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28-09-2005
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FRANÇAIS, IMMIGRES, MEME COMBAT |
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De
tous temps, l’immigration a été une réalité en France. Tout
le 19ème siècle et le début du 20ème ont vu une
immigration intérieure se produire. Des régions les plus pauvres vers les régions
qui apparaissent plus riches : d’Auvergne, de Bretagne, de Savoie, l’excédent
de main d’œuvre allait vers des endroits où l’industrie en développement
avait besoin de bras et où ils subissaient l’exploitation du patronat. La
guerre de 1914-1918, les morts, la destruction de régions entières,
bouleversent les besoins en main d’œuvre. A partir de cette date, l’appel à
la main-d’œuvre étrangère devient une démarche constante du capitalisme français. Poussés par la misère les
Polonais arrivant par trains entiers avec femmes et enfants sont embauchés
dans les mines, tandis que les Italiens deviennent sidérurgistes ou maçons,
les Espagnols ouvriers agricoles. Aux heures les plus
noires de la deuxième guerre mondiale, les immigrés combattirent avec
courage le nazisme au prix de leur vie, comme Manouchian et ses camarades de
l’affiche rouge, traqués par la police de « bons » français, les Pétain,
Laval, Bousquet et Papon. Après la deuxième guerre
mondiale, dans les années 1960, les besoins en main-d’œuvre augmentent
brutalement. Les grandes entreprises envoient dans les pays du Maghreb de véritables
équipes de recrutement pour embaucher sur les chaînes de Renault, Citroën,
Peugeot, dans le bâtiment et les travaux publics chez Bouygues, Vinci etc… Avec
l’ensemble des salariés, ils apportent une contribution particulièrement
importante au développement de la France. Leurs
enfants ont fait l’équipe « black, blanc, beur » qui a porté au
sommet le foot français. Des machines à profit… En introduisant
massivement dans la production de telles masses de travailleurs venant de
pays sous-développés (en général les anciennes colonies françaises) sans expérience
professionnelle, syndicale, le patronat a sous-payé ces salariés pesant du même
coup sur l’ensemble des salaires, réalisant ainsi plus de profits. Cantonnés
aux travaux les plus pénibles, les moins qualifiés, ils sont les premières
victimes de la casse industrielle (mines – sidérurgie) ou de la modernisation
de la production avec l’arrivée des robots (automobile). Ils sont jetés par
le capitalisme dès lors qu’ils ne sont plus en état de rapporter
suffisamment. …aux boucs émissaires Rejetés de la production
mais installés avec leurs familles dans les ghettos des banlieues, certains
les présentent comme les responsables de tous les maux de la société française. Le patronat a besoin
du chômage et des immigrés. Deux faits ont marqué cet été : -en juillet, la grève de
travailleurs marocains en situation régulière dans une grande exploitation
agricole des Bouches-du-Rhône : sous-payés, travaillant 70h. par semaine,
sans logement décent, sans vêtements de protection pour manipuler des
produits toxiques, en clair, des esclaves modernes. -aux chantiers de l’Atlantique
à St Nazaire : des ouvriers polonais travaillant sur le site très légalement
puisque citoyens d’un pays de la communauté européenne font grève pour exiger
le paiement de leur salaire que le sous-traitant des chantiers ne leur a pas
payé depuis plusieurs mois (signalons que le cas se produit très régulièrement). La lutte des travailleurs
marocains et polonais a payé, ils ont obtenu satisfaction, les patrons ont dû
payer. Face à ces faits, il faut noter le silence assourdissant de ceux qui
tel Le Pen, Sarkozy, rendent les immigrés responsables du chômage, ou de ceux
de l’ex- gauche plurielle qui a signé les accords autorisant en Europe la
libre circulation des salariés, organisant la mise en concurrence des
travailleurs pour peser encore plus fortement sur les salaires et les
conditions de travail. Ils veulent aller
encore plus loin dans cette voie. Dans le même temps où ils
laissent faire le patronat qui met le marché en main à ses salariés :
soit le licenciement, soit aller travailler en Roumanie à 110 euros par mois
ou en Pologne à 300 euros, ils organisent la mise en place d’une
politique à double détente. Au-delà du karcher et autres déclarations à l’emporte-pièce,
N. Sarkozy a précisé le fond de sa pensée le 11 juin dernier devant les
dirigeants de l’UMP. Il condamne « l’égalitarisme, le nivellement et l’assistanat »
estimant normal que « ceux qui travaillent plus que les autres gagnent
davantage » et ajoute-t-il « cessons de culpabiliser la France qui
se lève tôt ». Ainsi les chômeurs, qu’ils soient français ou immigrés,
doivent subir leur condition, accepter qu’elle se dégrade davantage alors que
le patronat, seul responsable du chômage n’est même pas cité. Il ajoute
encore qu’il faut « faire le tri entre ce qui est un acquis social et le
produit d’une habitude, d’une lâcheté, d’un oubli », il dénonce « l’aide
médicale d’urgence plus favorable aux étrangers en situation irrégulière qu’aux
smicards qui paient leurs cotisations » et pour finir, il dit « nous
sommes généreux, mais nous le sommes avec les impôts des Français qui
travaillent ». Du Le Pen pur jus. Oubliées
les responsabilités du capital dans la situation du pays. Pas un mot sur les
exonérations de cotisations sociales et fiscales des entreprises, pas un mot
sur les profits. Haro sur le Rmiste, sur le chômeur de préférence immigré ou
français à la peau foncée responsable des déficits sociaux, de l’insécurité,
du bruit et des odeurs dans les cités. L’objectif est clairement
affiché, son conseiller politique Devedjian le résume tranquillement :
« après avoir récupéré l’électorat de droite (disons plutôt celui
d’extrême-droite en reprenant ses idées), il va falloir ensuite s’occuper de
décourager la gauche ». Force est de constater
sur ces questions le silence du PS, de la gauche en général qui refuse
d’engager le combat, laissant N. Sarkozy surfer sur la vague, poussant sans
cesse plus avant sa dangereuse politique. Le 28 juillet à propos du premier
avion affrété en commun avec l’Angleterre pour reconduire 40 Afghans en
situation irrégulière dans leur pays, celui-ci déclare : « j’ai la
même politique que les socialistes au gouvernement en Espagne, en Angleterre,
en Allemagne ». Quand on gère la
politique du capital, quel que soit le parti dont on se réclame, la politique
est toujours la même. Le pillage des peuples
et des pays Des siècles durant les
pays d’Europe ont pillé les peuples du monde entier, sous diverses formes qui
correspondent au développement des forces productives : esclavage,
colonisation jusqu’au lendemain de la deuxième guerre mondiale. A ce moment,
un vaste mouvement de libération nationale naît et grandit parmi les peuples.
Le prestige de l’Union Soviétique, son influence dans le monde n’est pas pour
rien dans l’apparition de ce mouvement. Souvent dans le sang, ces peuples
gagnent leur indépendance, sans pour autant se libérer du capitalisme
qui les avait opprimés et continue de les exploiter. C’est le cas des
pays d’Afrique ex- colonies françaises où sont mis en place des régimes
corrompus soutenus par une présence militaire qui permettent la poursuite du
pillage des richesses par des sociétés à capitaux français. Famines, maladies,
misère sont le résultat de cette politique qui pousse les populations à
l’exil avec l’espoir d’une vie meilleure en Europe, en France, pour vivre et
faire vivre leur famille. Victimes des passeurs auxquels ils versent des
sommes énormes, traversant les mers sur des bateaux de fortune, y trouvant
souvent la mort, ils tentent de gagner l’Europe. Les immigrés clandestins
constituent une source de profits dans l’agriculture, la restauration,
l’hôtellerie, le bâtiment… Le capital veut aller
plus loin avec la politique des quotas. Dès
le 10juin, Villepin fixe le cap. Il demande que soit définie une politique
d’adaptation de notre politique en matière d’immigration aux besoins de
l’économie et C. Goasgen, député UMP, enfonce le clou : « Le
Parlement doit définir le volume global d’immigrants dont nous avons besoin
du point de vue économique ». En écho, Julien Dray porte parole du Parti
Socialiste répond qu’en matière d’immigration, la politique des quotas est
« une nécessité ». D. Solo, président de SOS racisme trouve »
normal de s’interroger sur la façon dont on va s’organiser à partir du moment
où l’on pose la question de la nécessité de relancer l’immigration
économique ». Les quotas, une
politique criminelle vis-à-vis des pays d’immigration. Tout d’abord une
remarque : la politique des quotas ne règle en rien les problèmes
d’immigration. Sans entrer dans le détail des chiffres, notons que les pays
qui pratiquent la politique des quotas (Australie, USA, Canada,
Nouvelle-Zélande, Suisse) ont une immigration égale, voire supérieure à celle
de la France. L’immigration légale est aujourd’hui dans tous les pays très
majoritairement due au regroupement familial. L’immigration des familles
résulte du lien – de mariage ou de parenté- qui se développe entre
français et étrangers. En 2002, la majorité des titres de séjours
« familles » ont été accordés à des conjoints de français ou des
parents d’enfants français (53000 sur 95000). C’est un fait, la France
s’internationalise et les Français aussi. Ajoutons que les quotas sont
rarement atteints. L’immigration qualifiée est passée de 8800 en 2001 à 6500
en 2003. Les quotas sont donc le plus mauvais système de gestion de
l’immigration. Ils obligent à créer une bureaucratie coûteuse et inefficace.
Ils provoquent une surenchère permanente de la question de l’immigration
(mais n’est-ce pas le but recherché ?). Ils sont de plus une atteinte
permanente au droit d’asile ou à une vie familiale normale. Les quotas
reviennent à distinguer, en fonction de leur voie d’entrée en France,
entre les bons, ceux qui travaillent et que l’on choisirait et, les
mauvais, ceux que l’on subirait et qui « bénéficient » de droits en
France, exacerbant ainsi les tensions (mais là encore n’est-ce pas le but
recherché ?). Ainsi, par quel que bout qu’on
la prenne, la politique des quotas est inefficace et dangereuse. Pour ces
pays d’immigration, elle est criminelle. Elle vise à attirer les éléments les
plus jeunes, les plus formés, les plus qualifiés pour les exploiter. C’est le
pillage des ressources humaines les plus nécessaires au développement de ces
pays, en laissant ceux-ci dans un état de sous-développement et de misère, en
créant de fait une immigration permanente des populations qui tentent de
survivre. Remarquons que tous les
gouvernements français se sont fort bien accommodés des dictatures dans de
très nombreux pays et leur ont apporté un soutien financier et militaire, par
exemple en Afrique et ailleurs. Enfin, le capitalisme
français tire un profit immédiat de ces travailleurs qui lui arrivent formés
et en bonne santé, lui épargnant le coût de l’éducation. Tous, sous des
prétextes divers, sont à qualification égale sous-payée, pesant ainsi sur
l’ensemble des salaires. Par exemple, le Bénin manque cruellement de
médecins, or, on retrouve ceux-ci dans les hôpitaux français où ils
travaillent sans pour autant avoir le salaire des nationaux sous prétexte que
leurs diplômes n’ont pas été délivrés par les écoles françaises de médecine. L’élargissement de
l’Europe, la libre circulation des hommes et des femmes à l’intérieur de
celle-ci, va modifier encore plus le problème de l’immigration. Elle va
donner au patronat toute latitude pour organiser un déplacement sans
précédent des travailleurs, pour les mettre en concurrence et pour peser
encore plus sur les salaires et les conditions de travail. Toutes les
catégories de salariés sont touchées. C’est d’ailleurs une des raisons pour
lesquelles les salariés ont voté massivement NON au référendum du 29 mai. Les pays pauvres ne
doivent plus être utilisés comme réservoir de main-d’œuvre au service du
capitalisme qui les maintient de force dans la misère et le
sous-développement. Dans le domaine de
l’immigration comme dans tous les autres, il n’est pas possible de trouver
des solutions durables en faisant l’économie d’une lutte anti-capitaliste
résolue. Il est possible de nos
jours d’assurer l’essor des pays sous-développés ou en retard, en établissant
avec eux des relations nouvelles basées sur la coopération et l’aide
internationale pour assurer un développement réel. Cela passe par l’arrêt du
soutien aux régimes corrompus et autoritaires, par l’arrêt du pillage des
ressources, des matières premières, des ressources humaines de ces pays. La maîtrise des flux
migratoires passe par un développement équilibré du monde, par la résorption
des inégalités entre les pays. Chaque pas en avant dans cette direction doit
être imposé au capitalisme, en France comme partout. La division entre
travailleurs est nécessaire pour le capital pour exploiter le plus possible
Français ou immigrés. Le programme politique de la droite et de l’extrême
droite en est la preuve : En faisant de l’immigration leur argument de
campagne, ils tentent de masquer leur programme tout entier au service du
patronat. Français et immigrés
ont les mêmes exploiteurs, le même ennemi. C’est dans la lutte commune contre
le capital que tombent les barrières, que se forge leur solidarité et qu’elle
se renforce. Nous demandons les mêmes
droits et les mêmes devoirs pour les Français et les immigrés. Nous n’admettons
pas que les immigrés soient utilisés comme des salariés au rabais, qu’ils
soient considérés comme des citoyens de seconde zone. C’est d’ailleurs dans cet
esprit que nous demandons que les « sans papiers » aient leur
situation régularisée, que les immigrés aient le droit de vote. Prolétaires
de tous les pays unissez-vous
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