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N°126  Semaine du 30 novembre au 06 décembre 2009

 

Le 24 novembre : les enseignements d’une grève différente

Dans l’éducation nationale, comme ailleurs, au nom du « syndicalisme rassemblé », il a fallu attendre, pour lutter, que toutes les organisations syndicales daignent se mettre d’accord sur un texte le plus creux possible. On a théorisé l’unité à tout prix, l’unité des organisations comme préalable, plutôt que l’unité des salariés, l’unité contre la lutte…

 

La FSU, syndicat majoritaire de l’éducation nationale, a servi de pilote dans cette stratégie. Elle a inventé les journées d’action massives mais suffisamment éloignées les unes des autres pour empêcher toute lutte victorieuse. Elle a ainsi apporté de l’eau au moulin de tous ceux qui veulent "inventer d’autres moyens d’action" que la grève. Elle a testé "grandeur nature" la stratégie que la CFDT et la CGT ont développée durant le premier trimestre 2009 : comment canaliser le mécontentement en évitant qu’il débouche sur une lutte organisée et gagnante.

 

Le ras-le-bol de ces "journées d’actions" destinées à enterrer l’action s’exprime de manière importante depuis plusieurs mois dans l’éducation nationale. Le ras-le-bol des conditions d’exercice du métier est encore plus éclatant. Dans ce contexte, la journée de grève du 24 novembre pourrait bien constituer le début d’une rupture.

 

Pour la première fois depuis plusieurs années, la FSU a rompu la sacro-sainte unité des organisations syndicales et a appelé à la grève malgré le refus des syndicats de collaboration de classe, la CFDT et l’UNSA. De même, on doit noter qu’elle a accepté de signer un appel commun avec la CGT-éducation qu’elle boudait jusqu’à présent parce que minoritaire et exprimant des positions plus radicales qu’elle. Les organisations appelant à la journée du 24 ont appelé les enseignants à décider des suites, ce qui constitue une première depuis 2003.

 

Par ailleurs, cette journée fut aussi l’occasion pour les "jusqu’au-boutistes" de lever le masque : les uns, ont fait la fine bouche, exigeant pour tout de suite la grève reconductible, interprofessionnelle et générale ; les autres, ont trouvé décevant que la journée de grève ne soit suivie que par un tiers des enseignants, regrettant que trop peu de syndicats y ait appelé,  d’autres enfin n’ont pas appelé à la grève parce que la 38ème revendication ne figurait pas sur la plate-forme revendicative ou parce que la FSU avait signé tel ou tel texte avec le ministre.

 

Une journée de grève pour s’opposer à l’ensemble des mesures du gouvernement, avec une perspective de suites rapides pour continuer la lutte, voilà ce qu’a été le 24 novembre. Nous l’avons vu, cela n’a pas plu à tout le monde.

 

Le succès indéniable du 24 novembre (32 % de grévistes dans le premier degré et plus de 35 dans le second) a donc pris de court à la fois ceux qui pensaient avoir enterré la revendication enseignante et ceux qui pensaient se dédouaner en passant leur vie à dénoncer les responsabilités du syndicat majoritaire.

 

Cette grève ouvre des perspectives, il n’est qu’à voir ce qui se passe ensuite : perspective d’une nouvelle journée de grève en décembre dans le second degré, contre la réforme des lycées et d’une journée d’action plus globale le 15 décembre contre la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. Malgré les coups reçus, ces dernières années, les enseignants n’en ont pas fini avec la lutte. A suivre…

 

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