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N°152
Semaine du 21 juin au 27 juin 2010 Retraites : La "gauche radicale" jette le
masque : pas question de
s’en prendre au capitalisme (à propos d’une tribune libre collective) Sous le titre « réforme des retraites, l’autre solution »,
est parue le 15 juin une tribune libre dans le journal "Le
Monde" sous la signature collective du plus beau linge de la gauche.
On y retrouve, des dirigeants de partis politiques (PCF, PG, Verts, NPA et
même gauche du PS), des syndicalistes (CGT, FSU, Solidaires), plus les
inévitables penseurs du capitalisme aménagé: ATTAC et la fondation
Copernic. Marie-George Buffet et
Olivier Besancenot font partie de ces prestigieux signataires. Ce texte présente au moins l’intérêt de dire (clairement ?) ce
que pense cette fameuse gauche radicale du gouvernement Fillon. Un texte
intéressant tant par ce qu’il dit que surtout par ce qu’il tait. Il
faut bien une réforme des retraites Ainsi, avec le titre, nous nous trouvons d’emblée dans la
problématique posée par le Capital : l’une des tâches les plus
importantes ordonnées aux véhicules de l’idéologie dominante est de
convaincre les salariés de ce pays qu’il y a absolument besoin d’une réforme
des retraites. Or, indiquer qu’en matière de réforme, il existe une autre
solution que l’actuelle, c’est valider l’idée qu’il en faut une à tout prix,
fusse-t-elle différente de celle proposée par le gouvernement. Une étude fine du texte permet de relever ici et là des phrases qui
vont dans le même sens. La critique faite au gouvernement s’inscrit dans
l’idée que le gouvernement serait incapable de trouver des solutions : « un projet
aussi mystificateur qu’inefficace » ;
« la réponse vaut ce que vaut le diagnostic : erreur
magistrale » Une fois de plus
l’absence de différence politique entre la droite et le PS entraîne ce
dernier à s’en prendre… à l’incompétence du gouvernement ! Le PS
désormais rejoint par la gauche radicale qui pointe l’inefficacité du
dispositif gouvernemental. Il ne
faut surtout pas expliquer les raisons qui font agir ce gouvernement Venons-en donc à ce qui n’est pas dit. Il n’y a pas un mot pour dire pourquoi le gouvernement mène
une telle politique. La critique de la manière de discuter du gouvernement
participe de la même démarche. L’attaque porte sur la forme. Tout est bon
pour ne pas parler de la lutte des classes. Voici ce que ce texte ne dit pas : le gouvernement n’est pas
inefficace, son but est de mettre en place les mesures que réclament les
capitalistes qui soient de nature à diminuer le coût de la force de travail
en l’occurrence, le but poursuivi est la fin définitive du système des
retraites hérité de 1945. Totalement au service du Capital, le gouvernement
combat donc très naturellement les intérêts des salariés. Au regard des
capitalistes, il est très efficace, à la fois par les mesures qu’il prend et
par sa capacité à y associer les directions syndicales. Car enfin, qui
accepte d’aller négocier quand il est sûr que tout ce que fera le
gouvernement sera au détriment des salariés ? Ne parlons pas du capitalisme, ni de sa crise systémique Le texte
prend appui sur des déclarations du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) sans
aucune critique de cet organisme créé justement pour répandre la soupe
idéologique. Le COR est chargé de faire passer la bonne parole, selon une
conception de l’économie totalement inféodée aux critères du Capital. S’en
réclamer et tenter de l’opposer au gouvernement, est soit un aveu de
complicité soit une tentative d’escroquerie intellectuelle. On y cherchera en vain le mot capitalisme. Il n’y est qu’une fois,
affublé du qualificatif de néolibéral. Même la crise actuelle n’est pas
considérée par nos auteurs "radicaux" comme celle du système, mais
seulement comme une crise financière. Il n’y a aucune remise en cause de ce système, puisque les auteurs
proposent de "réorienter les politiques
économiques qui privilégient la finance",
en clair, il s’agit d’aménager le système et surtout pas de le contester, encore moins le changer.
L’analyse même occulte la réalité de la crise : on se borne à dire que
« les tenants de la finance se refont une
santé » mais pas un mot sur la cause fondamentale : la
concurrence sauvage entre les multinationales d’Europe, d’Amérique et d’Asie,
sur la quasi-obligation dans
laquelle elles sont de réduire le coût de la force de travail. S’il fallait
évoquer la baisse tendancielle du taux de profit, cela risquerait de choquer
dans les chaumières de la gauche ! N’expliquons surtout pas les causes réelles du pseudo déficit Le système de 1945 n’est pas expliqué ni défendu. Il n’est pas un
mot pour nous dire d’où vient le déficit des caisses de retraite, pour
dénoncer l’institutionnalisation depuis 1991 (par le gouvernement socialiste
Rocard) de ce que nos journalistes appellent des "exonérations de
charges", qui sont en réalité l’autorisation pour les capitalistes de
voler notre salaire différé. Aujourd’hui, dans le privé, le patronat cotise à
hauteur de 12 %, contre 50 % en 1945. On chercherait en vain dans le texte de la "gauche
radicale" la moindre injonction afin que ces voleurs remboursent, ce qui
gommerait évidemment le soi-disant déficit. On chercherait même tout aussi en
vain, une phrase disant que, désormais, ils ont assez fait leur beurre et qu’il
est temps de supprimer ces exonérations. Il
n’est pas question de s’en prendre au capitalisme Que les capitalistes soient rassurés : « Il s'agirait de n'amputer que les dividendes nets
reçus par les actionnaires et non les capacités d'investissement des
entreprises, et parce que cela ne renchérirait pas les coûts de production. » Nul ne souhaite vous prendre votre propriété, juste
écorner un peu vos dividendes, taxer vaguement les revenus financiers, rien
qui remette en cause le système. On pourrait par là-même séparer le bon grain
de l’ivraie, les bons patrons qui investissent des mauvais qui donnent
des dividendes. Conservons la société capitaliste, c’est bien là toute la morale de
ce texte. L’idéalisme philosophique y pointe son nez. On y trouve au passage
les thèmes éculés de l’idéologie de l’écologie politique : le
gouvernement est accusé de s’obstiner à « promouvoir
une société engagée dans un cycle productiviste sans fin » et un vieux thème judéo-chrétien que la CFDT
avait mis au centre de son orientation dans les années 80 : « le partage du travail ». Les actionnaires peuvent dormir tranquilles, ni « l’organisation d’une juste répartition des
richesses » ni « une redéfinition des finalités de l’activité
économique » ne sont de nature à les faire trembler. Nous
l’avons écrit ici à plusieurs reprises, le partage des richesses n’est pas de
nature à combattre le capitalisme, au contraire, il valide l’existence des
exploiteurs, quitte à ce qu’ils en lâchent un peu plus. Mais la question fondamentale, ce qui fait l’existence même du
capitalisme, la propriété privée des moyens de production et d’échange, n’est
jamais remise en cause. La gauche, radicale ou pas, s’accommode décidément de
ce système, il n’y a rien à en attendre. Seule la lutte nous permettra de
gagner la survie de notre système de retraites, une lutte axée sur les vraies
questions, avec pour objectif le retour au système de 1945, hérité du
programme du Conseil National de la Résistance.
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