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On nous
a transmis la lettre de démission que Pascal VIALLY, ex –
coordinateur CFDT de
Sanofi, a adressée aux dirigeants nationaux de la CFDT. Elle est datée
du 23 avril 2013. Extraits :
« …Je prends acte de l’obligation qui m’est faite de démissionner
de mes fonctions de coordonnateur CFDT Sanofi, de Délégué Fédéral
FCE-CFDT en charge de la liaison CFDT Sanofi, et de mon mandat de
Membre Suppléant du Comité d’Entreprise Européen de Sanofi. Je vous
informe également de ma décision de quitter la CFDT…
…Ces décisions, je les prends en raison de la certitude
que j’ai acquise… que les structures CFDT (syndicats, fédération,
confédération) sont en décalage complet avec les revendications de la
majorité des adhérents et militants de terrain, et que la démocratie
interne de la CFDT ne fonctionne malheureusement pas…
…Dès 2009, … j’ai pris activement part dans un
conflit social de grande envergure au sein de Sanofi Pasteur, ponctué
par 3 semaines de grève totale… A l’époque déjà les structures CFDT, avec l’assentiment
du coordonnateur CFDT- Sanofi d’alors, avaient brillé par leur
absence et par leur volonté manifeste de ne pas laisser ce mouvement
prendre trop d’ampleur au sein du Groupe Sanofi. Les autres
organisations syndicales du Groupe n’avaient d’ailleurs pas fait
mieux…
… Les « leçons » de cette histoire ont-elles été
retenues ? Absolument pas. Ce que j’ai vu ces derniers mois dépasse l’entendement
et mérite que l’on s’attarde.
Le 11 juin 2012, le Secrétaire Général de la
FCE-CFDT m’appelle pour me dire qu’une réunion va avoir lieu en toute
confidentialité, entre la Direction Sanofi, la confédération CFDT en
la personne de son secrétaire général F. Chérèque, et la fédération
en sa propre personne, et me demande de lui transmettre un bilan de
la situation chez Sanofi…
Je lui demande la possibilité d’évoquer cette réunion et son contenu
en toute transparence avec les équipes CFDT, ce qui m’est refusé.
Contre son avis, je parle de cette réunion avec mon équipe. Pourquoi
cette culture du secret ?
Le 29 juin 2012, le Secrétaire général de la
FCE-CFDT me rappelle pour me dire que la réunion a eu lieu le matin même au siège de la confédération
à l’occasion d’un petit-déjeuner, en présence de F. Chérèque, C.
Viehbacher directeur de Sanofi et lui-même. Il me dit que Sanofi va
annoncer un plan de restructuration… et me donne les consignes
suivantes :
« Ne pas faire d’intersyndicale avec la
CGT, ne pas agiter les chiffons rouges, ne pas faire trop de bruit
dans les medias, et le message à retenir est le suivant : ce plan
permet de sauvegarder la recherche
en France, et la compétitivité de Sanofi »
. En toute transparence, j’ai transmis ces informations
au comité de liaison CFDT Sanofi. Et déjà cette question qui nous
taraude tous : pourquoi ces consignes pour le moins étonnantes ?
Le 5/07/12, la Direction Sanofi annonce son
nouveau plan de restructuration… Le chiffre de 900 suppressions de
postes est avancé officiellement… L’intersyndicale évaluera le nombre
réel de suppressions de postes à environ2000, alors que le groupe réalise
des milliards d’euros de bénéfices, et confirmera l’analyse selon
laquelle ce plan est uniquement financier dans le cadre d’un plan d’économies
drastiques et d’une augmentation de la proportion des bénéfices
remontée aux actionnaires sous formes de dividendes…
…La confédération CFDT, qui a brillé par son
absence comme toutes les autres confédérations dans toutes nos
manifestations, a multiplié des interventions médiatiques (dès le
6/07/2012 !) visant à minorer l’impact social de ce plan, à justifier
sa nécessité, et à refuser toute législation contre les licenciements
financiers.
Et pour cause ! La confédération CFDT s’était
engagée dans une tout autre orientation dans le cadre de la conférence
sociale, qui allait accoucher d’un ANI qui va plutôt dans le sens d’une
plus grande souplesse des licenciements économiques…
… « Les Sanofi » ainsi qu’on
nous a vite désignés, ont participé à une manifestation
inter-entreprises avec les « GoorYear », « les PSA »
et de nombreuses autres entreprises le 29/01/2013 à Paris autour de l’Association
Licenci’elles ( salariées licenciées des 3 Suisses) : le constat
pour nombre de militants de ces entreprises, est qu’aucune confédération
syndicale ne souhaite organiser vraiment une convergence de toutes
les manifestations contre les licenciements financiers. Il s’agissait
donc de passer outre et de défendre ensemble une proposition de loi rédigée
conjointement au-delà de toute étiquette politique ou syndicale. Plus
de 700 manifestants étaient présents et une délégation (dont je
faisais partie) a été reçue au Ministère du travail. A cette
occasion, on a pu me voir dans les médias aux côtés de Philippe
Poutou, délégué CGT de Ford…
…Le 8 mars 2013, a lieu un échange de la CFDT
Sanofi avec le nouveau Secrétaire Général de la confédération, en présence
du Secrétaire de la fédération. A cette occasion, il nous est confirmé
que la confédération ne veut pas de loi contre les licenciements
financiers, et que l’ANI sera la solution à nos problèmes, ce qui est
évidemment faux…
…Mon démandatement est donc d’ores et déjà lui
aussi prévu, pour le mois de mai. C’est pourquoi j’ai décidé d’anticiper
ce démandatement et de vous donner ma démission car toute cette
situation m’insupporte…
…Ayant bien compris qu’il m’est désormais
impossible de continuer de lutter en interne pour une plus grande démocratie
et une plus grande transparence, et sachant qu’il m’est également insupportable
de vous laisser me démandater, veuillez considérer que dès à présent
je suis libéré de toutes mes fonctions syndicales et que je récupère
toute ma liberté de parole à l’extérieur…
… Je suis également conscient des risques que
je vais prendre en parlant publiquement dans ces conditions, et j’accepte
ce risque car en vérité je n’ai pas le choix, c’est mon cœur qui s’indigne
et c’est mon corps entier qui se lève debout.
L’humain d’abord ! »
Pascal VIALLY
Ex-Coordonnateur CFDT
Sanofi
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