclusivement comme un moyen de maintenir l’ordre social existant et
de l’adapter aux exigences du capital. On y trouve aussi tous les
thèmes idéologiques sur le travail et son adaptation. Le langage de la
CFDT n’a pas eu de mal à s’adapter à tout cela, il
suffit de se rappeler les offres de service de cette centrale pour
« négocier » sans rapport de force avec le patronat et le
gouvernement. On y retrouve aussi les thèmes chers au PS sur la nécessaire
adaptation à une économie de plus en plus mouvante. Les discours de Hollande,
Fabius, Royal et les autres sur le CPE sont de la même veine et en plus ils
ont l’expérience eux qui ont mis en place les CES. Le PCF à l’époque y voyait
pour les jeunes « un pieds à l’étrier » et Union de la Gauche
oblige les a critiqués mollement. On y retrouve aussi le discours des
dirigeants de la CGT, qui mettent en avant le statut du travailleur salarié
et de la sécurité sociale professionnelle en s’inspirant largement du contenu
de ce rapport. Cette évolution vers des
formes modernes de travail précaire et de flexibilité correspond à
l’évolution de l’exploitation du travail au plan mondial. Rappelons quand
même que depuis l’émergence du capitalisme la lutte contre l’instabilité est
un enjeu majeur de la lutte de classe. Face à cela, il est possible de composer,
de « négocier », sans remettre en cause l’exploitation capitaliste. Nous pensons à
« Communistes » que cette situation n’est pas inéluctable à
condition de s’attaquer au Capitalisme lui-même. Si
le développement des forces productives appelle à une élévation de la
formation et à une formation tout au long de la vie, rien n’indique que cela
doive s’accompagner de plus de précarité, si ce n’est la course capitaliste
aux profits. Comment justifier la flexibilité et la
précarité, alors même que les besoins essentiels de l’humanité en terme
d’énergie, d’eau, d’alimentation, de soins… peuvent d’ores et déjà être
évalués pour une longue période. Mais le bien être de l’humanité n’est pas
l’objectif du capitalisme.
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