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31-03-2010 Notes
de lecture Jean-Paul Huchon : un passé éloquent |
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Jean-Paul Huchon vient d’être réélu président du Conseil Régional
d’Ile-de-France à la tête d’une coalition PS, Europe écologie et Front de
Gauche. Le passé de J-P Huchon comme bon serviteur du grand capital est
éloquent. Sorti de l’ENA, il a traîné ses guêtres dans de nombreux ministères
de droite comme de gauche avant de devenir chef de cabinet de Michel Rocard
lorsque celui-ci était premier Ministre. Il a été Directeur général de la caisse
nationale du Crédit Agricole puis, premier collaborateur de l’homme
d’affaires milliardaire François Pinault et vice-président d’un cabinet de chasseurs de têtes (Progress
Associés). Voilà pour le CV. En 2008 J-P Huchon a publié au Seuil un livre
intitulé : « De battre ma gauche s’est arrêtée ». Sans vouloir infliger au lecteur trop de citations, il est
intéressant d’en rapporter les plus significatives qui dessinent une
orientation politique entièrement dévouée à la stratégie du capital. Tout
d’abord, et c’est significatif des préoccupations de l’Auteur, le livre ne
commence pas par un diagnostic des réalités sociales et économiques de la
France et du Monde mais par un long développement sur les stratégies
électorales. Dès le chapitre trois, la messe est dite, l’horizon indépassable
c’est le capitalisme : « Le marché (lire le capitalisme) est la seule méthode pour gérer les
échanges entre les hommes, les sociétés et, d’une manière générale les
acteurs économiques ». La correction des
dérives du marché est confiée à
la collaboration capital travail : « rendre les syndicats
plus gestionnaires, les associer beaucoup plus étroitement à la gestion de
l’entreprise, engage sur une voie réformatrice qui corrige une grande partie
des difficultés sociales que peut alimenter le marché ». A partir de cette position découlent toutes les conséquences
politiques. Par exemple sur les retraites, J-P Huchon estime que
l’allongement de la durée du travail est inéluctable. Il se prononce aussi et
le traduit dans les faits de l’action du conseil régional par le financement
de l’enseignement privé, pour le financement des grands groupes
capitalistes : « La région vote des crédits, y compris pour
les grands groupes, afin de développer les pôles de compétitivité ». Au passage, il développe cette idée qu’il faut rompre avec
le concept de l’égalité des citoyens dans les territoires. C’est le
développement inégal cher au gouvernement Fillon et qui se met en place sous
la houlette des Préfets de régions dans le cadre de la Révision Générale des
Politiques Publiques. Le Chapitre IV : « La fin des grandes
confrontations » est une ode à la
collaboration de classe. Il n’y a plus qu’à discuter des méthodes et non des
contenus qui s’imposent à tous, ceux du capitalisme mondialisé et de ses
besoins. Le chapitre
V consacré aux problèmes économiques réaffirme que seul le capitalisme libéré
des contraintes (entendez des lois sociales) est en mesure d’assurer le
développement social. Même Keynes théoricien de l’intervention de l’État et
qui fût le guide des pratiques du « New-deal » aux USA est jeté aux
orties. Dans le même temps, J-P Huchon rappelle les bienfaits de la
libéralisation et des privatisations menées par les gouvernements
socialistes : « Il faut se réjouir d’entrer enfin dans un
monde complètement ouvert, même s’il est beaucoup plus dominé par la finance
que par la logique strictement industrielle ». Le chapitre VI est un plaidoyer pour une sécurité sociale
professionnelle. Ce concept est, selon J-P Huchon, la réponse à la
flexibilité dont le capitalisme a besoin pour redéployer constamment son
activité vers les pôles de plus hauts profits. L’auteur qui pointe les
mécontentements liés au chômage de masse les traite en termes
médicalisés : « Pour traiter cette situation presque
sanitaire, il y a un passage obligé : diminuer l’angoisse sociale ». Ainsi, les salariés sont victimes d’eux-mêmes et de quelque chose
en eux de non rationnel. Sous des aspects de modernité, il y a là une
conception très ancienne sur le caractère pathologique de vie sociale des
ouvriers et des salariés. Les deux
derniers chapitres sont consacrés aux régions et à l’Europe. En commençant
par ce cri : « Je ne crois plus à la Nation et à cette
histoire d’identité nationale », J-P
Huchon dévoile son programme : l’Europe des régions : « Je
vous livre le fond de ma pensée : je me sens plus européen que français. Il
m’est très facile d’imaginer une cosmogonie institutionnelle dans laquelle il
y aurait l’Europe, directement branchée sur les régions, et les régions sur
des communes regroupées par l’intercommunalité ». Dans cette Europe des régions, il faut en finir avec le
service public et les statuts de fonctionnaires. Par exemple, il se prononce
contre une éducation et une recherche nationale : « Il faudra quand même,
un jour, oser poser la question de la régionalisation de l’Education
nationale. Je sais bien que je brise, là, un tabou fondamental de la gauche,
mais on vient de nous confier les personnels techniques, on va certainement
nous confier dans la foulée les personnels administratifs, c’est-à-dire les
intendants et les personnes qui font tourner la boutique, qu’est-ce qui
empêche que l’on nous confie les professeurs dès lors qu’il existe toujours
des programmes élaborés au plan national par une cellule de prospective
intelligente de l’Education ? Franchement, je ne vois rien qui puisse
s’opposer à cette mutation ! » et il
ajoute :« Il n’y a aucune raison que des milliers de
fonctionnaires de la recherche relèvent de l’Etat ». Dans cette Europe des régions, il faut selon J-P Huchon assurer
la privatisation totale des entreprises : « « Il ne faut
pas confondre service public et entreprise publique. Je pense qu’il n’y a
plus tellement de justification à l’existence d’entreprises publiques. On
peut imposer à certaines entreprises un cahier des charges, l’Etat peut
disposer de « Golden shares » pour faire entendre sa voix, bref on peut
imaginer des dispositifs qui font que l’Etat a son mot à dire, pour autant on
ne peut ignorer le marché et maintenir à tout prix une entreprise dans le
secteur public lorsqu’elle est soumise aux impératifs de la concurrence. » et il ajoute : « Tout débat sur la renationalisation est
de nature à nous renvoyer 25 ans en arrière, donc je n’y suis pas favorable.
On peut encadrer très strictement une entreprise concessionnaire sans la
nationaliser. C’est ce qu’il faudrait faire si on privatisait complètement
EDF. Au fond, la question, désormais, est ailleurs. Les problèmes de taille
d’entreprises, d’investissement et de rapprochement qui s’imposent du fait de
la mondialisation rendent le débat sur les nationalisations caduc ». L’auteur
conclut son ouvrage en déclarant : « je crois au libre-arbitre » autant dire que si les pauvres le sont c’est qu’ils l’ont
bien voulu. Encore une vieille idée des idéologues du capital. Décidément,
J-P Huchon est un serviteur zélé des intérêts du grand capital !
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