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Tout au long de l'hiver, les agriculteurs français
producteurs de lait ont manifesté devant les préfectures et les grandes
surfaces. Ils réclamaient l'augmentation du prix auquel le lait qu'ils
produisent leur est payé par l'industrie laitière.
Le problème touche la
consommation quotidienne de tous les foyers (67 litres de lait et 24 kg
de fromage par an et par habitant!) et une part essentielle de notre
agriculture. En apparence, la situation est simple, il existe trois
acteurs visibles : le paysan qui vend son lait, l'industriel qui le
conditionne ou le transforme et enfin les grandes surfaces qui le
distribuent. Le prix des produits laitiers n’a pas chuté en magasin,
pourtant les fermiers producteurs sont étranglés par une baisse considérable
de leur marge.
C'est que le système
capitaliste, par sa recherche permanente de profits croissants, a
besoin de la spéculation boursière et ce secteur n'y échappe pas.
D’une part, la spéculation
boursière, en amont, fait monter massivement le prix des aliments du bétail,
en particulier le soja 14 % en moyenne de l'alimentation bovine. Le
soja imposé par les Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale, est
maintenant importé surtout du Brésil. Toujours en amont, la spéculation
sur les produits pétroliers (fuel et gas-oil) recouvre un poste
important dans les exploitations.
D'autre part, en aval, la spéculation
sur le prix du lait et des produits laitiers fragilise à l'extrême les
revenus des producteurs. GDT (Global Dairy Trade), plate-forme
internationale d'enchères pour les produits laitiers, fondée par le géant
néo-zélandais Fonterra) organise, depuis 2008, cette spéculation.
En outre, le producteur de
lait français, déjà doublement victime de ces spéculations, est
totalement dépendant du prix d'achat fixé par les grands groupes du
secteur laitier : Danone, Lactalis, Bongrain, Sodiaal, Bel
etc.). Eux-mêmes se
trouvent en « conflit d'intérêts » avec le Cartel de la
distribution constitué de Système U, Leclerc et la FCGD qui regroupe Auchan,
Carrefour, Monoprix, Cora et Casino. C'est finalement leur «
entente » qui, au
bout de la chaîne, fixera,
le prix d'achat imposé aux producteurs et aux transformateurs
tout en faisant mine de mener la « guerre des prix » afin de
satisfaire le consommateur avec des prix soi-disant imbattables, (Voir
la prose éhontée de Michel-Edouard Leclerc).
Le producteur doit ainsi à
la fois « engraisser »les spéculateurs, les industriels de
l'agro-alimentaire et la grande distribution !
Que s'est-il passé de nouveau
cet hiver ? Le cours mondial du lait a flambé : baisse de la
production, sècheresse
en Australie et Nouvelle-Zélande pays exportateurs, accroissement de la
demande, surtout dans les pays émergents, crise de confiance dans la
qualité du lait chinois après le scandale du lait frelaté, reconversion
des pâtures en culture de soja bien plus juteuse (Argentine) et... spéculation
sur fond de pénurie possible (profits à deux chiffres au printemps), la
boucle est bouclée.
Devant la grogne des
producteurs français, le gouvernement a nommé, fin mars, un médiateur
chargé de calmer le jeu, surtout de calmer les producteurs laitiers que
la FNSEA ne parvenait plus à contrôler tant ceux-ci sont le cadet de
ses soucis, dominée qu'elle est par les grands céréaliers fauteurs
d'augmentation du prix du maïs nécessaire aussi aux vaches allaitantes,
Calmer le jeu donc, au moins
provisoirement dans ce contexte de contradictions d'intérêt entre les
acteurs capitalistes. C'est ainsi qu'une « hausse technique » ( en
vocabulaire boursier) de 2,5 centimes d'euros par litre de lait a été
accordée aux industriels de la transformation, cette hausse sera répercutée
aux agriculteurs et financée par la grande distribution. Et le
consommateur ? Certains distributeurs s'engagent à ne pas
augmenter les prix... jusqu'à la fin Août. Après ? Les hausses pourraient atteindre de 4 à
10 cts par litre de lait selon les produits, du lait liquide aux
yaourts, crèmes etc…
Pendant que cette
possible pénurie se profile, on continue à indemniser la cessation
totale ou partielle
de l'activité laitière française. A qui profite le crime ? Que des
enfants manquent de lait de par le monde ou soient victimes de lait
trafiqué est encore un des scandales du capitalisme.
Il faut décidément en finir
avec ce système et produire ce qui est nécessaire pour satisfaire les
besoins de l'homme avec des produits de qualité et des agriculteurs
vivant de leur travail.
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