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Dans
la semaine du 13 janvier, le ministre
Peillon faisait des annonces
mirobolantes à propos de l’avenir de
l’Education prioritaire. Il y était
question de décharges horaires pour les
enseignants, de postes supplémentaires
systématiques dans les écoles, pour
favoriser le travail en commun, de
doublement de la prime etc. Au milieu
de louanges destinés aux enseignants concernés,
il confirmait qu’aucun collège ni
aucune école ne sortirait du dispositif
de l’Education prioritaire.
Quelques zones d’ombres
apparaissaient toutefois, peu
soulignées par les media, tout à leur
travail habituel de diffusion de la
bonne parole :
- d’abord, nul ne sait où sera
prise la somme destinée à couvrir ces
mesures (400 millions d’euros tout de
même), pas sur le budget de l’Education
nationale pour 2014 en tout cas ;
- ensuite, l’annonce de Peillon
entérine de fait ce que ses sbires
avaient dit depuis le début du travail
sur le chantier ZEP, les lycées sont
exclus du dispositif ; en bref,
après seize ans, plus besoin de moyens
supplémentaires ;
- enfin,
Peillon oublie de dire que les
seuils d’effectifs par classe ne sont
plus « un critère efficient »
(c’est le terme officiel du rapport sur
les ZEP) de l’éducation prioritaire.
Et voilà que, dès la fin de la
semaine, les chiffres des dotations
horaires des collèges des Hauts-de-Seine
tombent : c’est la saignée. Faute d’une dotation du
ministère suffisante, les collèges ZEP
du département se trouvent, comme les
autres, dotés sur un schéma de 26
élèves par classe en sixième et 30 dans
les autres : envolé le seuil des
25 par classe.
Patatras pour ceux qui théorisent
l’idée d’une éducation nationale à
l’abri de l’austérité ! Dès le
lundi 20, les enseignants des collèges
en Education prioritaire du nord du
département se mettent massivement en
grève. Une journée de grève départementale,
à l’appel de l’ensemble des syndicats,
de la CGT à l’UNSA est annoncée le
jeudi 23, jour où se discutent les
dotations par établissement en Comité
Technique, une instance avec les
représentants du personnel.
Le DASEN (directeur académique,
appelé autrefois inspecteur d’académie)
prend peur alors, et se livre à un
nouveau calcul. Il enlève des heures
aux collèges non prioritaires, laisse
en l’état ceux qui, sans être en ZEP
s’en approchent, et redonne des heures
aux collèges prioritaires ; il
commence par ailleurs à entamer sa
réserve. Les Hauts de Seine sont un
département en forte progression
démographique scolaire et cette réserve
sert à des ajustements en septembre
lorsque la réalité des effectifs
dépasse de loin les prévisions
officielles.
La grève du 23 janvier est une
réussite, 18 établissements (16
collèges et 2 lycées en EP) de
Villeneuve-la-Garenne, Gennevilliers,
Asnières, Colombes, Clichy et Nanterre
sont de la partie, 500 personnes se
rassemblent devant la préfecture où
siège l’Inspection académique. Recevant une délégation, le
directeur académique annonce une
dotation supplémentaire du ministère et
demande que la grève cesse.
Les grévistes maintiennent la
pression. Avec d’autant plus de raisons
que, le lundi 27, le DASEN annonce que
les moyens nouveaux ne viennent pas du
ministère, mais sont pris sur la
réserve, qui est désormais vidée. Habilement ; il choisit
certains établissements, les premiers
dans la grève ou ceux qui n’ont pas
l’habitude de la lutte, leur rend les
heures qu’il leur avait prises en
espérant l’arrêt de la lutte ou tout au
moins la descente, grâce à la division.
C’est encore peine perdue. Lors de la nouvelle journée de
grève massive, le mardi 28, un seul des
18 établissements n’est plus en grève. Et pourtant, certains chefs d’établissements,
briefés par le DASEN, n’ont pas manqué
de faire pression. Pire, dix autres établissements,
pas forcément en Education prioritaire,
et parfois dans le sud du département
se joignent à la lutte. L’AG de
grévistes du mardi 28 rassemble 250 collègues, qui expriment leur ras-le-bol de
devoir, depuis des années attendre avec
anxiété le verdict de la dotation
horaire, qui exigent un seuil officiel
d’élèves par classe qui les mettra à
l’abri, qui disent leur colère, en
général, du fait de leurs conditions de
travail qui se dégradent et d’un
gouvernement qui tourne le dos à ses
promesses et qui ment. Le rassemblement devant le
ministère, qui suit, est plus nombreux
que celui du jeudi 23 : au moins
700 personnes. La délégation, reçue par un
obscur sous fifre, n’obtient aucune
garantie.
L’Assemblée Générale des
grévistes, avec toujours l’ensemble des
syndicats, exige une dotation
supplémentaire du ministère d’environ
2000 heures qui permettent des conditions de
travail normales pour les collèges et
les lycées en ZEP, pour ceux qui s’en
approchent et pour ceux qui, tout en
n’étant pas en ZEP, connaissent une
importante hausse démographique et qui
permette de reconstituer une réserve
dont tout le monde sait qu’il faudra y
puiser dedans en septembre (entre juin
et septembre, ce sont 1 500 heures
qui avaient ainsi été injectées en
2013).
La prochaine étape est une
nouvelle journée de grève
départementale à appel intersyndical
jeudi 30 avec un rassemblement devant
le rectorat de Versailles.
L’opération politicienne de
Peillon a échoué. Même "Le Monde" s’est
fendu d’un article au sujet des grèves
dans le nord des Hauts de Seine. Le
seul critère qu’il avait voulu mettre à
la poubelle, celui des seuils
d’effectifs, lui éclate désormais à la
figure. Les enseignants du second degré
emboîtent désormais les pas de leurs
collègues du premier degré avec la
lutte contre la réforme des rythmes. Plus personne n’a confiance dans
ce gouvernement ; et, dans les
Hauts de Seine, nombre de jeunes
collègues enseignants dans les collèges
et les lycées en ZEP découvrent que la
grève ça sert découvrent leur force
irrésistible quand ils sont unis. Le mouvement fait tache d’huile.
Les chiffres des dotations vont bientôt
tomber en Seine-Saint-Denis, de quoi
donner des idées à certains.
Cette lutte sans concession,
sans s’arrêter tant que le but n’est
pas atteint, démontre que ce que nous
disons depuis des années, à
Communistes, se vérifie : les
gouvernements mènent tous la même
politique au service du Capital et
seule la lutte déterminée, la plus unie
possible, peut les faire reculer. Une
bonne leçon encore pour les adeptes du
dialogue social.
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