COMMUNISTES

 

 

Retour à l’accueil

 

N°298  Semaine du 06 au 12 mai 2013

 

07 mai 2013

Les paradoxes du prix du lait

 

Tout au long de l'hiver, les agriculteurs français producteurs de lait ont manifesté devant les préfectures et les grandes surfaces. Ils réclamaient l'augmentation du prix auquel le lait qu'ils produisent leur est payé par l'industrie laitière.

Le problème touche la consommation quotidienne de tous les foyers (67 litres de lait et 24 kg de fromage par an et par habitant!) et une part essentielle de notre agriculture. En apparence, la situation est simple, il existe trois acteurs visibles : le paysan qui vend son lait, l'industriel qui le conditionne ou le transforme et enfin les grandes surfaces qui le distribuent. Le prix des produits laitiers n’a pas chuté en magasin, pourtant les fermiers producteurs sont étranglés par une baisse considérable de leur marge.

C'est que le système capitaliste, par sa recherche permanente de profits croissants, a besoin de la spéculation boursière et ce secteur n'y échappe pas.

D’une part, la spéculation boursière, en amont, fait monter massivement le prix des aliments du bétail, en particulier le soja 14 % en moyenne de l'alimentation bovine. Le soja imposé par les Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale, est maintenant importé surtout du Brésil. Toujours en amont, la spéculation sur les produits pétroliers (fuel et gas-oil) recouvre un poste important dans les exploitations.

D'autre part, en aval, la spéculation sur le prix du lait et des produits laitiers fragilise à l'extrême les revenus des producteurs. GDT (Global Dairy Trade), plate-forme internationale d'enchères pour les produits laitiers, fondée par le géant néo-zélandais Fonterra) organise, depuis 2008, cette spéculation.

En outre, le producteur de lait français, déjà doublement victime de ces spéculations, est totalement dépendant du prix d'achat fixé par les grands groupes du secteur laitier : Danone, Lactalis, Bongrain, Sodiaal, Bel etc.).  Eux-mêmes se trouvent en « conflit d'intérêts » avec le Cartel de la distribution constitué de Système U, Leclerc et la FCGD qui regroupe Auchan, Carrefour, Monoprix, Cora et Casino. C'est finalement leur «  entente » qui,  au bout de la chaîne, fixera,  le prix d'achat imposé aux producteurs et aux transformateurs tout en faisant mine de mener la « guerre des prix » afin de satisfaire le consommateur avec des prix soi-disant imbattables, (Voir la prose éhontée de Michel-Edouard Leclerc).

Le producteur doit ainsi à la fois « engraisser »les spéculateurs, les industriels de l'agro-alimentaire et la grande distribution !

Que s'est-il passé de nouveau cet hiver ? Le cours mondial du lait a flambé : baisse de la production,   sècheresse en Australie et Nouvelle-Zélande pays exportateurs, accroissement de la demande, surtout dans les pays émergents, crise de confiance dans la qualité du lait chinois après le scandale du lait frelaté, reconversion des pâtures en culture de soja bien plus juteuse (Argentine) et... spéculation sur fond de pénurie possible (profits à deux chiffres au printemps), la boucle est bouclée.

Devant la grogne des producteurs français, le gouvernement a nommé, fin mars, un médiateur chargé de calmer le jeu, surtout de calmer les producteurs laitiers que la FNSEA ne parvenait plus à contrôler tant ceux-ci sont le cadet de ses soucis, dominée qu'elle est par les grands céréaliers fauteurs d'augmentation du prix du maïs nécessaire aussi aux vaches allaitantes,

Calmer le jeu donc, au moins provisoirement dans ce contexte de contradictions d'intérêt entre les acteurs capitalistes. C'est ainsi qu'une « hausse technique » ( en vocabulaire boursier) de 2,5 centimes d'euros par litre de lait a été accordée aux industriels de la transformation, cette hausse sera répercutée aux agriculteurs et financée par la grande distribution. Et le consommateur ? Certains distributeurs s'engagent à ne pas augmenter les prix... jusqu'à la fin Août.  Après ? Les hausses pourraient atteindre de 4 à 10 cts par litre de lait selon les produits, du lait liquide aux yaourts, crèmes etc…

Pendant que cette possible pénurie se profile, on continue à indemniser la cessation totale ou partielle de l'activité laitière française. A qui profite le crime ? Que des enfants manquent de lait de par le monde ou soient victimes de lait trafiqué est encore un des scandales du capitalisme.

 

Il faut décidément en finir avec ce système et produire ce qui est nécessaire pour satisfaire les besoins de l'homme avec des produits de qualité et des agriculteurs vivant de leur travail.

 

 

Lire, enregistrer et/ou imprimer cet article au format PDF (2 pages)

Haut de Page

Envoyer cet article à un(e) ami (e)