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Les
dépôts de bilans tels ceux d’Ascométal,
Mory Ducros, Fagor Brandt,
Docelle (la plus vielle
entreprise française fondée en 1478 et
liquidée par son actionnaire
finlandais) ou la
Redoute font la une des médias pendant
quelques jours, puis disparaissent sans
autre forme de procès. Et encore il ne
s’agit que de la partie visible de
l’iceberg. Qui connaît la lutte contre
la fermeture de leur entreprise des « Jeannette »
(fabrique de madeleines à Caen) ou de
la Française de Roues (sous traitant de
Renault) dans
l’Indre ? Personne sauf localement
à partir des luttes menées par les
salariés pour la survie de leurs
emplois.
Une
politique voulue, réfléchie, organisée
par le capitalisme et les gouvernements
successifs.
La crise, la mondialisation, le
fait que la France ne ferait pas dans
le haut de gamme sont
les arguments les plus souvent repris
pour justifier ces fermetures.
C’est
faux.
1977-1985 la crise n’est pas là.
Et pourtant sous les présidences de
Giscard d’Estaing et de Mitterrand un
tiers de l’industrie française
disparaît. Mines de charbon et de fer,
sidérurgie, mécanique générale, navale,
textile et chaussure sont liquidés. Des
régions entières sont ravagées et en
payent encore aujourd’hui les
conséquences. Des centaines de milliers
d’ouvriers jetés à la rue, des jeunes
dont la seule perspective est le
chômage.
Avec l’aide de l’Etat, l’ensemble
de la filière automobile réduit ses
effectifs de dizaine de milliers de
salariés.
C’est ensuite la course à
l’investissement dans les pays à bas
coût de salaires. Chine, pays de l’est de
l’Europe, Espagne, Maghreb sont les
nouveaux champs d’exploitation des
travailleurs ce qui permet l’explosion
des profits capitalistes.
La crise du capitalisme permet à
celui-ci de pousser plus loin cette
désindustrialisation. De 2009 à 2013, 1.253
entreprises ont été fermées, seulement 640 ont été crées ce
qui a entraîné la disparition de 145.000 emplois industriels de plus, auxquels
viennent s’ajouter les emplois induits.
La recherche et développement à
leur tour sont touchés en 2013.
L’industrie du médicament a vu ses
effectifs dans ce secteur diminuer de
2,9%. Les prévisions pour 2014 ne sont
pas meilleures dans tous les secteurs y
compris l’aéronautique.
Rien
de surprenant, les dividendes versés
aux actionnaires par les entreprises
française sont trois fois plus élevés
que les sommes consacrées à
l’investissement.
Dans la division mondiale de la
production, le capitalisme a
décidé de ne conserver en France que
quelques secteurs qu’il considère comme
rentables : aéronautique et
espace, nucléaire, médicament, produits
de luxe. Et encore. Airbus multiplie
les implantations à l’étranger :
Chine, USA, sous-traitance.
L’industrie
automobile. Le cas Peugeot :
En
2013 au moment ou Peugeot annonce une
perte de plus de 5 milliards d’euros et
ferme l’usine d’Aulnay un dividende de
330 millions est versé aux actionnaires
famille Peugeot en tête.
Peugeot-Citroën a largement
transféré sa production à l’étranger. Il
a été un des premiers à s’implanter en
Chine où il a trois usines. Il s’est
installé en Espagne, en République
Tchèque, en Russie, au Brésil. Les
usines européennes du groupe arrosent
largement le marché français avec un
avantage de taille : les salaires et avantages y sont
inférieurs à la France. C’est par exemple le cas de la
Peugeot 106 ou de la Citroën C1 qui
sont fabriquées à
100% en République Tchèque.
La Chine mise à part pour le
moment en raison de son immense marché,
les pays émergents présentés comme le
nouvel El Dorado sont loin de tenir les
promesses qui leurs ont été prêtées.
La première parce que tous les
constructeurs mondiaux s’y sont
précipités et s’y livrent à une
concurrence féroce. La seconde c’est
qu’il s’agit de pays qui en raison du
faible pouvoir d’achat de la plus
grande partie de la population représentent
des marchés très étroits. Ainsi Peugeot
enregistre des déboires importants au
Brésil et en Russie tandis que Renault
qui est l’actionnaire majoritaire
d’Avto Vaz (Lada) en Russie y
enregistre une perte de 60 millions
d’euros et décide la suppression de
7500 emplois.
Ajoutons que Peugeot comme
Renault qui exportaient chacun 400.000
voitures par an en Iran en pièce
détachées pour y être montées ont
volontairement perdu ce marché pour se
plier aux exigences des USA qui ont
décidé un embargo dans le cadre des
désaccords qu’ils ont avec ce pays.
Solidarité capitaliste oblige.
Peugeot-Dongfeng-Etat
français
C’est le montage imaginé pour
permettre à Peugeot de continuer à
faire des profits quel que soit
l’endroit où se situe la production.
L’Etat français a mis dans l’affaire
800 millions d’euros, Dongfeng autant.
L’intérêt
de Dongfeng est évident. Il le dit
lui-même. C’est de mettre la main sur
les technologies Peugeot (y compris
dans l’Hybrid Air).
Un
mieux pour la production en
France ? Non
Le
nouveau PDG de Peugeot C. Tavares
annonce la fermeture d’une
chaîne de montage à Poissy et une autre
à Mulhouse ce qui va entraîner des
centaines de suppressions d’emplois. Il
veut construire une nouvelle usine « aux
portes de l’Europe » là où les
salaires sont au plus bas.
Face à ces nouvelles destructions
d’empois le gouvernement ne dit pas un
mot alors qu’il vient d’apporter 800
millions au capital. Au contraire
Montebourg se félicite de la
solution qui ‘sauve Peugeot’. Peugeot
ou les profits capitalistes ?
Renault
est sur la même ligne.
En 2013 pour la première fois la
production des usines situées en
périphérie de l’Europe auront produit
plus que les usines françaises et
espagnoles.
841.360 véhicules pour les usines
roumaine, turque et marocaine, contre
841.000 en France et en Espagne
(506.000 en France).
La Clio,
voiture la plus vendue en 2013
est fabriquée à 71% en Turquie. Comme
la dit C. Ghosn lui-même « une
Clio produite à Flins rapporte 500
euros, produite en Turquie elle en
rapporte 1.500 ».
Il est vrai qu’un salarié
français « coûte »encore
51000 euros par an contre 11.000 en
Roumanie et que celui ci travaille 500
heures de plus. Renault va
investir 800 millions d’euros dans une
usine en Chine avec toujours Dongfeng
et une autre en Inde. En France, un
plan de départs volontaires de 7.500
salariés est en cours. Le temps de
travail dans les usines est passé à
1.603 heures annuelles contre moins de
1.500 auparavant.
La politique
du capital contre la nation.
Pour accroître ses profits, le
capitalisme détruit la nation. Il est
responsable du chômage de masse, du
déficit des comptes sociaux, des
régions entières ravagées par la casse
industrielle. Il bouche l’avenir de la
jeunesse.
Les gouvernements successifs ont
tous mis en œuvre cette
politique de casse industrielle. Capitalisme
et gouvernement veulent aller encore
plus loin... Les prévisions d’emplois
dans les années à venir font toutes
état de la poursuite de cette politique
de la diminution des emplois
industriels.
Arrêter
le bras des casseurs, imposer une réindustrialisation
véritable est une action indispensable
pour aujourd’hui et pour l’avenir.
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