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L’unique but de la direction de la
CGT est désormais d’organiser des actions qui aient l’aval des autres
syndicats. Résultat : telle ou telle journée d’action ne comporte pas d’appel
à la grève, car la CFDT ne l’a pas signé. Le « syndicalisme rassemblé »
c’est ça. Le but n’est donc
pas de remporter des victoires sur le patronat ou le gouvernement mais de rassembler
le syndicalisme comme si toutes les confédérations avaient le même but et
si le réformisme n’existait pas. On essaie de nous
faire croire que la stratégie en question n’aurait pas seulement permis de
rassembler du monde mais qu’elle aurait aussi fait reculer le gouvernement. C’est
vouloir réguler le capitalisme, lui donner une façade supportable, qui puisse
être regardée. Nous savons bien que les patrons continuent de se sucrer.
Est-ce que cet argent est reversé aux salariés ? Y a-t-il des
augmentations de salaires ? Pour justifier l’orientation
de ce "syndicalisme rassemblé", on nous refait le coup des luttes
positives contre les luttes « de défense ». L’idée de faire grève
pour obtenir l’ouverture de négociations est en filigrane dans cette notion.
L’ouverture des négociations devient un but en soi et, lorsqu’elle est
obtenue, on cesse la lutte. C’est une tactique éminemment réformiste. Durant
les grands conflits de 36 et de 68, la grève n’a cessé qu’une fois les acquis
obtenus, ce qui explique pourquoi ils ont été importants. Tandis que le
capital est dominant et que les salariés prennent des coups tous les jours,
certaines bonnes âmes font part de leur répugnance à continuer de dire non et
avancent des propositions qui sont
autant de leurres ou d’adaptations au capitalisme (comme la sécurité
sociale professionnelle). Quand le rapport de force ne permet pas d’obtenir
le retrait d’une mesure nocive, on voit mal comment il pourrait être utile à
l’adoption d’une mesure juste et profitable aux salariés. Enfin, apparaît un autre
leitmotiv des réformistes. Il s’agit d’un procédé consistant à tromper son
monde sur le but des luttes. Il est fortement apparu dans les luttes des années
90. On nous affirme qu’« aucune autre force que le syndicalisme rassemblé
n’a démontré de capacité à mobiliser au-delà de quelques milliers de personnes,
quand celui-ci en met plusieurs millions dans la rue ». C’est vrai, mais
à quoi ont servi ces millions de personnes mobilisées ? A justifier l’arrêt
de l’action jusqu’à… la prochaine fois ! Il n’y a rien à
discuter avec un patron sans lutte,
le seul « dialogue social » c’est d’abord la lutte. Tous
les réformistes, ceux de droite comme ceux de gauche sont donc d’accord avec
la stratégie du syndicalisme rassemblé avec au bout du compte un syndicat
interlocuteur incontournable du patronat et de l’Etat et siège de toutes les
magouilles internes, même si les uns semblent la magnifier et les autres la
combattre. La
seule conception du syndicalisme que l‘on puisse opposer réellement au
syndicalisme « rassemblé » c’est un syndicalisme qui soit le
porte-parole des salariés face à leur ennemi naturel au sein du capitalisme :
le patronat. Il combat cette idée qu’il faudrait que les partenaires sociaux
s’entendent, avec des concessions mutuelles afin que nous vivions dans le
meilleur des mondes. A ses débuts, la CGT se prononçait pour l’abolition du
patronat et du salariat. La chose est toujours d’actualité. Il
faut désormais retrouver un syndicat révolutionnaire. A l’intérieur de la
CGT, nombre de militants sont en attente d’un syndicalisme de lutte. Le
combat se mène tous les jours. Il passe par la mise à bas d’un
"syndicalisme rassemblé" uniquement pour freiner l’action.
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