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2004
A propos de la «
réécriture
de la 2ème guerre
mondiale »
Depuis au moins deux décennies la période historique
récente est l’objet de tentatives de réécriture. Les réactionnaires de tout
poil ont lancé cette offensive avec notamment François Furet et Courtois,
devenu une espèce d’historien officiel du PCF. L’accueil réservé au livre de
l’historien britannique Hobsbawn « Le court XXème siècle » qui dut attendre
deux ans avant d’être traduit et édité en France, à la grande surprise de
l’auteur, est un moment fort de cette offensive. La fin des pays socialistes d’Europe
de l’Est lui a donné un coup de fouet. Le but en est simple, tout ce qui est
Révolution doit être reconsidéré, réécrit afin que l’on n’y comprenne plus
rien. Plus généralement il s’agit d’une vision de l’Histoire qui exclut toute
lecture en fonction des rapports de classe, mais à la lumière de la seule
morale de la Bourgeoisie, si ancrée chez les gens du fait du pouvoir de
l’idéologie dominante. Le ralliement des anciens révolutionnaires a facilité
une criminalisation du socialisme réel qui découle d’une vision partielle et
partiale et d’un angle d’attaque excluant totalement le principal protagoniste
: le Capital. La deuxième guerre mondiale constitue un point nodal de cette
entreprise.
Le but est, d’un seul mouvement, d’enlever tout
caractère de classe au nazisme et au socialisme soviétique, de diminuer au
maximum le rôle de l’URSS tout en augmentant celui des USA et de faire
apparaître la Résistance, particulièrement en France, comme une union
apolitique de toutes les bonnes volontés. Bref, il faut enterrer la phrase de
Mauriac : « Seule la Classe ouvrière a sauvé l’honneur blessé de la Patrie ! ».
Voici un florilège de ce que l’on ne trouvera pas dans les manuels scolaires de
3ème ou de terminale :
- Pas un mot sur la montée de la riposte au fascisme,
rien sur Amsterdam-Pleyel, pas ou peu de lien avec la guerre d’Espagne, car on
ne doit surtout pas dire que la guerre a commencé en 36, pas un mot non plus
sur la tentative de poursuite de la guerre en Espagne et l’occupation du Val
d’Aran en 45/46.
- La claire volonté d’établir un parallèle entre
deux régimes aussi ennemis que le nazisme et le socialisme (sous le concept
vide de sens de totalitarisme) empêche évidemment de parler du rôle des
Communistes face au nazisme. Rien donc sur la « peur de la Sociale » qui incite
la Bourgeoise allemande à choisir Hitler et une partie des classes moyennes à
se retrouver totalement dans le nazisme. Rien non plus sur les combats des
Communistes, notamment dans les brigades internationales, les révélations sur les
camps de concentration nazis et leur création en 1933 (Dachau) afin d’y
enfermer les Communistes.
- Rien ou très peu sur les liens entre nazis et
Bourgeoisie, sur le rôle de Krupp et Thyssen, absente la phrase célèbre «
Plutôt Hitler que le Front Populaire ». Et surtout, le silence total sur les
conditions d’accès au pouvoir des nazis. Ils sont arrivés grâce au suffrage
universel, nous dit-on, mais le rôle de la coterie patronale de l’acier, des
aristocrates possédants de Prusse placés à la tête de l’armée, et de Von Papen,
vice-chancelier conservateur de Hitler sont tus.
- Un élément lié aux accords de Munich est gommé :
la proposition de Staline de prêter main forte aux Tchécoslovaques, proposition
que Bénès a refusé sur les instances des Franco-Britanniques. De même, rein
n’est dit de l’attitude de Chamberlain et Reynaud, tentant par tous les moyens
de laisser les Soviétiques seuls face à Hitler, de le lancer contre eux, ce qui
a provoqué la signature du Pacte Germano-soviétique. Pas un mot non plus sur la
décision des autorités soviétiques d’utiliser le répit donné par le Pacte pour
transporter les usines métallurgiques et notamment celles d’armement, de
l’autre côté de l’Oural ce qui prouve bien qu’ils savaient à quoi s’en tenir.
Nous atteignons là le comble de l’incompréhension
pour un collégien ou un lycéen qui étudierait cette période. Avec la
présentation qui est faite : d’un côté les « totalitarismes », de l’autre les «
démocraties », avec la présentation du Pacte sans lien avec Munich, comme résultat
d’une complicité, on a du mal à comprendre pourquoi l’URSS et l’Allemagne nazie
se sont retrouvées face à face, pourquoi l’Armée rouge fut l’adversaire le plus
virulent de la Wehrmacht et pourquoi elle a contribué à sauver les «
démocraties ».
En vérité, il s’agit de faire du fascisme un
phénomène irrationnel, suspendu dans le vide, de l’expliquer par la seule folie
de ses dirigeants. Il suffit donc d’être fou pour que la classe moyenne suive
et que la Bourgeoisie vous délègue le pouvoir, quitte à le regretter. Le gros
argument, pour l’irrationalité, ce sont les camps d’extermination. Il ne peut
être que l’œuvre de déséquilibrés mentaux, donc on limite l’explication du
nazisme à l’antisémitisme. Et même, on ne parle que de ça ; oubliés Dachau, Mauthausen,
Buchenwald et compagnie, qui « accueillirent » Communistes, Sociaux-démocrates
et Catholiques, oubliés les banquiers et actionnaires qui applaudirent Hitler
et le financèrent quasiment jusqu’au bout. « Les uns possédaient l’art
d’utiliser la trique, les autres sans le dire, pensaient qu’elle a du bon ».
Oubliés la mort des spartakistes en 19, les Junkers et les Corps Francs
qu’Hitler a recrutés.
Cet acharnement à limiter le nazisme au seul
antisémitisme a besoin de victimes expiatoires, qui n’ont pas lutté contre
l’occupant et / ou le fascisme. C’est pourquoi les Résistants sont bannis.
C’est la célébration de la passivité. Ainsi, plusieurs opérations sont tentées
aujourd’hui pour célébrer ces « purs » et des monuments nouveaux élevés aux
victimes du nazisme oublient tous les Résistants, surtout ceux d’entre eux qui
étaient Juifs. Les Résistants sont transformés en des héros intemporels bien
seuls et donc un peu « anormaux », on fait croire à une fausse unanimité, les
Français étaient Pétainistes, sans parler des Résistants de la dernière heure.
L’idée est de relativiser, de nous donner une image du monde dans lequel la
psychologie de l’Homme prend le pas sur le contexte social. Et, dans le cas
présent, si l’on veut une explication qui se tienne, on ne peut que noircir
cette psychologie humaine. Tous des salauds à part quelques individus,
finalement si peu humains, voilà le message. La « normalité » est donc incarnée
par ces gens qui n’avaient rien fait de mal (y compris du point de vue de
l’occupant nazi) et dont le seul tort était d’être Juifs. Voilà pourquoi nous
sommes à l’heure du « Pianiste » et pas des « Damnés ».
La Résistance est fort maltraitée : on y dégage des
héros, comme Jean Moulin, mais on ne s’attarde pas sur les raisons des uns et des
autres ni sur les conditions d’existence du maquis, les soutiens de la
population ou encore le rôle de la Milice. Quant à la période de l’immédiat
avant guerre, le silence est total. Enfin, les Résistances des pays comme la
Grèce ou la Yougoslavie sont trop dérangeantes pour être évoquées.
La Résistance fut le fait de quelques « inorganisés
» mais aussi de certains partis politique et, au premier chef du parti
Communiste. Des Hommes de droite, des nationalistes, en furent aussi, de «
Combat » au Maurrassien De Gaulle. Il faut se souvenir qu’un de leurs
dirigeants, Henri de Kérilis, avait refusé de manière méprisante de voter
l’interdiction du PCF en 1939, en affirmant que son ennemi était l’Allemagne.
Mais il faut aussi savoir que le patronat, quasiment dans son ensemble, choisit
Vichy et la collaboration et que ce fut la Chambre du Front Populaire (sauf les
députés communistes interdits et emprisonnés ou entrés dans la clandestinité)
qui vota les pleins pouvoirs à Pétain. Le mouvement pacifiste de 39, qui
véhiculait l’idée de « ne pas mourir pour Dantzig », dans la logique de Munich,
fut animé par de grands patrons comme celui de « L’Aurore » mais aussi par des
proches de la SFIO et certains de ses dirigeants comme Déat. Voilà qui permet
de comprendre qui a choisi la Résistance et qui ne l’a pas choisie.
Bien sûr, tout cela se greffe sur des faits réels,
comme le fait que Pétain n’a pas été majoritairement rejeté au début, ou encore
qu’il s’est bien trouvé plus de 30 % des électeurs exprimés dans l’Allemagne
des années 30 pour voter nazi. Pourquoi tout cela ? Voilà une mauvaise question
qu’il ne faudra plus poser, au risque de brouiller la belle explication qui se
tient si bien. Il faut dire ici que tout n’est que falsification et pas seulement
historique, car cette vision parcellaire du nazisme permet une vision
parcellaire de l’extrême droite en général, et notamment du Front National ici
et maintenant. Le FN, pour le commun des mortels, c’est le parti du racisme,
ainsi la frontière entre lui et les partis respectables passe seulement par ce
concept. Il serait facile d’expliquer, que sans en avoir les mots, on peut
mener une politique discriminatoire vis-à-vis des ouvriers émigrés, que l’on
soit de droite classique ou de gauche plurielle. Mais surtout, il faut dire que
le fascisme ce n’est pas avant tout le racisme ou l’antisémitisme !
Le fascisme avant et maintenant est un mouvement
fabriqué, utilisé, décidé par les Capitalistes, qui exacerbe leurs positions
politiques ; il a servi dans le passé de dernier recours face à la montée des
revendications populaires et du socialisme. Avant tout, c’est cela qu’étaient
Hitler, Mussolini et Franco. A une époque où le Capital ne possédait pas la
bombe atomique, sa dernière carte avant la fin du jeu, son dix de der, c’était
le fascisme. En outre, il fallait un mouvement capable d’attirer la fraction
dominée de la classe dominante, les classes moyennes, afin d’éviter qu’elles ne
basculent au côté de la classe ouvrière, qu’elles ouvrent les yeux et voient
leur intérêt. En effet, dans une situation de crise où elles ne sentent plus
leur place, perdent leurs références, les classes moyennes peuvent se sentir
trahies (le thème de la trahison fut l’un des leitmotivs d’Hitler) et basculer
vers le fascisme. Le fascisme de la première moitié du siècle avait ces deux
missions, il les a bien remplies. L’extrême droite actuelle a un point commun
essentiel : il s’agit d’une carte dans la main des possédants. Le vrai point
commun entre Hitler et Le Pen, c’est que jamais, à aucun moment, aucun des deux
n’a pensé renverser le Capitalisme. Ce point commun peut être étendu à tant
d’autres hommes politiques venus de tant d’autres horizons. L’extrême droite
n’est jamais que la droite, … extrêmement. Mais dans une période où les
Révolutionnaires sont considérablement moins forts, où leurs idées ont
énormément reculé, l’extrême droite ne sert pas de carte de rechange,
contrairement à ce que l’énorme manipulation du 21 avril 2002 a donné à croire
à beaucoup. Elle a le double intérêt d’être un épouvantail (qui fait élire
triomphalement Chirac) et d’attirer non seulement des éléments des classes
moyennes, mais aussi celles et ceux de la Classe ouvrière et du lumpen
prolétariat qui se désespèrent. Comme du temps du nazisme, la frontière n’est
pas entre la droite et l’extrême droite ; elle n’est pas non plus aujourd’hui
entre la droite et la gauche, mais entre ceux qui souhaitent le maintien de la
société capitaliste, sous une forme ou sous une autre et ceux qui veulent le
renverser.
Le nazisme, comme les variantes Est européennes du
fascisme, les roumaines ou les hongroises par exemple, avait cette originalité
par rapport aux fascismes italien et espagnol, d’être antisémite. Une étude
sérieuse de la 2ème guerre mondiale passe par un travail sur le nazisme comme
mouvement fasciste, ce qui constitue l’essentiel, mais aussi dans ce qu’il a de
particulier et là on trouve deux choses : la volonté de domination du Monde et
la haine du juif. Ces deux éléments trouvent leur source dans l’histoire de
l’Allemagne ou plutôt du monde germanique, qui avait vocation à dominer le
monde chrétien. Si Hitler fonde le 3ème Reich c’est qu’il y en a eu deux autres
avant. Il hérite des rêves impérialistes des dynasties impériales successives
en n’oubliant pas que le premier des Reich n’était pas seulement germanique,
mais aussi Romain, c’est à dire chrétien. Cette conception du christianisme et
d’un peuple destiné, grâce à lui ou avec lui à dominer le monde n’est pas que
celle d’Hitler, ni en 33, ni aujourd’hui. C’est au nom du Pangermanisme
qu’Hitler annonce toutes ses revendications territoriales, de Vienne à Memel,
c’est en héritier des Teutoniques qui avaient surexploité les Slaves qu’il se
lance dans sa croisade à l’Est contre les « Untermenschen ». C’est au nom du
Christianisme qu’il s’en prend aux Juifs, utilisant les mêmes recettes que la
Russie tsariste ou les aristocrates polonais et roumains avant lui. On se
souvient du mot de Ratisbonne au moment de la 1ère Croisade, qui avait justifié
le massacre des Juifs : « Ils ont tué notre Seigneur ! » L’attitude du pape
polonais maintenant la création d’un Carmel à Auschwitz montre que les nazis ne
sont pas les seuls sur ce chemin. L’antisémitisme est un moyen qu’Hitler
utilise pour parvenir à ses fins : dominer le monde dans le sacro-saint respect
de l’ordre capitaliste et chrétien. Evidemment, cela fait beaucoup de mort et
le concept de solution finale est unique en son genre. Il faut quand même dire
que l’idée de créer à côté des « nationaux » citoyens, des catégories de non
citoyens opprimés à l’envi, comme les Juifs dans le monde nazi existe
aujourd’hui dans l’Etat d’Israël, a existé dans l’Afrique du sud de l’apartheid
et a été inventé à Athènes, berceau de la civilisation européenne et modèle
affiché de la « démocratie ». Sans aucune manie comptable, on peut se
demander combien d’esclaves sont morts à la tâche à cette époque. Enfin à
parler du nombre de morts de la 2ème guerre mondiale, il faut donner tous les
chiffres et notamment le plus gros : les dizaines de millions de morts
soviétiques. Le fait qu’une bonne partie d’entre eux soient morts en combattant
ne change rien à l’affaire : les nazis ont tué plus de Communistes ou de leurs
sympathisants que de Juifs.
On ne peut terminer sans évoquer les comparaisons
effectuées à tout bout de champ entre certains régimes actuels et le nazisme,
le dernier en date étant l’Irak de Saddam Hussein. La réécriture brouille
toutes les pistes. On utilise le mot dictateur qui veut dire tout et son
contraire et le tour est joué. Cela permet de comparer un régime basé sur une
Bourgeoisie nationale du tiers-Monde avec l’un des principaux Etats
capitalistes de la planète, de mettre sur le même plan l’Allemagne des konzern
et un pays dans lequel toutes les ressources et notamment la principale, le
pétrole sont nationalisées. Ces bases d’analyse floues empêchent la
caractérisation sur des critères de classe.
Avec une analyse de classe, on se demanderait qui a
été installé au pouvoir par la Bourgeoisie en truquant les élections, qui
aspire à la domination du monde, qui instaure dans son pays un régime
autoritaire, une omniprésence de la police, une chasse aux étrangers arabes ou
encore qui a mis en place un camp de concentration à Guantanamo, dans quel pays
cinq Communistes cubains sont détenus dans une pièce où ils ne peuvent même pas
se tenir debout ? Ne cherchez pas, ce n’est pas l’Irak. Dans un monde qui a
glissé idéologiquement à droite, les Conservateurs recyclent les personnels
d’extrême droite. Si l’on doit comparer ce qui se passe en Irak avec la
deuxième guerre mondiale c’est pour dire que les USA y jouent le rôle de
l’Allemagne et que ceux qui tuent des soldats occupants sont des Résistants.
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