|
Pour
lutter contre le manque de moyens humains, les
conditions de travail dégradées, les mises en place
d'accords de compétitivité dans les hôpitaux, la
remise en cause des acquis, les grèves se
multiplient en France dans les hôpitaux depuis le
début de l'année , c’est, l’Hôpital de Marne la
Vallée, de Saint Valéry sur Somme, de Toulouse, de
Saintes, de Blois, d'Argenteuil, de Calais, de
Boulogne, d'Yzeure, de Creil, de Pontoise, de
Dieppe, de Perpignan, de Bron, de Rambouillet,
etc....
Depuis
le 3 avril le personnel soignant de l'hôpital
Laënnec (hôpital nord du CHU de Nantes) est en
grève pour réclamer l'embauche de personnel. Le
manque d'effectif chronique entraine une
détérioration des conditions de travail et une
dégradation de la qualité des soins, ce que le
personnel ne
supporte plus.
Pour
arracher un rendez-vous avec madame Coudrier, la
directrice générale du CHU, les grévistes accompagnés
de la seule CGT ont
été contraints d'envahir et d'interrompre une
réunion du CHSCT. "Communistes" de Loire
Atlantique a
apporté son soutien à la lutte des personnels et
était présent lors de la réunion du 9 avril avec la
directrice générale.
Plus de 300
personnes étaient présentes (l'hôpital Laënnec
compte 700 salariés), les médias brillaient par
leur absence. Pendant une heure le personnel soignant (aides
soignantes, brancardiers, infirmières/ infirmiers) est intervenu pour
faire part de sa souffrance au
travail : pression de l'encadrement pour pallier le
manque d'effectif, rappel pendant les congés,
changement de planning à la dernière minute,
imposition du travail de nuit, travail trois
week-ends de suite, passage au travail de 12h
d'affilée, toilette mortuaire faite dans une
lingerie ou dans une salle d'attente !!! Dans un
service d'oncologie, quand on est infirmière ou
infirmier et seul(e) de service la nuit à qui
donner la priorité : au patient qui meurt, à celui
qui a mal, à celui qui étouffe ou à celui qui gît
dans ses excréments?
L'émotion
d'un personnel épuisé physiquement et moralement
était palpable. Mais pas pour Madame Coudrier qui a
félicité le personnel et la CGT pour leur « mise
en scène » !!! Pour elle il n'y a
pas de problème d'effectif mais un problème d'absentéisme
et d'organisation du temps de travail, les
malades
restent trop longtemps dans les services et
occupent indûment des lits... Il n'y aura aucune
embauche.
Cette
situation au CHU de Nantes est le résultat de la
politique menée depuis 2007 par Coudrier et Ayrault
alors maire de Nantes et à ce titre président du Conseil d’Administration du CHU de Nantes.
Ils ont mené une politique de retour à l'équilibre
des comptes
du CHU à marche forcée et ce au détriment du
personnel. L'activité du CHU a augmenté de 16% avec
un effectif qui a diminué (cf. Communistes hebdo du
12 au 18 octobre 2009).
Jean-Marc
Ayrault premier
ministre socialiste mène la même
politique de la santé que Jean-Marc Ayrault maire
de Nantes. Le budget des hôpitaux augmente de 2,6%, mais dans le même
temps les charges augmentent de 3,8%.
A
Nantes d'autres mouvements sont en cours au centre
hospitalier : à la maternité, au bloc
gynéco-obstétrique et grossesse à haut risque, au
bloc uro-digestif et plastique. L'équipe de manutention-évacuation
des déchets qui, elle, demande un statut de
stagiaires pour les agents contractuels, afin
d'aboutir à leur titularisation. Parallèlement la CGT
du CHU de Nantes développe des actions
d'information auprès de la population : distribution
de tracts aux
environs de l'hôpital Nord, action d'information
des usagers, Place Royale à Nantes, etc.
Une aide-soignante
témoigne :
…Comme
beaucoup de mes collègues j’ ai occupé le rondpoint
devant l’hôpital Nord. Notre direction
mène sa gestion d’une main de fer, elle a réduit
les coûts de façon drastique comme elle a dû
l’apprendre en école de commerce. Par quoi commence
–ton pour faire des économies ? On réduit les
charges salariales ! … Or ici, la direction
oublie juste un détail, dans les lits ce sont des
patients ! Des êtres humains qui n’ont pas
choisi d’être malade. …Tout cela au mépris des
conditions de travail du personnel et surtout des
conditions de soins apportés aux patients…
Maintenant
je vais juste vous raconter une petite histoire,
juste une tranche de vie d’un patient au CHU. Cette
semaine, une patiente très âgée devait subir une
intervention radicale, mais elle n’arrivait pas à
comprendre ce qu’on allait lui faire au bloc. J’ai
passé du temps avec cette femme pour la préparer,
la doucher avec soins en respectant sa pudeur, sa
fragilité. Nous avons discuté pendant le soin et au
moment de quitter la chambre, elle me
demande « mais que vont-ils me faire au
juste » ? Jusque- là, elle n’avait jamais
osé nous poser d’autres questions, elle n’avait pas
vraiment compris le sens des explications des
médecins. Et là, l’heure du bloc arrivait, grâce au
temps passé ensemble pendant le soin elle était en
confiance, elle a osé poser cette question qu’elle
avait dû retenir depuis son arrivée. Effectivement
on lui avait parlé d’ « ablation ».
Dites nous,
vous, sur votre siège de gestionnaire, face
à vos tableaux de statistiques comment je peux
expliquer à cette femme son devenir ? Si
j’applique vos méthodes, je vais au plus
court ! « On va vous amputer madame.
Bonne journée, au revoir ». Et je sors de la
chambre ? Effectivement le patient va
rapporter de l’argent, puisque c’est un « bloc »,
moi je ne vais pas coûter cher puisque je vais très
vite en préparer un nouveau ! Pas de perte de temps !
Et bien
non, nous ne pouvons cautionner cette attitude
inhumaine, j’ai passé du temps avec cette dame pour
reprendre ce qu’elle avait compris et lui
réexpliquer avec des mots qu’elle pouvait entendre
et surtout comprendre. Au réveil, elle ne sera pas
surprise de ne plus avoir sa jambe. Cela fait
partie de mon travail d’accompagner les gens, c’est
aussi une partie non négligeable de leur
guérison.
Notre mission c’est de soigner, de prendre
soin et aussi de former les nouveaux soignants, pas
de faire du chiffre à tout prix. Nous sommes tous
conscients de la fragilité de notre système de
santé et savons lutter contre le gaspillage. Nous
avons la chance d’avoir des pointures en
chercheurs, en médecins, des matières grises qui
n’ont pas besoin d’être toujours sous pression.
Notre métier c’est la santé, pas la rentabilité.
Les cadres sont aussi prises en otage avec cette
politique.
Aujourd’hui, tous les services vont mal, le
personnel est épuisé de ne plus être remplacé et
surtout cette politique a atteint ses
limites. C’est inouï toutes les fois où cette
politique du rendement a mis le patient en danger ! Demain j’invite
le personnel à raconter au public ses petites
histoires de vie du CHU. Faites nous
confiance, tous les soignants sont conscients du
besoin de maitriser les coûts mais le patient a des
droits et là nous vous alertons qu’ils ne peuvent
plus être assurés.
Aide-soignante
au CHU de Nantes.
Le
personnel du
CHU de Nantes avec le syndicat CGT du CHU lutte
pour défendre l'hôpital public et un service de
santé de qualité. « Communistes »
les assure d'un soutien solidaire à leur lutte.
|