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Terra Nova est une fondation socialiste, présidée par Michel
Rocard. Parmi les membres de son bureau et de son conseil d’orientation on
trouve un Associé gérant de Rothschild et Cie, le Président du directoire
du journal « Le Monde », un Président d’un fond de placement
ancien PDG de Casino, des économistes, tous acquis aux thèses
capitalistes, des élus PS et Verts, un secrétaire national de la CFDT et de
nombreux représentants du patronat. Sa vocation affirmée est celle de
donner une charpente idéologique à la social-démocratie du vingt et unième
siècle.
Elle vient de se signaler par un rapport
sur les conditions de la compétitivité en France qui lui a valu une pleine
page dans le journal économique « Les Échos ». Dans ce document
présenté par l’ancien PDG de Renault, Louis Schweitzer, émergent toutes les
orientations du patronat en matière de compétitivité et de ce qu’ils
appellent le coût du travail. Ce document arrive à point nommé. Il aide le
Président de la République et son premier Ministre à dessiner avec les
organisations syndicales dans le cadre des « rencontres sociales des 9
et 10 juillet » un accord sur les relations sociales. A leurs yeux, cet accord doit se situer dans
le cadre d’une collaboration de classe permettant au patronat avec l’aide
de l’État de rétablir les taux de profits en particulier dans le secteur
productif. Les propositions de Terra Nova qui sont en fait celles du
patronat se résument pour l’essentiel par la « baisse du coût du travail ». Pour y arriver une des
principales mesures préconisée est la fiscalisation de la protection
sociale, c’est à dire : « Un transfert rapide et significatif des charges
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sociales (des entreprises) vers des ressources fiscales en allégeant
le coût du travail ». Une telle mesure revendiquée de longue date par le Medef et
le patronat a pour effet immédiat un transfert de richesse du travail vers
le capital. Elle peut passer soit par la version Sarkozy d’augmentation de
la TVA soit par la version Ayrault d’augmentation de la CSG. À terme, c’est
le démantèlement d’une protection sociale assise sur la richesse produite
par le travail et redistribuée socialement sous forme de salaire indirect.
En effet, la fiscalisation de la protection sociale fait payer tous les
salariés actifs, retraités et chômeurs. Elle prend sur leur salaire direct
et leurs revenus, exemptant le patronat de cotisations. Le document demande
aussi une simplification des procédures de licenciement, l’augmentation du chômage partiel. Il se
prononce pour une plus grande flexibilité de l’emploi et à ce titre propose
des accords : « (de)
compétitivité-emploi qui moduleraient de manière plus ou moins souple temps
de travail, salaires et emploi dans une même entreprise ». Il
s’agit ni plus ni moins que de la fin des conventions collectives.
Si le document suggère de maîtriser les
coûts de l’énergie, il se prononce pour la diminution de la part du
nucléaire et ne dit pas un mot sur le caractère privé ou public de la
production énergétique.
En résumé, Terra Nova qui
fait : « la
proposition d’un pacte économique entre la gauche et le patronat »
apporte sa pierre à la construction d’un cadre renouvelé à la collaboration
de classe au service exclusif du patronat.
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