COMMUNISTES

 

 

 

Retour à l’accueil

 

N°367 Semaine du 01 au 07 septembre 2014

 

04 septembre 2014

 

L’affrontement impérialiste au Moyen-Orient

(suite  de l’article hebdo N°366)

 

 

 

                 1946-1947               1949-1967          1967-2013         depuis 2013

 

Cartes montrant l’occupation progressive de la Palestine par Israël

 

L’état général du Proche Orient

Plusieurs éléments dans l’Histoire récente ont permis à l’impérialisme US de marquer des points. D’abord, les USA ont armé et soutenu toutes les bandes possibles d’intégristes musulmans sunnites, avec notamment pour instrument le prince saoudien Bandar Ibn Sultan et ses mercenaires. Ensuite ils ont appuyé les organisations politiques comme l’ultra réactionnaire Ennahda en Tunisie et surtout l’organisation fasciste panarabe par excellence, les Frères Musulmans.

Par-delà la destruction des régimes nationalistes arabes, les impérialistes poursuivent un objectif économique. Depuis 1991, les résistances grandissent rapidement. Tout recul est extrêmement grave pour une puissance impérialiste. Il lui faut détruire toutes les limites que l’histoire a permis d’installer, tout ce qui fait baisser le taux de profit des multinationales US et UE.

Cela passe par des conquêtes militaires (la guerre n’est jamais que la poursuite de la politique par d’autres moyens, disait Clausewitz), des destructions, l’appui sur des pays amis (Israël, la Turquie) et la balkanisation des territoires ennemis. Ainsi, l’explosion de l’Irak, la guerre civile en Libye ne sont pas un échec pour la stratégie US, du moins tant que leurs sbires contrôlent l’énergie ou les matières premières de ces pays.

Les impérialismes se heurtent forcément à des bourgeoisies nationales dont les intérêts étaient plus ou moins portés par les Baasistes, par exemple, mais il y a aussi un aspect de guerre de position inter impérialiste. Derrière l’Iran toujours ciblé, il y a la Chine ; derrière la Syrie, la Russie.

L’opération "printemps arabe" présente de nombreux avantages pour l’impérialisme. L’armée syrienne, si elle remporte des succès, est encore bloquée et ne peut être d’aucun secours aux Palestiniens, de même le Hezbollah combat dans son pays les amis des intégristes Syriens. Le passage au pouvoir des Frères Musulmans ou de leurs amis a bien permis de comprendre qu’ils se moquaient de la cause palestinienne  et qu’au contraire  ils étaient prêts à s’entendre avec Israël. Le nouveau régime égyptien, s’il repose sur une base complexe, dépend financièrement de l’Arabie Saoudite. Enfin, en Iran, le laïc  Ahmadinejad a été remplacé par un religieux, plus compréhensif vis-à-vis des impérialismes US et UE. Donc plus personne ne peut soutenir militairement les Palestiniens.

 

Le plan US pour le Proche Orient

Dès le début des années 90, les dirigeants de l’Impérialisme dominant avaient ciblé cinq Etats « voyous » à envahir et détruire dans le monde arabe et le Moyen Orient : la Libye, la Syrie, le Soudan, l’Irak et l’Iran. Outre l’Iran, la cible était clairement les régimes nationalistes arabes. L’enjeu global du Proche Orient est à la fois économique et politique.  L’impérialisme dominant a pour but de détruire les Etats existants surtout ceux qui lui résistent, de les émietter et d’installer à la tête des restes de cette atomisation des hommes à sa solde, inoffensifs pour son lieutenant israélien... Tout cela pour mettre la main sur les ressources de la région notamment pétrolières mais aussi l’or, le gaz, l’aluminium. Dans la concurrence mondiale inter-impérialiste effrénée, l’objectif de l’impérialisme américain avec ses alliés occidentaux, face au développement de la chine, à la Russie est d’étendre son hégémonie sur le Moyen-Orient.

 

La fin de l’URSS et ses conséquences

Privés de soutien par la disparition de l’URSS et des pays socialistes d’Europe, les dirigeants de l’OLP acceptèrent de faire des concessions. Ils abandonnèrent leur revendication d’un Etat unique laïque, reconnurent l’existence d’Israël et négocièrent sous l’égide des USA une paix avec Israël avec la perspective d’établir deux Etats voisins.

Rabin et Peres, qui dirigeaient le gouvernement israélien ne cédèrent rien ni sur les réfugiés ni sur Jérusalem-Est, ni sur l’arrêt de l’implantation des colonies : ils acceptèrent l’implantation dans la Bande de Gaza et une partie de la Cisjordanie d’un pseudo Etat palestinien coupé en deux et sans possibilité de disposer d’une armée. Il s’agissait d’accorder des miettes à la bourgeoisie palestinienne car le rôle de lieutenant de l’impérialisme dominant dévolu à Israël se précisait dans la perspective du « nouvel ordre mondial » cher à George Bush senior et de la mise à feu et à sang du Proche Orient qui en découlait.

La droite israélienne combattit au début les accords d’Oslo, revendiquant toujours comme territoire le Grand Israël correspondant au mythique royaume de David. Mais, parvenu au pouvoir en 2001, Ariel Sharon puis ses successeurs qui quittèrent le Likoud (Olmert, Livni) se montrèrent plus pragmatiques. Ils avaient compris que la croissance démographique des Palestiniens ou des arabes israéliens, plus forte que celle des populations de colons jouait contre eux. Dans un Grand Israël le temps viendrait où les Arabes seraient numériquement  majoritaires, malgré l’apport de Juifs ashkenazes venus de Russie ou d’Europe de l’est en général.

C’est pourquoi ils acceptèrent le statu quo (le principe du soi-disant Etat palestinien) tout en continuant d’implanter des colonies ce qui amputait le territoire dirigé par l’OLP. Ils inaugurèrent en même temps la "politique du bulldozer", notamment à Jérusalem-Est : il s’agissait de raser les maisons des Arabes israéliens. N’ayant plus de domicile ces derniers perdaient la nationalité israélienne, devenaient donc des "Palestiniens" et étaient expulsés vers la bande de Gaza ou la Cisjordanie. Netanyahu a depuis perfectionné le procédé en expulsant dans les zones proches de l’Etat Palestinien, notamment au moment de la construction du Mur, pour permettre l’installation de colonies.

 

Le Hamas

Comme partout, les USA et ici, plus spécifiquement Israël ont tenté d’utiliser le fascisme religieux pour combattre les marxistes et les nationalistes arabes. Le Hamas a été créé à la fois par les Frères Musulmans égyptiens et par les services secrets israéliens afin de rivaliser avec le Fatah et le FPLP. Mais l’instrument a partiellement échappé à ses créateurs. Les dirigeants du FPLP, du FDLP et les plus remuants du Fatah (Marwan Barghouti) sont morts ou croupissent dans les geôles israéliennes. La direction du Fatah, après la mort d’Arafat est apparue pour ce qu’elle était, un conglomérat de représentants des banquiers palestiniens et saoudiens, prêt à la compromission avec Israël. Du coup, on l’a vu il y a longtemps, lors des dernières élections, le Hamas a été perçu comme étant la seule organisation forte de résistance à la colonisation et à l’oppression israéliennes. Et objectivement, on peut admettre que le Hamas a vraiment résisté, que ce soit lors de l’opération "Plomb durci" ou de la dernière en date "Bordure protectrice".

 

Pourquoi Israël a-t-il attaqué maintenant ?

Certaines bonnes âmes de gauche pensent que l’attaque est liée à la perspective d’un accord entre toutes les organisations palestiniennes, y compris le Hamas en vue des "négociations" israélo-palestiniennes. Cela donnerait notamment plus de force à l’OLP à qui Netanyahu répond souvent : « Vous ne contrôlez pas la Bande de Gaza, vous n’êtes pas représentatifs ». Il s’agirait donc simplement d’un acte cynique pour empêcher « la reprise du processus de Paix ». Mais le gouvernement réactionnaire de l’Etat d’Israël sait bien que ces négociations sont de la poudre aux yeux.

Les adversaires d’Israël, nous l’avons dit, n’ont jamais été autant en difficulté. La Syrie est occupée ailleurs, les généraux égyptiens n’ont pas manifesté de solidarité excessive avec les Palestiniens et doivent lutter contre les Frères Musulmans. Et le Hamas est très affaibli. Même dans la Bande de Gaza, son organisation n’a pas survécu au "Printemps arabe" et à la guerre de Syrie. En effet, l’organisation s’est quasiment scindée en deux ; les uns ont choisi de soutenir les opposants fascistes au régime baasiste en Syrie, les autres sont restés liés à Damas. Ainsi, Khaled Mechaal, l’un de ses principaux leaders a quitté Damas pour le Qatar, au moment du déclenchement des attaques intégristes contre l’Etat syrien. Le seul pays qui soutenait militairement le Hamas est devenu son principal ennemi. Pas question de compter sur les Saoudiens ou les Frères Musulmans d’Egypte : leur ennemi aussi c’est la Syrie baasiste.

 

L’objectif est d’en finir avec les Palestiniens

 Netanyahu a en tête de porter des coups définitifs au Hamas et aux Palestiniens de Gaza. Les dirigeants israéliens sont obsédés par la menace démographique que représente pour eux les Palestiniens. La société israélienne a évolué depuis 1948. Ceux qui dirigent aujourd’hui ne sont pas seulement des opportunistes qui utilisent les croyances superstitieuses liées au monothéisme et à la Bible. Beaucoup d’entre eux pensent aujourd’hui clairement,  que seule l’éradication des Palestiniens, sous une forme ou sous une autre, peut permettre la survie de l’Etat d’Israël.

 

Les moyens de contraindre Israël

Cette année, au mois de mars, l’impérialisme dominant a consacré 34 millions de dollars au système balistique israélien Arrow (missiles à courte portée), 117,2 millions pour un autre système du même genre, les Frondes de David et 22 millions pour le système à longue portée.

Le 15 juillet, alors que l’opération "Bordure protectrice » avait commencé, le Sénat états-unien a accordé 351 millions de dollars destinés à financer le "Dôme de fer", le bouclier anti-missiles et anti-roquettes qui protège des attaques balistiques, alors qu’Obama avait seulement demandé 179 millions. A la fin du mois de juillet, les USA ont complaisamment fourni des munitions en tous genres à l’armée israélienne en rupture de stocks.

Depuis 1987, les USA donnent en moyenne 1,8 milliards de dollars par an à l’Etat israélien, sous forme  d’aide exclusive à des programmes militaires. Aujourd’hui, alors qu’Obama a annoncé une rallonge de 3,1 milliards pour 2015, Israël est le principal bénéficiaire de l’aide de l’impérialisme US. L’Union européenne, elle, aide pendant ce temps l’Etat capitaliste colonial israélien dans les domaines de l’économie non militaire. Lancé au début des années 2000, un programme de coopération économique permet de traiter Israël comme s’il s’agissait d’un pays membre de l’UE. Israël est peu à peu intégré dans les politiques économique, sociale, scientifique et technologique (officiellement dans le civil, mais…) de l’Union. Cette aide va évidemment aux capitalistes israéliens, tandis que la population, comme celle des pays de l’UE, subit une politique d’austérité. Outre les questions stratégiques, la guerre est toujours un bon moyen que les gouvernements au service de la bourgeoisie utilisent pour « faire oublier » les conséquences d’une politique d’austérité.

 

Si cette aide financière, notamment dans le domaine militaire, cesse, cela serait, à n’en pas douter, un énorme moyen de pression contre Israël. Les bonnes âmes de nos télévisions, notamment, qui nous racontent que tout ce qui était possible a été fait se moquent complètement de nous. Il est largement possible de mettre à genoux les massacreurs, en arrêtant de financer leur perpétuelle entreprise de mort. Voilà à quoi peut servir la mobilisation solidaire, à peser pour que USA et UE coupent les vivres à l’armée d’invasion. Cela met devant leurs responsabilités les impérialismes qui aident au massacre des Palestiniens.

Il faut couper Israël de ses soutiens en pesant sur les gouvernements impérialistes avec deux lignes directrices, celle de la rupture des relations diplomatiques, comme l’ont fait plusieurs pays d’Amérique latine, pour mettre Israël au ban des nations et celle de la fin de l’aide financière à l’armée d’invasion. .

 

La position de Communistes

Notre Parti demande depuis longtemps un véritable Etat palestinien indépendant et souverain, qui passe par  la fin de la colonisation, l’évacuation des territoires palestiniens, des mesures fortes contre l’Etat d’Israël à commencer par la rupture des relations diplomatiques que nous demandons depuis des années. Le gouvernement français doit cesser de participer aux opérations de guerre avec les USA au Moyen-Orient, il doit agir auprès des autres Etats occidentaux pour contraindre Israël à accepter un Etat Palestinien.

Aujourd’hui Plus que jamais la solidarité doit s’exercer partout dans le monde avec les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie et avec les réfugiés. Les manifestations qui ont eu lieu dans notre pays et ailleurs (en Grande Bretagne par exemple) ont montré que contrairement aux gouvernements, les peuples ne sont pas dupes, ils savent ce que fait Israël et le condamnent. Mais le mot d’ordre de paix ne peut suffire. La paix se fait aux conditions du gouvernement de l’Etat d’apartheid israélien qui ne subit aucune pression et fait ce qu’il veut.  Ce que Netanyahu et les siens n’avaient pas prévu c’est la résistance du peuple de Gaza, et non pas, comme on nous le dit, seulement celle du Hamas. L’ensemble de la population gazaouie a compris l’enjeu, a perçu qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort et a résisté. L’opération pour en finir avec Gaza a échoué, de même celle pour en finir avec le Hamas, qui a récupéré dans l’affaire une part de sa légitimité perdue. Un peuple, tout petit, seul a fait reculer la terrible armée israélienne

Plus que jamais nous appelons à exiger la création d’un Etat Palestinien.

 

www.sitecommunistes.org

 

 

Lire, enregistrer et/ou imprimer ce document au format PDF (5 pages)

Haut de Page

 

Envoyer ce document à un(e) ami (e)

 

 

 

 

<