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N°20 Semaine du
09 au 15 juillet 2007 Les bio-carburants contre l’effet de
serre : L’arnaque du siècle L’écologie politique est une diversion. Un
gigantesque combat idéologique a lieu à l’échelle de la planète depuis des
décennies. Il s’est aiguisé après la disparition des pays socialistes
d’Europe et notamment de l’URSS. Tous les moyens sont bons pour éviter que
les salariés des pays capitalistes raisonnent en termes de classes. Tout est
bon pour trouver d’autres combats, qui ne s’attaquent pas à l’ordre établi, à
la structure de la société capitaliste. Le capital n’a pas l’habitude de
mettre tous ses œufs dans le même panier, il a donc plusieurs solutions :
l’humanitaire et les ONG pour faire semblant de dénoncer des
horreurs et préserver les intérêts économiques des impérialistes ;
l’altermondialisme pour pallier le peu d’enthousiasme que suscite la
social-démocratie classique ; l’écologie enfin et le culte du «bio» avec
quelques séjours en prison afin de créer des héros pour la classe moyenne
apeurée par la Révolution et en manque d’idéal. L’écologie
politique est un leurre depuis toujours, une diversion qui empêche de
comprendre comment fonctionne le monde. Prenons l’une de ses vitrines,
«Greenpeace», copieusement arrosée par les gouvernements canadien et
états-unien dont tout le monde sait qu’ils sont de grands défenseurs de
l’écologie. Ces gens, dont les moyens financiers semblent intarissables, nous
expliquent que nous sommes tous des salauds, reprenant le leitmotiv
démobilisateur de Hobbes «homo homini lupus», l’Homme est un loup pour
l’Homme. Ainsi donc, à les en croire, l’Homme est responsable des
dégradations de la planète, du réchauffement climatique et pourquoi pas de la
disparition des dinosaures. Un tel discours a un mérite essentiel, dans l’air
du temps, il met tout le monde sur le même plan, tous coupables. Or, en
réalité, les USA sont à eux seuls responsables de plus de la moitié des
émissions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas d’un syndrome américain,
les USA sont la première puissance impérialiste de la société capitaliste
actuelle, poussant à son paroxysme son existence et ses excès. Ce n’est pas
l’Homme mais le capitalisme qui est responsable. Non parce qu’il susciterait
une production trop importante en général (le fameux productivisme) mais
parce que tout ce qu’il fait produire n’est choisi que pour son profit : trop
de certaines choses mais aussi trop peu d’autres qui sont vitaux mais ne
rapportent pas. Il semble
que désormais, le rideau de fumée écologiste ait du plomb dans l’aile ; non
seulement il s’accommode du capitalisme, mais en plus il met en avant des
propositions ... anti-écologiste. L’exemple des biocarburants est flagrant, «
nous l’allons montrer tout à l’heure », comme disait La Fontaine. Bush, les multinationales et les biocarburants. C’est Fidel
Castro qui a «levé le lièvre» en faisant part de ses critiques publiques
après la tenue d’une réunion entre George Bush et les dirigeants des
principales multinationales US de l’automobile. A l’issue de ce conclave, le
président états-unien a fait savoir qu’il lançait son pays dans une croisade
pour les biocarburants. Il a décidé avec ses amis de General Motors, Ford et
Chrysler que, d’ici 2007, la consommation d’essence serait diminuée de 20 %
et qu’à cette même date 132 milliards de litres de carburant éthanol seraient
produits ; tout cela pour réduire, non pas l’effet de serre, bien sûr, mais
la dépendance des USA vis-à-vis du pétrole importé. Il faut
apprécier également comme allant dans le même sens la décision commune de
Bush et du président brésilien Lula de créer un OPEP de l’éthanol. Le but de
cette initiative est de « réduire le pouvoir de certains Etats dont nous
estimons qu’ils exercent une influence négative sur le monde, comme le
Venezuela » selon l’aveu même de Nicholas Burns, sous secrétaire d’Etat des
USA. La raison de l’élan du président des Bush vers les biocarburants n’est
donc pas écologique mais idéologique. Idéologique,
certes, mais pas seulement. N’oublions jamais les intérêts des
multinationales dont Bush est un des meilleurs défenseurs. Ce carburant «bio»
pourrait bien devenir une manne pour les multinationales déjà impliquées dans
la production d’agro-carburants :
- celles du pétrole, comme BP ou Shell ; -
celles de l’automobile comme Toyota ou Volkswagen -
celles de l’agrochimie comme Dupont de Nemours ou Bayer (1) -
celles de l’agroalimentaire comme Monsanto (2) ou Tereos (3). Beaucoup de
beau linge, en vérité. Arrêtons nous un peu sur le dernier, Tereos, peut-être
moins connu, qui explique la présence de Lula au côté de Bush sur cette
galère. C’est une multinationale brésilienne, le second sucrier mondial, qui
a déjà traité 7 millions de tonnes de sucre au Brésil et prévoit d’en traiter
18 millions en 2012. Tereos produit aussi de l’éthanol à partir de la
betterave et de blé ; il a obtenu pour cela 31 % des agréments français. Il
s’apprête à transformer 840 000 tonnes de blé en 3 millions d’hectolitres
d’éthanol dans le département de la Marne. C’est une
affaire qui tourne pour le capital international. Examinons maintenant les
arguments écologiques proprement dits. Une chimère. Pour pallier
le futur tarissement des sources pétrolières ou pour participer à la croisade
du «bio», à moins que ce ne soit les deux à la fois, beaucoup de nations ont
donc fait le choix de se lancer dans la production de carburants d’origine
végétale. Nos
bienveillants porte parole des idées des capitalistes (c’est-à-dire nos
journalistes) nous expliquent que c’est proprement génial car on va produire
du carburant à partir de déchets urbains et agroalimentaires comme l’huile de
friture. Hélas, les
scientifiques ne sont pas tous d’accord avec ces affirmations chimériques.
Ainsi, la Britannique Georges Monbiot écrivait, dès décembre 2005 : « L’idée
que nous puissions simplement remplacer cet héritage fossile (le pétrole) et
la densité d’énergie extraordinaire qu’il nous fournit avec de l’énergie
ambiante est un truc pour la science-fiction. » De l’anti-écologie primaire. En outre, ce
rêve est destructeur. Pour produire des carburants d’origine végétale, il
faut d’abord de la terre ; pour gagner des terres arables, que vont faire les
multinationales et leurs sbires ? Prendre sur la forêt. La forêt amazonienne
est particulièrement menacée, la déforestation dans ce but a d’ailleurs déjà
commencé afin de planter du soja pour produire de l’éthanol. Un autre
exemple est bien plus que révélateur : toutes les réserves potentielles
d’huile de palme brute de Malaisie vont servir en 2007 à faire du bio-diesel
pour l’Union européenne ; et ceci sera responsable de 87 % de la
déforestation malaise. La déforestation au service de l’écologie, il fallait
y penser ! Un autre
danger que l’on peut pointer est celui qui pèse sur l’eau. L’irrigation
agricole représente aujourd’hui plus de 60 % de la consommation d’eau. Nul
doute que la production d’agro-carburants va faire «sauter le plafond». Ainsi, les
USA utilisent pour obtenir un litre d’éthanol 2,37 kilogrammes de maïs, 500
grammes de charbon et 4 litres d’eau. Dans l’Etat de l’Iowa, où l’essentiel
du maïs est produit, la production d’un kg de maïs nécessite entre 500 et 1
500 litres d’eau. Ce qui représente une consommation de 1 200 à 3 600 litres
d’eau pour obtenir 1 litre d’éthanol. Ethanol ou nourriture ? Dans sa
dénonciation de Bush, Fidel Castro attire l’attention du monde sur le risque
d’augmentation considérable de la sous-alimentation. La sécurité alimentaire
est menacée. Ainsi le
manioc, qui est l’aliment de base de 200 millions d’Africains, est très ciblé
en raison de sa forte teneur en amidon. Son prix va augmenter de 33 % d’ici
2010. De la même manière, le prix du maïs, depuis son détournement vers la
production d’agro-carburants va augmenter de 20 % d’ici 2010 ; les oléagineux
de 26 à 76 % ; le blé de 10 à 30 %. Les
multinationales ont «invité» les principaux Etats qu’elles contrôlent à
prêter des crédits aux pays du tiers-monde afin qu’ils produisent des
biocarburants : la Turquie, l’Indonésie, le Mexique, l’Uruguay, l’Afrique du
sud ou encore le Sénégal ont répondu à l’appel sous prétexte d’une
hypothétique indépendance énergétique. L’Afrique est particulièrement visée
et Tereos compte s’y installer le plus tôt possible. Le prix qui
enfle n’est pas le seul problème pour l’alimentation : dans ce monde réglé
par le profit, que deviendront les cultures : de la nourriture ou de la
matière première pour carburant ? La seule écologie qui tienne est le combat
anti-capitaliste. Les
pseudo-écologistes qui nous vantent les mérites des biocarburants sont donc
des menteurs, qui se moquent comme d’une guigne de la forêt, de l’eau et de
la sous-alimentation. Il faut les combattre ! Certes de vraies questions se
posent comme l’effet de serre ou la pénurie à venir des énergies fossiles,
mais ce n’est pas en cherchant des solutions illusoires sorties des cerveaux
des dirigeants des multinationales qu’on les règlera. Il y a d’autres
possibilités, qui ne produisent pas d’effet de serre, à commencer par le
nucléaire, à condition qu’il échappe totalement aux profiteurs. Tout cela
confirme qu’on ne peut se préoccuper de la nature si l’on ne change pas la
société humaine. Tant que le système capitaliste existera, il causera des
dégâts à la planète pour son seul profit ; et en particulier l’impérialisme
américain, aujourd’hui dominateur, les autres, Français, ou occidentaux lui
disputant la part de profit. (1) Bayer, société chimique Allemande fondée
en 1863, s’est distinguée pendant la dictature Nazi de 1933 à 1945
devenu IG Farben et fournissant les camps de concentrations en Gaz. Lorsque
les Alliés démembrèrent IG Farben après le procès de Nuremberg, pour son
implication dans des crimes de guerres, Bayer réapparut en tant qu'entreprise
distincte. Le capitalisme lave plus propre ! (2) Monsanto, multinationale de la Chimie,
Américaine particulièrement connu pour avoir conçu « l’agent orange » défoliant utilisé pendant la guerre
du Vietnam et responsable de milliers de malformation génétique, connue aussi
pour la conception de manipulation OGM avec « Roundup », et
du « Gaucho » s’attaquant aux abeilles ! (3) Téreos est une société multinationale
sucrière française née en 2003 de la fusion de Beghin-Say, de l’Uinion SDA et
de l’Union BS, implantée au Brésil depuis 2000.
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