N°374 Semaine du 20 au 26 octobre 2014
23 octobre
2014
Rentrée 2014:
Un pas de plus vers la privatisation de l’enseignement
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La rentrée
2014 est caractérisée par des conditions d’études pour les élèves et de
travail pour les personnels pires que celles de l’année précédente. Elle
constitue même un temps fort de l’aggravation de ces conditions. La rentrée 2014, c’est d’abord celle des rythmes scolaires L’Education
nationale est depuis qu’elle existe une machine au service du Capital, de ses
besoins en termes de formation et d’intégration au système capitaliste des
travailleurs. Mais, des décennies de combats en son sein lui permettent encore de relayer quelques concepts progressistes,
dont celui de service public. C’est pourquoi
le but des gouvernants au service du Capital est de la privatiser. Une étape de
cette privatisation est désormais franchie depuis la rentrée de septembre
2014 avec la mise en place de la réforme des rythmes scolaires. C’est
l’événement majeur de cette rentrée. A part
quelques représentants du PS, du Front de Gauche ou de la FCPE Fédération de
Parents d’Elèves), tout le monde sait bien que cette réforme n’a rien à voir
avec l’amélioration du rythme de vie des enfants. Au contraire, le bilan
indéniable après deux mois
d’application dans presque tout le pays est celui de la fatigue
accrue et combinée des personnels de l’éducation nationale et de la fonction
publique territoriale, comme des élèves. Entre les
bourgs et villages de zone rurale où rien n’est possible faute de moyens et
les villes qui prennent la décision politique d’investir à fond dans le
périscolaire, c’est l’inégalité territoriale qui grandit. Partout où les
moyens existent, ce qui se met en place l’est en rivalité avec l’Ecole. Les
municipalités en phase avec la réforme
captent des compétences éducatives (art, culture, sport) qui
appartiennent à l’Ecole. Le scénario est tout tracé : demain, les
programmes des écoles élémentaires constitueront un « resserrement sur
le cœur du métier » (comprendre, lire, écrire, compter) laissant aux
municipalités tout un tas de domaines éducatifs ; après-demain, faute de
moyens, ces domaines seront partout payants ; après après-demain des
officines privées remplaceront les municipalités. A le pouvoir remettra aux maires tous les pouvoirs de
décision s’agissant des horaires des écoles de leur commune. Des moyens en baisse Pas question
non plus de rendre des moyens aux
écoles ou aux établissements du second degré. Dès 2012, les fameux
60 000 postes en plus annoncés n’était en réalité que 21 000. Par
un tour de passe-passe, les ministres successifs ont utilisé les stagiaires
comme variable d’ajustement au lieu de rétablir la formation. Au lieu de revenir au
recrutement à la licence (bac + 3) avec deux ans de formation, le
gouvernement a maintenu le recrutement au Master (bac + 5) et utilise partiellement
ou entièrement les enseignants stagiaires sur le terrain. Par ailleurs, les
manques sont si criants que le recrutement de contractuels s’est amplifié,
même dans le premier degré qui n’avait pas connu cela avant 2011. La hausse
démographique a mangé dès la rentrée 2012 les misérables postes en plus, et
partout, les rentrées Ayrault et Valls ont été pires que les rentrées Fillon.
De plus, avec l’augmentation du degré d’austérité depuis le pacte de
responsabilité, les lois de finances ont réduit les créations, ce qui fait que
le plan de réalisation des 21 000 postes en 5 ans ne sera pas tenu. L’Education prioritaire est réorganisée à moyens
constants. De celle de
Créteil, le nombre de collèges et d’écoles
bénéficiant du label « Education prioritaire », diminue dans
toutes les académies. Mais on
aurait tort de n’y voir que des économies de bouts de chandelle. Comme
la réforme des rythmes scolaires, la politique de baisse des moyens a aussi
et surtout un but idéologique. La rentrée d’un socle commun sacralisé Il s’agit
tout à la fois de vider de son sang l’éducation nationale et d’intégrer les
personnels à la machine idéologique. C’est
pourquoi, les personnels des collèges et des écoles élémentaires ont été
conviés à une demi-journée de réflexion collective à propos du socle commun.
Mis en place en 2005, lors de la loi d’orientation de Fillon, ce socle
correspond à une prescription de l’époque de l’OCDE : « La France a
besoin d’emplois peu ou pas qualifiés ». Ce socle a été maintenu dans la
loi de refondation de Peillon en 2012, qui est la suite de la précédente. Si d’aucuns
avaient insisté sur le socle commun comme un minimum culturel, la vraie
nature de cette entreprise est ailleurs. L’Ecole du Capital doit être au
diapason de la politique économique au service de ce même Capital. La
désindustrialisation est un des maîtres mots de cette politique, l’Ecole ne doit donc former des
producteurs qu’à la marge. C’est l’école
mise à la sauce patronale, par le prisme des compétences qui sont celles de l‘entreprise
et des besoins actuels du patronat, des bribes de compétences réelles, des
savoir-faire atomisés. Elles se doivent d’être limitées et ne peuvent
permettre un savoir-faire réel ni une maîtrise quelconque. C’est l’image de
la bicyclette : savoir démonter et remonter la roue avant d’un vélo ne
permettra jamais de savoir rouler à bicyclette ! La Bourgeoisie
d’aujourd’hui en France a besoin d’experts,
de salariés « peu ou pas qualifiés », d’exécutants de tâches
précises (si possible d’une seule) les plus distinctes possibles des autres
tâches, de manière à utiliser jusqu’au trognon un salarié et à le jeter
ensuite parce qu’il ne sait rien faire d’autre. C’est ce que prépare l’Ecole
du socle, c’est à cela que sert le « socle
commun ». Il faut y
ajouter, avec l’actuel gouvernement, un caractère revendiqué de bain idéologique. Ce n’est pas une
nouveauté. Les morts « la fleur au fusil »l de 1914, ceux qui
apprennent aujourd’hui que la victoire lors de la seconde guerre mondiale ne
doit à peu près rien à l’Armée rouge sont là pour témoigner que l’Ecole
publique a toujours joué un rôle important d’intégration idéologique au
système. Les officines
idéologiques au service de l’actuel ministère (le fameux conseil supérieur
des programmes notamment) ont relancé à fond la machine en revenant à l’un des aspects les plus
importants, celui du formatage des
esprits du bain idéologique destiné à persuader de l’état de perfection de la
"démocratie", c’est-à-dire du système capitaliste. Gommer les
différences de classe et apprendre à tous que nous avons des intérêts
communs, que les capitalistes et les salariés doivent s’entraider, les
valeurs désormais introduites, qu’on y ajoute au nom « de la
République » sont celles de la société capitaliste, le droit pour un
homme d’en exploiter un autre, de vivre de sa sueur et de son sang, le droit
pour un pays impérialiste de transporter ses armées en Afrique et de voler
ses ressources pour le profit des actionnaires. Voici les couleurs du nouveau
socle commun ! L’intégration du syndicalisme Ce qui rend encore plus efficace l’action de
Hollande et des siens au service du Capital, c’est l’absence de riposte
globale organisée, c’est l’intégration du mouvement syndical à la marche du
système. Les syndicats de collaboration de classe écrivent
les textes avec les sbires du ministre et on peine à les voir tenter de
combattre quoi que ce soit. On peut comprendre que l’UNSA et la CFDT soit
ravis de la politique actuelle. Mais les organisations majoritaires, de la
FSU, ne sont pas non plus exemptes de responsabilités. Le syndicat du premier
degré, le SNUIPP, qui porte l’écrasante responsabilité d’avoir tout fait pour
empêcher la riposte contre la réforme des rythmes scolaires, ne revendique toujours pas la restitution
des postes supprimés pendant l’époque Sarkozy. Toutefois, une bataille a été menée contre la
réforme, dans le premier degré, coordonnée nationalement, par les syndicats
minoritaires (la CGT, SUD et FO) qui n’ont fait que leur boulot de syndicat,
avec parfois aussi des atermoiements. Aujourd’hui, les enseignants du premier
degré redisent leur rejet de cette réforme et le SNUIPP demande qu’on passe à
autre chose. Pour gagner dans l’Ecole comme ailleurs, il faudra
ne compter que sur les salariés, et briser le carcan dans lequel les
syndicats du pouvoir veulent les enfermer. C’est à cela que s’attachent les
militants de Communistes, là où ils sont. On ne sortira de la situation
catastrophique illustrée par cette rentrée 2014 que par la lutte. |
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