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N°280 Semaine du 31 décembre 2012 au 06 janvier
2013 29 décembre 2012
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60 000 postes : de la blague Refusant
de s’en prendre aux capitalistes, Hollande,
n’a plus qu’un trésor à sec ! Les maigres postes créés le sont
aux dépens d’autres secteurs de la fonction publique. Les
créations de postes tant annoncées fondent comme neige au soleil : Nous
partîmes 60 000, nous nous vîmes 21 000 en arrivant au port. Sur
l’ensemble de la législature, les véritables créations de postes seront de
7 000 dans le second degré et
14 000 dans le premier. Et encore, sur les 14 000, 10 000 sont
destinés à des emplois nouveaux (3 000 pour les élèves de deux ans en
maternelle et 7 000 pour bénéficier de plus de maîtres que de classes).
Non que ces postes ne soient pas indispensables, mais, si l’on fait les
comptes, il n’en reste que 4 000 pour remplacer les
35 000 suppressions dues aux gouvernements de Sarkozy (sur 80 000
en tout dans l’éducation nationale) ; cela nous ramène à peine à l’état
des lieux de la rentrée 2011. Réformer les rythmes
scolaires sans moyens, ce sont les enseignants et les élèves qui trinquent La
soi-disant réforme des rythmes scolaires dans l’intérêt primordial des élèves
a fait long feu. La future semaine scolaire, si elle voit le jour, ce qui
n’est pas sûr tant elle est contestée par les enseignants, sera un
alourdissement du temps des enfants comme de celui des enseignants,
constituera une dégradation des conditions de travail et d’études des uns et
des autres. Elle permettra de lancer l’engrenage de la décentralisation,
c’est-à-dire du transfert des compétences de l’Etat vers les communes.
L’école semble, pour le gouvernement actuel, avoir surtout vocation à devenir
une gigantesque garderie. Les élèves auront ainsi une demi-heure de classe en
moins chaque jour, et trois heures en plus le mercredi. Ils changeront
d’activité après 16 h 30, mais on ne sait pas bien quelle sera cette
activité, puisque le ministère vient de décider de diminuer le taux
d’encadrement des centres de loisirs et centres aérés. Comme il n’est plus de
mise de supprimer les devoirs, pourtant cause flagrante d’élargissement des
écarts scolaires, on pourra toujours les rappeler à la chose scolaire un peu
plus tard (17 h 30 ? 18 h 00 ?) pour l’étude, à la charge des
municipalités. Ainsi, faute d’augmentation de salaires, les professeurs des
écoles disposeront d’heures supplémentaires… La formation
professionnelle sous statut scolaire abandonnée aux régions Dans
la loi, l’enseignement professionnel sous statut scolaire est de plus en plus
menacé. La réforme du bac professionnel en trois ans, responsable du
décrochage et du départ de dizaines de milliers d’élèves entre la seconde et
la terminale, n’est pas abrogée. Le lycée professionnel n’a plus pour
vocation que de former celles et ceux dont les patrons de proximité ont besoin.
Pour décider des formations à implanter dans tel ou tel établissement, il y a
aujourd’hui discussion entre les rectorats et les conseils régionaux, mais
l’éducation nationale garde la main. Demain,
avec la fameuse loi d’orientation, c’est le conseil régional qui décidera
seul. A terme les LP sont destinés à
atterrir dans le giron des régions, et leur personnel avec. La future loi
veut instaurer des « campus des métiers » où se mélangeront, à
proximité des entreprises, des élèves, des apprentis et des adultes en
formation continue. Que du bonheur ! Volet
idéologique : quelle école construisent-ils ? Ce
que cachent le mieux les thuriféraires
du ministre, c’est le volet idéologique du projet. |
Ainsi
la future loi Peillon ressemble comme deux gouttes d’eau à sa sœur aînée, la
loi d’orientation Fillon. Le socle commun est maintenu, rappelé souvent, au
cas où nous l’aurions oublié. Il
nous faut revenir sur ce qu’est le socle commun de compétences qui est la
base de celui du ministre Châtel maintenu par le socialiste Peillon. Culture commune ou
culture dominante La première chose qui émerge de ce
socle commun est l’idée d’une culture commune à tous les enfants, quelle que
soit leur classe sociale. Nous sommes là face à une resucée géante des thèses
"julesferrystes". L’idée peut paraître sympathique, mais elle n’est
qu’un gigantesque leurre. L’idée de l’école creuset de la culture commune
s’effondre dès que l’on se demande s’il existe vraiment une culture commune
qui dépasse la division de la société en classes, ou si la bourgeoisie, à
travers son instrument d’Etat, l’Ecole, ne s’escrime pas à encadrer, formater
la jeunesse des classes populaires et moyennes avec ses seules valeurs qui
deviendraient alors universelles. « Les idées dominantes sont celles de
la classe dominante »
disait Marx et c’est à cette aune qu’il faut décrypter la soi-disant culture
commune. Juste ce que tu sais faire : le minimum Ensuite, nous voyons suinter de ce
socle commun, par tous ses pores, l’idée de bagage minimal. Attardons-nous
sur ce concept. Le slogan des ministres successifs et de leurs relais de la
hiérarchie est simple : « Voilà tout ce que chaque élève de
troisième doit avoir acquis ».
Alors que leur réalité est plutôt : « Voilà ce que les
enseignants doivent traiter jusqu’à la troisième, de telle manière, à
l’exclusion de tout autre chose. ». Rappelons qu’avant la discussion au
parlement de la loi d’orientation de 2005, l’OCDE, un organisme de réflexion
au service des multinationales, avait rendu un rapport indiquant que les
emplois nécessaires dans les pays très développés d’Europe (traduction, les
impérialismes européens) étaient des emplois peu ou pas qualifiés. A côté d’une mission idéologique visant à
l’acceptation de la société capitaliste, le socle commun porte donc une autre
mission, économique, celle-là : former a minima les travailleurs peu
qualifiés et précaires du monde merveilleux du capitalisme de demain. Transmettre les savoirs ? La consigne est de ne transmettre
que les savoirs que la bourgeoisie a besoin que l’on transmette à l’exception
de tout autre. Les savoirs faire sont
ramenés à l’état de peau de chagrin et
les savoirs être sont définitivement réduits à l’obéissance. Chaque classe,
juxtaposition d’individus, se retrouve face à un détenteur du savoir unique,
qui le dispense par une parole descendante pour ne pas dire
transcendante. C’est le modèle des
frères des écoles chrétiennes. Toute démarche de fonctionnement par
imprégnation, d’enseignement mutuel, de collaboration entre enfant et adulte
est exclue, et même sévèrement condamnée. D’ailleurs, pour que les choses
soient bien claires, dès la première page du projet de loi, on nous énonce
les fondamentaux : pas de promotion collective ; transmission des
connaissances et non construction des savoirs ; valeurs communes, dont
on sait qu’elles sont celles de la classe dominante. Rien de tout cela ne
permettra de refonder l’Ecole ! Les compétences La notion de compétence, telle
qu’elle est véhiculée dans l’éducation nationale, est d’origine patronale.
Les compétences, sont pensées et
rédigées au nom de l’employabilité, les maigres
savoir-faire détachés les uns des autres dont la bourgeoisie a besoin. |
Le concept de
compétence est le moyen de s’adapter au mieux à une situation économique qui ne nécessite plus, comme en 1880,
des travailleurs plus qualifiés qu’avant pour une industrie en pleine
expansion, mais des travailleurs
moins qualifiés qu’avant, dans un pays désindustrialisé et cantonnés dans les
domaines du secteur tertiaire.
Ainsi, l’investissement dans la formation ne va pas au-delà des besoins de la
bourgeoisie. Et que personne ne s’avise d’aider à la formation de jeunes
prenant conscience de la nature du système et susceptible de vouloir le
changer. La critique ne saurait en rester à la dénonciation
du savoir minimum. Il ne s’agit pas d’un manque
d’ambition pour les élèves ; il ne suffit pas pour pallier le problème
d’exiger que d’autres savoirs soient transmis. Dénoncer les choses ainsi,
c’est passer à côté de l’enjeu réel de la loi d’orientation de 2005 et du
projet actuel qui s’emboîte parfaitement dans elle. C’est oublier d’abord que
ce d’être aussi maximal, et, surtout, qu’il existe pour empêcher de sortir de
la transmission des savoirs, pour que les enfants de la classe ouvrière ne
puissent pas accéder à la production de ces mêmes savoirs, ni à la
compréhension du système qui les opprime. Laissons la parole à Maximilien
Robespierre : « Le sort du peuple est à plaindre quand il est
endoctriné précisément par ceux qui ont intérêt à le tromper et se
constituent ses précepteurs. C’est comme si un homme d’affaires était chargé
d’apprendre l’arithmétique à ceux qui doivent vérifier ses comptes. ». Flicage
des enseignants, autoritarisme accru,
enseignement de la morale du capitalisme, transfert des compétences de
l’Etat et privatisation rampante, voilà le programme de la future loi. Avec Peillon et le Parti Socialiste,
l’Ecole est maintenue dans sa tâche d’intégration au système et poursuit son
adaptation aux conditions de l’emploi voulues par le patronat. Seule la mobilisation
Seule
la mobilisation la plus large, des enseignants permettra d’arrêter et
d’inverser le processus. Elle se construit petit à petit, dans les lycées
professionnels où la suppression des formations, au profit de
l’apprentissage, la spécialisation se poursuivent, dans le premier degré où
la réforme des rythmes fait plus que grincer des dents. La
mobilisation n’est pas facile : les organisations syndicales
majoritaires n’en veulent pas. Les organisations de collaboration de
classe, CFDT et UNSA, ont quasiment
écrit le texte de la loi avec le gouvernement. Beaucoup de dirigeants de la FSU sont
partisans de l’intégration du syndicat au système. Cette organisation n’a pas
voté contre au Conseil Supérieur de
l’Education Nationale, elle s’est courageusement abstenue. Son syndicat du 1er
degré, affirme que la réforme Peillon est « radicalement différente de
la précédente dans sa philosophie et sa vision de l'école ». Seuls les syndicats minoritaires, la CGT et
SUD se sont prononcés clairement contre la loi et pour la lutte. C’est bien, mais c’est peu. Pourtant, la lutte a
commencé. A Paris ou dans le nord des Hauts-de-Seine des grèves ou des
actions ont déjà eu lieu ; des dates de grève sont fixées au mois de
janvier pour organiser la mobilisation qui pourrait connaître un point fort
avec la grève de la fonction publique le 31 janvier. Les militants de la FSU
ne suivent pas forcément leurs dirigeants, beaucoup sont en colère et dans la
lutte. Une mobilisation
importante est possible. Le mois à venir sera décisif.
« Communistes » soutient toutes ces luttes qui se construisent et
peuvent permettre de faire subir un échec à ce gouvernement qui, comme le
précédent, est aux ordres du Capital. |
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