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Le décret modifiant le déroulement de la
semaine scolaire a été publié ce samedi 26 janvier. Cette
« réforme des rythmes scolaires » a déjà soulevé un tollé parmi les
enseignants. Dans les Hauts-de-Seine, à Paris, en Seine Maritime
ou en Seine-Saint-Denis un ou plusieurs jours de grève sont venus
démontrer ce rejet massif.
Le gouvernement et les media aux ordres de la bourgeoisie se
sont répandus partout, traitant par le mépris et l’invective les
réactions des personnels du premier degré de l’éducation. Ces
instituteurs seraient des "conservateurs" qui ne
voudraient préserver que leurs petits avantages et ne voudraient
pas faire de sacrifices Comme s’ils n’en avaient pas fait depuis
5 ans et 80 000 suppressions de postes !
Cette
"réforme" est une régression, elle établit une
situation pire que celle qui date de 2008 avec la suppression du
samedi matin.
Que dit le décret ?
24 h d'enseignement (en classe entière) sur 9 demi-journées : lundi, mardi, jeudi, vendredi et mercredi matin, avec la
possibilité du choix du samedi matin par dérogation...
Des journées (lundi, mardi, jeudi, vendredi) ne pouvant
excéder plus de 5 h 30 (sur les activités
relevant des 24 h d'enseignement).
Des demi-journées ne pouvant excéder 3 h 30 (sur les activités relevant des 24 h d'enseignement).
Une pause méridienne minimum de 1 h 30 (mais pas de maximum fixé avec le risque de voir cette pause
méridienne rallongée par les mairies qui ont, à ce moment-là, du
personnel disponible)
Notre opinion : L’aide personnalisée est supprimée et
remplacée par des Activités Pédagogiques Complémentaires, APC (54 heures annualisées). Ces APC concernent notamment des
activités prévues par le projet d’école éventuellement en lien
avec le Projet Educatif Territorial. Ainsi une partie des heures de travail des enseignants,
1h30 par semaine, pourra être déterminée par les communes.
Un pas de plus est franchi
dans le cadre de la dénationalisation de l’Education. Voilà les
communes nanties d’un pouvoir d’intervention sur les choix
pédagogiques des écoles, voilà les écoles dépendant des aléas
d’une politique locale ! Ce projet éducatif territorial (PET), le
Ministre socialiste Peillon veut en faire le pivot du
fonctionnement de l’école. Il se sert du décret sur les
rythmes comme d’un levier.
Quelles conséquences réelles ?
Les enseignants vont voir leurs conditions de travail se
dégrader ! Comme les autres salariés les
enseignants ont toute légitimité à se battre pour empêcher la
dégradation de leur temps de travail.
Les mairies qui ont
réfléchi à la mise en place de la réforme ont quasiment toutes
décidé d’élargir la pause méridienne. Ainsi, à Paris, Delanoé l’allonge de trois quarts d’heure.
Résultat, l’heure de la fin des cours est inchangée et on
récupère trois heures pour le mercredi. Cela s’explique uniquement par des raisons financières :
sur le temps du midi, les communes disposent de vacataires, très
mal payés, coûtant moins cher que les animateurs des centres de
loisirs.
Si la réforme n’était
pas repoussée, les enseignants feraient l’équivalent d’une
demi-journée supplémentaire par semaine, d’où plus de fatigue avec un temps de travail effectif plus
important. C’est le vieux rêve évoqué notamment par Ségolène
Royal lors de sa campagne électorale de 2007, augmenter le temps de
présence à l’école des enseignants jusqu’à 35 heures.
-Par ailleurs, le
temps, les coûts de transports comme les frais de garde d’enfants
augmenteront également.
Pour les enfants
Pour celles et ceux qui avaient une vraie coupure le mercredi, cela va aggraver leurs conditions de vie. Pour celles et
ceux qui fréquentaient les centres aérés sous diverses formes,
ils prendront leur cartable en plus de leur sac à dos pour les
mêmes centres aérés qu'ils fréquenteront le mercredi après-midi !
Leurs journées seront toujours aussi longues avec les APC,
l’augmentation de la pause méridienne à 2h, etc. L'immense
majorité des enfants continuera de venir à l'école souvent avant
8 h 30 et encore plus souvent bien après 16 h 30...
Quant à l'heure ou à la demi-heure prise en charge par les
mairies, on peut
s'interroger sur la qualité des activités et de
l'encadrement. Pour
les moins de 6 ans, le taux d'encadrement est aujourd'hui de 10
enfants pour un adulte. On va passer à 14. Et pour les plus de 6
ans, nous allons passer de 14 à 18.
Les RASED
(1) continuent de mourir
à petit feu, les mêmes élèves sont maintenus dans les mêmes
logiques d’échec scolaire. Car, s’il faut vraiment changer dans
l’intérêt des élèves, il faut bien plus que les misérables
14 000 postes que Peillon accorde sur 5 ans et, surtout, il
faut changer du tout au tout les contenus et les pratiques
pédagogiques de l’école, mais, tel n’est surtout pas le but du
gouvernement Ayrault.
La conscience de la
nocivité de cette réforme grandit parmi les enseignants
La journée de grève du 22 janvier, en particulier, a été
particulièrement réussie, 1er jour de la grève en
Seine-Saint-Denis, plus de 84 % de grévistes à Paris, 3 fois plus
de grévistes dans les Hauts-de-Seine (c’était la troisième grève)
que lors de la première le 18 décembre.
Il y a un obstacle de
taille : le syndicat majoritaire, le snuipp-FSU, freine des
quatre fers. Intégré au système, il se refuse à appeler à la
grève contre la politique éducative de Peillon. Il préfère organiser des promenades le mercredi
après-midi : à noter qu’à Paris, la ballade du 23 a
rassemblé moins de 1000 enseignants de l’Ile de France quand la
manifestation comptait
4 000 enseignants de Paris intra-muros. Dans les
Hauts-de-Seine, en Seine Maritime, en Seine-Saint-Denis, ce sont
la CGT Education et SUD Education, les syndicats minoritaires qui
organisent la grève.
Partout des gens
râlent et sont prêts à en découdre. Une réunion des fédérations syndicales de l’éducation lundi
28 évoquera la question.
D’ores et déjà, la CGT
Education, réunie en congrès s’est prononcée pour un appel à la
grève en début février, même sans les autres s’ils n’en veulent
pas. Elle devrait être rejointe par SUD.
La situation est ouverte et riche de perspectives.
Communistes soutient
ces luttes qui se construisent à la base, contre beaucoup
d’adversaires et qui pourraient mener à une première défaite de
ce gouvernement au service de la bourgeoisie.
(1) RASED : dispositif rassemblant les enseignants qui
apportent une aide indispensable aux élèves en difficulté.
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