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Les rencontres entre patrons des multinationales
et les gouvernements se multiplient. Souvenons-nous de Hollande à
Berlin allant chercher ses ordres auprès des 15 plus grosses multinationales
européennes.
Le but est d’accentuer la course aux profits.
Les moyens : poursuivre la baisse du « coût du
travail » et éliminer une à une ce que les patrons appellent
les « contraintes » à l’emploi, c’est-à-dire le droit du
travail.
L’accord du 11 Janvier (ANI), les accords
depuis par Peugeot, Renault et ce qui se passe chez Toyota en sont
l’illustration. Cela dépasse d’ailleurs l’industrie automobile, des
accords allant dans ce sens sont également signés dans
l’agroalimentaire, la chimie et le textile.
Les multinationales dirigent les états
complaisants et imposent leurs lois aux peuples.
Le journal « L’Expansion » vient de
publier un dossier intéressant sur le sujet.
On y apprend par exemple qu' APPLE pèse en
bourse l’équivalent du budget de la France ou du produit intérieur
brut de la Roumanie, de la Hongrie, de la Slovaquie, de la Croatie
et de la Lituanie réunies.
Le seul chiffre d’affaires de la compagnie
pétrolière Royal-Dutch représente l’activité économique de toute la
Grande-Bretagne pendant deux mois et demi.
737 firmes contrôlent à elles seules 80% du PIB
(Produit Intérieur Brut) mondial.
Les banques jouent un rôle considérable dans
les décisions prises par les états :
* Uni-Crédit représente 62% du PIB de l’Italie,
* Société Générale 62,9% du PIB de la France,
* Crédit Agricole 94,2% du PIB de la France,
* BNP Paribas 93,6% du PIB de la France,
* Barclays : 96,3% du PIB de l’Angleterre,
* Santander : 119, 9% du PIB de l’Espagne,
* HSBC : 165, 1% du PIB du Royaume-Uni,
* Deutsche-Bank : 82 2% du PIB de
l’Allemagne,
* UBS : 212,4% du PIB de la Suisse.
Le
poids considérable que représentent les multinationales de la
finance sur les états va de pair avec l’hyperpuissance des géants
industriels :
* Exxon Mobil : 482 milliards de dollars de
chiffre d’affaires soit le PIB de la Norvège,
* Shell ; 467 milliards de dollars soit le
PIB de l’Argentine,
* China Pétroléum : 419 milliards de
dollars soit le PIB de l’Australie,
* Toyota : 254 milliards de dollars soit
le PIB de la Grèce,
* Volkswagen : 254 milliards de dollars
(idem) ou celui de l’Egypte,
* Total : 240 milliards de dollars soit le
PIB des Philippines (10% du PIB français), etc…
On voit mieux à la lecture de ces chiffres la
domination des multinationales sur les peuples, le rôle des états
qui sous prétexte de la « crise » ont versé des milliards
aux banques et à l’industrie.
On
voit également quel rôle jouent les multinationales et les états
dans les tensions internationales pour s’accaparer les richesses
parce que tous sont en concurrence afin d’accroître leurs profits.
L’étude du journal « L’Expansion » va
plus loin dans l’analyse de la collusion entre états et
multinationales. Je cite « Ces entreprises tentaculaires
dépensent des sommes folles en lobbying pour imposer leurs normes
et infléchir la règlementation (existant dans les pays), quitte à
prendre elles-mêmes le stylo pour écrire leurs propres lois ».
Fiscalité, « coût du travail »,
qualité de la main d’œuvre, infrastructures, transports, coût des
bâtiments, comment j’embauche ? Comment je licencie ?
Est-ce que je récupère la TVA ? Comment utiliser de la main
d’œuvre étrangère ?
Voilà comment les multinationales font leur
marché pour exploiter au maximum les travailleurs des pays de la
planète. Elles n’hésitent plus à faire monter les enchères et à
piocher là où les conditions d’implantation sont les plus
favorables.
Les états appliquent les décisions : casse
des droits sociaux, aides publiques multiples, privatisations etc…
Le journal « L’Expansion » ne tire
pas de son analyse une conclusion révolutionnaire. Il préconise au
contraire aux états de se rapprocher encore des multinationales en
disant « Les banques sont trop grosses pour qu’on les laisse
tomber et en encadrant trop strictement leur activité, on risque de
freiner le financement de l’économie ».
La
France n’échappe pas évidemment à cette course aux profits, la collusion entre les gouvernements qui se
succèdent et les multinationales est étroite : subventions
publiques, exonérations fiscales et sociales, casse du code du
travail, des retraites, des services publics, baisse du pouvoir
d’achat, tout y passe pour faire allégeance au capital.
En 30 ans (selon l’INSEE), de 1980 à 2010, les
excédents bruts d’exploitation des entreprises (les profits) sont
passés de 50 milliards à 294 milliards. Les dividendes versés aux
actionnaires dans la même période sont passés de 50 milliards à 240
milliards.
Dans
le même temps, combien d’emplois perdus, d’entreprises fermées, de
chômeurs supplémentaires, d’acquis sociaux supprimés ?
Education, santé, recherche, tout est soumis aux règles du capital.
On a vu cette collusion s’exercer entre le
gouvernement et les multinationales dernièrement avec Arcelor, les
groupes automobiles Peugeot et Renault, Goodyear, Unilever,
Pétroplus, Virgin etc… Pas besoin d’aller plus loin dans la
démonstration.
Les partis politiques, le PS et ses alliés sont
sans surprise derrière le gouvernement. Le front de gauche et le
PCF tentent de rassembler les mécontents sans rien dire sur la
nécessité de lutter (surtout pas lors du rassemblement du 5 mai)
pour se débarrasser du capital. Il suffirait, selon Mélenchon de
modifier les institutions au travers d’une 6ème
république pour sortir de la « crise ».
A leur façon la droite et le centre vont dans
le même sens. Le front national compte les points et se tient en
réserve du capital qui on le sait n’hésitera pas à l’utiliser.
Des rapprochements, des négociations se
tiennent avec la droite en vue des prochaines municipales. Ils sont
tellement tous d’accord avec la politique menée que des appels à
« l’union nationale » pour sortir de la crise se font de
plus en plus nombreux. Borloo paraît être le maître d’œuvre de
cette proposition, mais c’est le parti socialiste qui en est à
l’origine avec Bayrou.
Ce n’est donc pas la politique actuelle qui les
divise, c’est elle au contraire qui les rassemble.
C’est le cas sur ce qu’ils appellent la
« dette publique ». On voit la position des uns et des
autres sur les retraites, le financement des collectivités
territoriales, la santé, la recherche, l’éducation. Ils utilisent
tous le même langage et agissent en ce sens : réformer en
profondeur, faire des économies, atteindre les objectifs fixés par
Bruxelles…Et sur le plan économique : compétitivité,
allègement de « charges », flexibilité, « coût du
travail ». C’est à celui qui se montrera le meilleur serviteur
du capital.
L’accord du 11 Janvier (ANI) vient d’être
définitivement adopté au Sénat. On a vu qu’il rassemblait le PS et
la droite.
L’union nationale contre les travailleurs existe
déjà bel et bien, c’est celle des multinationales.
La prochaine loi sur l’amnistie syndicale va
connaître le même sort, le PS et la droite sont contre, le résultat
ne fait aucun doute.
L’acharnement contre les syndicalistes et les
travailleurs vise bien sûr à intimider mais démontre combien la
crainte des luttes, de l’expression du mécontentement est forte.
Au parti socialiste, on justifie l’inutilité de
cette loi parce que « les moyens du dialogue social
existent ».
Ayrault vient d’ailleurs de rencontrer
l’ensemble des syndicats à propos des retraites pour les écouter et
fixer ensuite le cadre des « négociations » du sommet
social des 20 et 21 Juin prochain. Encore une fois, ce sont les
revendications du MEDEF et les injonctions de Bruxelles qui seront
au centre des discussions. C’est la même démarche que pour l’accord
du 11 Janvier…
… A nous de pousser aux luttes, à être
attentifs à toutes les initiatives qui sont annoncées : demain
(16 Mai) rassemblement devant l’assemblée nationale pour l’amnistie
des syndicalistes, le 22 l’appel à l’action des enseignants du
supérieur, la lutte des travailleurs des transports à Lille, le 28
action de l’Union Locale CGT de Roissy, à partir du 7 Juin semaine
d’action dans toute l’Europe, le 15 Juin action dans la santé et
les nombreuses luttes partout en France. Ces luttes manquent de
coordination, nous savons pourquoi, mais elles ne peuvent que
s’amplifier, les coups portés sont de plus en plus violents,
chômage de masse, salaires, pensions, pouvoir d’achat en baisse,
retraites, santé, éducation, acquis sociaux attaqués et une
exploitation du travail qui se durcit sans cesse dans les
entreprises.
Les suppressions d’emplois se poursuivent dans
tous les secteurs industriels : Solvay (chimie) annonce son
désengagement dans la production de PVC, ce qui signe la fermeture
de Kem-One (ancienne Arkéma) et toutes les conséquences sur la
filière. La Société générale annonce la suppression de 1000
emplois. Dans le bâtiment et les travaux publics la situation est
catastrophique. Dans l’automobile avec les plans de suppressions
d’emplois chez Peugeot et Renault et les accords signés dans ces
deux entreprises imposant le gel des salaires, une flexibilité, une
durée du travail au gré du patron avec pour conséquences des
conditions de travail insupportables.
L’exploitation
capitaliste n’a pas de limite, ce qui se passe chez Toyota à
Valenciennes est édifiant : 90 secondes pour fabriquer une voiture en
Janvier, 60 secondes aujourd’hui avec l’objectif de parvenir à 58
secondes avant le mois d’Août à effectif constant. L’équipe de nuit
a été supprimée. Le patron s’octroie le droit de faire travailler
les salariés 55 minutes supplémentaires si l’objectif quotidien
n’est pas atteint. Ce type d’accord existe déjà à l’usine Sevelnord
chez Peugeot ou les effets des conditions de travail sur la santé
produisent leurs effets. Rappelons que l’accord de Sevelnord a
inspiré la loi sur le marché du travail et les accords Peugeot,
Renault et Toyota signés par les syndicats sauf la CGT.
Dans ce contexte de surexploitation des
travailleurs, de baisse de salaire et de pouvoir d’achat, de
chômage massif, la croissance de l’économie continue de baisser
(-0,4% au 1er trimestre), la production industrielle
poursuit sa chute (-0,4% au 1er trimestre, -0,9% en Mars.
Les groupes Peugeot et Renault affichent 32% de baisse des
immatriculations au premier trimestre.
Mais ces groupes se portent bien :
* Toyota réalise 10 milliards de profits en
2012,
* Renault 1770 millions de résultats net et une
réserve financière de 13,5 milliards d’euros.
* Peugeot déclare 5 milliards de perte, mais
par le jeu d’opérations financières, rachat d’actions,
dépréciations d’actifs pour 4 milliards d’euros et 440 millions de
provision pour financer le plan de suppressions d’emplois, le groupe
n’est pas à l’agonie d’autant plus qu’il possède 12 milliards de
réserve financière. Les actionnaires du groupe vont percevoir un
dividende de 370 millions, presque autant que le coût des
licenciements.
Toutes ces mesures sont approuvées par le gouvernement
socialiste qui après le cadeau de 20 milliards de crédits d’impôts
aux entreprises et dernièrement une baisse du taux des plus-values
de cession annonce la poursuite des privatisations de ce qu’il
reste des entreprises nationales pour financer l’investissement
(fonds publics pour investissement privé).
Dans la ligne de mire EDF, GDF, France Télécom,
EADS, Safran, Thales, Areva, Air France, et pour l’instant, pas ou
peu de réaction politique ou syndicale.
On
voit bien, après avoir dressé ce tableau succinct de la situation
économique et sociale, l’importance et la portée politique de nos
propositions.
Devant la puissance des groupes financiers et
industriels, en France ou ailleurs, devant le dévouement des états
à les servir, en France ou ailleurs, il n’y a qu’une unique
solution : la lutte pour en finir avec ce système. La lutte
pour satisfaire les besoins des travailleurs, la lutte pour
arracher les moyens de production et d’échange aux mains des
multinationales.
Tout
le reste n’est que fausse solution, impasse et allégeance au
capital…
Notre dernier congrès a
fixé des objectifs, nous en
débattrons après le débat sur la politique générale…
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