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N°208 Semaine
du 08 au 14 août 2011 Russie : la crise aussi Classée
parmi les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) la Russie donne l’apparence
d’un pays en développement où la crise n’aurait fait qu’une brève incursion
en 2008. La réalité est tout autre et les signes d’une grave crise s’y profilent
aussi. Pourtant, alors que dans les pays de l’Europe et aux USA, patronat et
gouvernement fustigent le : « trop d’État » et le
« coût du travail » comme l’une des causes de ce qu’il appellent
leur manque de compétitivité (lire de réalisation de taux de profit à leurs
yeux insuffisants), la Russie se caractérise par des bas salaires, à
l’exclusion de quelques segments de la production comme le gaz et le pétrole,
et une liquidation quasi totale des acquis sociaux. Dans le même temps, le
pillage de la propriété sociale et l’extorsion des richesses liées au gaz et
au pétrole sont les points saillants des pratiques d’une nouvelle bourgeoisie
profondément liée à l’appareil d’État, voire constitutif de celui-ci. À
l’autre pôle, la plupart des salariés
n’en finissent pas de voir leur statut social se dégrader par l’absence
de protection sociale, l’augmentation des loyers municipaux, le chômage,
l’augmentation des prix le tout sous un régime de corruption généralisée et
de coercition policière ou de milices privées à la solde des possédants. Dans
ces conditions, le mécontentement grandit et le pouvoir cherche des pare-feux
à une réelle contestation sociale qui s’exprime dans des actions
diversifiées. Poutine et Medvedev à la tête de l’État représentent un compromis
entre des groupes capitalistes aux intérêts différents. Le premier est plus
ancré dans le capitalisme Russe, le second est plus lié au capital étranger,
mais l’un et l’autre savent taire leurs divergences lorsque les intérêts
vitaux de la bourgeoisie sont en jeu. Ensemble, ils cherchent à couvrir le
maximum de terrain politique. Poutine par exemple propose
un : « front populaire » pour défendre la Russie, front
populaire qui rassemblerait le « peuple russe », Medvedev avance
lui l’idée d’un « front de la modernisation » pour en finir avec
les derniers acquis de l’URSS. Mais l’un et l’autre sont favorables aux
privatisations et tentent d’engager un nouveau programme dans ce sens, dans
les secteurs des hydrocarbures, de l’énergie, des banques. Il est clair que
les dernières élections partielles montrent que l’ « Unité de la
Russie » (le parti au pouvoir) a atteint ses limites et ne peut guère
constituer une base de rassemblement suffisante. Ce d’autant que la seule
force réelle d’opposition : le Parti Communiste de la Fédération de
Russie progresse et s’efforce de rassembler dans un front du changement, sur
une base socialiste, les forces politiques et sociales qui représentent la
masse des salariés et des paysans spoliés par la destruction de l’URSS. Cette
démarche commence à produire des effets concrets avec l’appui de fédérations
syndicales et d’organisations sociales de masse. Il est vrai que le terrain
de la contestation s’élargit et s’approfondit. Il n’est pas rare d’entendre
maintenant des jeunes qui ont à peine connu l’URSS regretter son
effondrement. Beaucoup disent qu’à cette époque c’était quand même les
besoins des salariés qui étaient au centre de la politique de l’État, ce qui
n’est plus le cas manifestement aujourd’hui. Il faudra donc suivre avec
attention la préparation de l’élection présidentielle de 2012 en Russie. Correspondant particulier
Moscou . Lire,
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