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COMMUNISTES |
N°394 Semaine du 09 au 15 mars 2015
08 mars 2015
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Piketty |
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Nous reproduisons ici le texte d’une
conférence prononcée par Michel Gruselle dans le cadre du Cercle
Universitaire d’Etudes Marxistes. Cette conférence est la lecture critique du
livre de T.Piketty : « Le capitalisme au XXIe siècle. ° ° ° Plan Présentation
générale de l'ouvrage La dynamique
du rapport capital/revenu Réguler le
capital au XXIe siècle Pourquoi le
livre de Piketty, quels intérêts sert-il ? Plus
fondamentalement, y-a-t-il une voie réformiste possible ? INTRODUCTION Le titre du livre de Thomas
Piketty : « Le capital au XXIe siècle » sonne
comme une réplique du « Capital » de K. Marx. Ce livre a
retenu l'attention du CUEM dans la mesure ou il connaît des records de vente,
plusieurs millions d'exemplaires, et parce que son auteur a été largement
sollicité pour commenter ses travaux. Aux USA, ce livre a suscité un vif
débat y compris dans les milieux progressistes. Le New-York Time a
salué Piketty comme : « l'économiste Rock-star »
et le Financial Times a baptisé le livre
de : « extraordinairement important », tandis que
les prix Nobel d'économie J. Stilgitz et P. Krugman ont estimé qu'il s’agissait de l'ouvrage le plus significatif de
l'année « apte à transformer notre discours économique ». En
France l'auteur a été abondamment questionné par les medias pour commenter
les événements économiques et plus récemment la situation en Grèce. De ce
point de vue je recommande l'écoute de l'interview de Piketty par Iglesias le
leader de Podemos, interview disponible sur internet et qui en dit aussi long
sur les positions de Piketty que sur celles de Podemos. De là à dire que Piketty a
renouvelé la science économique et qu'il est le Marx du XXIe siècle, il n'y a
qu'un pas que d'aucun n'ont pas hésité à franchir. Par exemple le journal The
Economist le place au dessus de
Marx : « Plus grand que Marx » écrit-il. La proximité du titre du livre
avec celui de l’œuvre majeure de Marx a probablement joué un rôle dans les
commentaires plus qu'élogieux que je viens de citer et dans une multitude
d'autres encore. Le titre est évidemment quelque chose d'important dans un
ouvrage et il doit retenir notre attention. Pour le lecteur, dans le contexte
de la crise systémique du capitalisme, l'attente est évidemment forte de
comprendre ce qu'est le capitalisme aujourd'hui, quelles en sont les
évolutions depuis que ce mode de production a commencé à se développer et
évidemment quelles issues sont possibles pour sortir d'une crise qui secoue
l'ensemble du monde. C'est dire que la notoriété
ainsi acquise, le succès populaire de l'édition, nous ont amené à nous
interroger sur le contenu de cet ouvrage, les thèses qu' il défend et les
propositions qu'il fait en matière économique. Raison de plus pour aller au
fond des choses et faire une lecture critique de cet ouvrage. PRESENTATION
GENERALE DE L'OUVRAGE Je vais commencer par une
présentation rapide du livre sans m'attarder sur les détails et en essayant
de montrer sa logique interne. Le livre qui comporte 950 pages
se divise en quatre parties : Revenu et Capital La dynamique du rapport capital/revenu La structure des inégalités Réguler le capital au XXIe siècle Si les trois premières parties
ne semblent pas laisser apparaître un trop fort penchant politique, ce n'est
qu'une apparence, la dernière elle est clairement orientée vers ce que
Piketty nomme la « reprise de contrôle du capitalisme ».
Dans la quatrième partie, réguler le capital au XXIe siècle, Page 751 il
délivre le message central de sa pensée : « Peut-on
imaginer pour le XXIe siècle un dépassement du capitalisme qui soit à la fois
plus pacifique et plus durable, ou bien doit-on simplement attendre les prochaines
crises ou les prochaines guerres, véritablement mondiales cette fois ? ».Tout est dit ou presque, qui choisirait l'apocalypse
guerrière ! L'auteur choisit donc clairement ce qu'il appelle le
dépassement du capitalisme. Le choix des termes ne laissant
rien au hasard il convient de les examiner. Tout d'abord le concept de
« dépassement du capitalisme » qui n'est pas une idée
nouvelle a été largement utilisée en son temps par R. Hue pour justifier
l'abandon par le PCF d'une orientation révolutionnaire. Le contenu en est
clair, les forces de la science et de la technique amènent « naturellement »
à une transformation du capitalisme qui ne serait plus tout à fait le
capitalisme tout en conservant ses caractéristiques centrales en particulier
celles du marché. Mais derrière cette profession de foi réformatrice pointe
la crainte que les forces sociales règlent le problème autrement, c'est à
dire par un changement profond des rapports sociaux. Décidément, un spectre
hante toujours l'Europe comme le disait K.Marx, celui du communisme. L'on
sent ici une certaine fébrilité en ce que le réformisme ne puisse trouver les
moyens politiques permettant de maintenir le système capitaliste. INTRODUCTION Dans son introduction, Piketty
livre une grande partie des orientations qui vont structurer son discours.
D'emblée, il note que : « La
répartition des richesses est l'une
des questions les plus vives et les plus débattues aujourd'hui ». Notons bien qu'il s'agit de la répartition des richesses et non du
système d'extorsion capitaliste de la plus-value. Rappelons que la richesse n’est
pas la valeur. Le système capitaliste crée de la valeur à partir de la
richesse que constituent le travail et les ressources naturelles. Ce concept de « répartition
des richesses » ne vient pas là par hasard. Il est la « tasse
de thé » quotidienne de tous ceux qui placent délibérément le
capitalisme comme un univers indépassable dont l'aménagement, par précisément
cette autre répartition des richesses, suffirait à assurer la pérennité.
D'ailleurs toutes les forces qui entendent maintenir la domination du capital
ou jugent qu'il n'y a pas d'autre solution que son aménagement s'évertuent à
focaliser leur discours sur cette fameuse répartition des richesses. L'église
même, dans sa doctrine sociale, en fait la pierre angulaire de sa démarche
réformatrice sans évidemment mettre en cause le moins du monde l'exploitation
du travail salarié par les détenteurs du capital. Rappelons nous aussi
Sarkozy voulant un nouveau partage de la valeur ajoutée entre le capital et
le travail, souhait tombé rapidement dans les oubliettes. Dans ces conditions Piketty se
doit de reléguer Marx à la situation de visionnaire dont les prédictions ne
se sont pas réalisées. Partant de l'idée que le capitalisme génère les
inégalités, il nuance immédiatement cette évidence incontournable, par des
contre tendances qui selon lui seraient à l’œuvre pour permettre au
capitalisme de se développer, page 16 il écrit : « La croissance moderne et la diffusion
des connaissances ont permis d'éviter l'apocalypse marxiste, mais n'ont pas modifié les structures profondes du capitalisme et des
inégalités.....Des moyens existent cependant pour que la démocratie et
l'intérêt général parviennent à reprendre le contrôle du capitalisme et des
intérêts privés, tout en repoussant les replis protectionnistes et
nationalistes ». De quels moyens
s'agit-il ? Nous les présenterons dans sa 4ème partie et nous en
montrerons les limites. Dans cette brève citation nous pouvons noter une grande
approximation scientifique : celle dite de l'intérêt
général
utilisée à contrario de la lutte des classes, puisqu'il y aurait au
dessus de leur antagonisme une finalité qui pourrait les réunir. Ayant siégé
quelques années au CESER Ile-de-France, je peux témoigner que ce concept
« d'intérêt général » n'est que le cache sexe des intérêts
du patronat et de ceux qui le servent. L'intérêt général n'est jamais que
celui de la classe dominante et de ses intérêts propres. Il sert à entraîner
les classes dominées dans ce qu'il faut nommer par son nom la collaboration
de classe. Certes la
classe dominante doit tenir compte des rapports de force et elle est parfois
contrainte à faire des concessions comme en 1936, 1945 et 68, face à des
luttes populaires puissantes, mais sans jamais se mettre fondamentalement en
danger. En fait comment reprendre la main sur le capital s'il peut continuer
par sa mobilité à échapper aux contraintes que Piketty voudrait lui imposer. Ce que Piketty appelle la « vision
apocalyptique de Marx » c'est la loi fondamentale que ce dernier a
mis en évidence : « la baisse tendancielle du taux de profit ». Selon Piketty cette baisse tuerait l'accumulation et mènerait à la
révolte des travailleurs. Mais ouf, ce noir destin prévu par Marx ne s'est
pas réalisé ! Comme il faut une explication à cette non réalisation de
l'apocalypse, Piketty attribue à Marx un manque profond de lucidité sur la
réalité du mouvement d'accumulation du capital page
28: « Marx
à totalement négligé la possibilité d'un progrès technique et d'une croissance
continue de la productivité, force qui permet d'équilibrer le processus
d'accumulation et de concentration croissante du capital privé ». Il est assez cocasse de lire
cette phrase quant au contraire, Marx a consacré beaucoup d'énergie à montrer
le rôle du développement scientifique et technique dans la production et dans
le processus d'accumulation du capital. Au contraire de ce qu'affirme
Piketty, la Technologie et la science ont joué un rôle important dans la
pensée de Marx. Il a beaucoup écrit à propos des grandes découvertes
scientifiques de son époque. Les mathématiques, la thermodynamique, les
découvertes de Darwin inspirent souvent ses propos. Un seul exemple, dans ses
articles consacrés à l'Asie et publiés en 1853, Marx analyse le rôle de la
science et de la technique anglaise dans les processus de destruction de la
société indienne traditionnelle et aussi dans le développement du capitalisme
textile en Angleterre . Pour terminer avec
l'introduction notons que Piketty envoie des clins d’œils ici où là pour
montrer qu'en dépit de la réputation d'homme de « gauche »
qu'il entend se donner, il n'est pas hors de la confrérie des économistes
orthodoxes, classiques et néo-classiques, et pour tout dire bourgeois. Il
nous dit : « L'inégalité n'est pas nécessairement mauvaise
en soi : la question centrale est de savoir si elle est justifiée ou
non, si elle a des raisons » et enfin : « L'histoire
des inégalités dépend des représentations des acteurs ». Venons en
maintenant au développement dans les quatre parties du livre. REVENU
ET CAPITAL (première partie) Dans cette première partie,
Piketty pose les jalons de sa démonstration. Dans un premier temps il précise
quelques définitions et ces précisions sont intéressantes à souligner car
elles donnent un sens à la démarche politique de l'auteur. Tout d'abord il souligne à nouveau le
caractère conflictuel du partage de la production entre salaires et profits
puis entre revenu du travail et revenu du capital. Il note que le capitalisme
a exacerbé ce conflit mais il ne donne aucune explication à cette aggravation
et ne s'interroge pas sur le pourquoi de la pérennité de ce conflit. Dans les lignes qui suivent
après ces constats assez banaux, se produit un glissement
significatif puisque de l'analyse capital/travail, il glisse vers celle de
capital/revenu ce qui est totalement
différent en cela que capital/travail renvoie au cœur même du système
d'exploitation capitaliste tandis que capital/revenu renvoie à des
considérations de type statistiques et met sur le même plan les revenus tirés
du travail et ceux tirés de la spéculation. Il ne prend donc pas en compte le
processus d'extraction de la plus-value basée sur le travail salarié. Rappelons que pour Marx : Le capital est avant tout un type de rapports sociaux, dans la
mesure où les capitalistes ne peuvent posséder et accumuler du capital que
grâce au rapport social qu'ils entretiennent avec les travailleurs. Marx part
de l'analyse de l'école classique pour qui le capital est constitué par tous
les moyens de production avancés par les capitalistes durant le cycle de
production, c'est à dire, les biens que le capitaliste acquiert afin de
produire (machines, matières premières, bâtiments.....) ce que Marx
appelle le « capital constant », ainsi que la force de
travail salariée que Marx nomme le « capital variable ».
Rappelons que la force de travail est : la marchandise que
doivent vendre, pour vivre, les travailleurs salariés à leurs
employeurs capitalistes. Ils vendent non pas leur travail, mais leur
capacité à travailler : leur force de travail. Marx décrit un processus de production organisé de
façon à ce que les capitalistes investissent de l'argent (A) afin d'acquérir
des moyens de production (M) et une force de travail (T) pour produire des
marchandises (M') qu'ils vont vendre pour une somme d'argent (A'), avec A'
supérieur à A. La différence positive recherchée entre A et A' constituant la
plus-value. Pour Marx, A' est supérieur à A car les capitalistes exploitent
les travailleurs en ne leur payant pas la totalité de la valeur qu'ils
produisent par leur travail. Le capitaliste achète de la force de travail
dont la valeur d’usage crée de la valeur d’échange. Il la paie au prix de la
reproduction de cette force, prix inférieur à la valeur d’échange créée. Cette partie non versée est accaparée par le capitaliste en sa
qualité de propriétaire des moyens de production. C'est donc, pour Marx,
grâce à ce « sur-travail »que les capitalistes
obtiennent un profit, qui leur permet d'accumuler du capital. Autrement
dit, les moyens de production matériels ne produisent pas par nature de
la valeur, ils n'en produisent que lorsqu'ils sont mis en œuvre par des
travailleurs salariés et qu'ils permettent de dégager de la plus-value, et
donc du profit. Par conséquent, pour Marx, au lieu d'être une chose, le
capital est un rapport social entre les personnes. Ce rapport
social correspond à ce que Marx appelle «rapport de classe ». Pour Piketty l'achat et la vente de la force de travail
n'existent pas. De plus, il assimile totalement le capital au patrimoine, il
les nomme page 84 : « synonymes parfaits »
et les utilise de manière interchangeables. Pour lui, le capital ou
patrimoine représente l'ensemble des actifs non-humains qui peuvent être
possédés ou échangés sur un marché. Il divise ensuite ce capital global en
capital public et privé. Cette confusion entre capital et patrimoine n'est
pas innocente. Nous constatons en lisant l'ouvrage que l'auteur joue
astucieusement de cette confusion patrimoine/capital en utilisant l'un ou
l'autre des deux termes (qu'il juge pourtant interchangeables) pour donner un
sens particulier à sa démonstration. Je vais y venir mais dans l'immédiat je voudrais rappeler
comment la langue française traite de cette question. Selon le Trésor de la Langue Française (TLF) la
définition du patrimoine est la suivante : « Ensemble des biens
hérités des ascendants ou réunis et conservés pour être transmis aux
descendants. Ensemble des biens et des
obligations d'une personne (physique ou morale) ou d'un groupe de personnes,
appréciable en argent et dans lequel entre les actifs (valeurs, créances) de
celle-ci». Selon le TLF la définition du capital est la
suivante : 1. « Bien monétaires
possédés ou prêtés, par opposition aux intérêts qu'ils peuvent produire. 2.
Ensemble des moyens de
production (bien financiers et matériels) possédés et investis par un
individu ou un groupe d'individus dans le circuit économique. Par extension
ensemble des moyens de production y compris le travail humain ». Nous voyons ainsi que le TLF
lui même fait une différence entre patrimoine (ce que l'on possède) et
capital (ce que l'on investit). Pas innocente en effet cette assimilation
capital/patrimoine, puisque dans ces conditions l'ouvrier ou l'employé qui
possède sa maison est au même titre que le capitaliste un détenteur du
capital et sera globalement pris en compte dans la partie capital ou
patrimoine des statistiques. Par ce tour de passe passe Piketty efface encore
une fois la réalité de classe entre ceux qui possèdent les moyens de
production et ceux qui n'ont que leur force de travail. Pour citer Marx
et Engels dans le manifeste du Parti Communiste : « Etre
capitaliste, c'est occuper non seulement une position purement personnelle,
mais encore une position sociale dans la production. Le capital est un
produit collectif : il ne peut être mise en mouvement que par l'activité
en commun de beaucoup d'individus, et même en dernière analyse que par
l'activité en commun de tous les individus, de toute la société. Le
capital n'est donc pas une puissance personnelle ; c'est une puissance
sociale ». Revenant au rapport
capital/revenu Piketty
énonce ce qu'il appelle la première loi fondamentale du capitalisme (selon sa
définition évidemment). Alpha = r x beta r = taux de rendement moyen du capital beta = rapport capital/revenu. Alpha = part du capital dans le revenu national, en fait cette égalité est une identité, toujours
vraie par construction Notons qu'ici Piketty utilise
le terme capital et non patrimoine. Même si de mon point de vue de
scientifique cette formule ne constitue pas une loi elle va servir à l'auteur
pour décrire l'évolution du capital à travers les âges et l'espace. Il note
quand même que c'est une tautologie mais cela ne l'empêche pas d'en faire un
grand usage qui n'est en fait que le rapport que ces valeurs entretiennent
entre elles sans dégager des lignes de forces qui découleraient de cette
« loi ». Au passage, il note que r (taux
de rendement moyen du capital) est la
base de l'analyse marxiste, avec la baisse tendancielle du taux de profit
dont il ajoute que c'est une prédiction historique erronée. En
fait ces deux affirmations sont fausses. Le r pikettien n'est pas le taux de profit, il englobe tous les revenus du
patrimoine quelles que soit leur forme juridique, y compris donc celui des
livrets de caisse d’épargne! D'autre part Marx indique que la baisse
tendancielle du taux de profit est précisément tendancielle ce qui est loin
de la vision qu'en donne Piketty qui laisse à croire que pour Marx cette
baisse n'aurait ni contre tendances ni « accidents » et selon une
courbe régulière conduirait à la mort « thermique » du
capitalisme. Je vous renvoie au livre III du Capital où Marx développe
longuement, entre autres, ces contre-tendances et accidents. Le fait que Piketty prenne en
compte le taux de rendement du capital est directement lié à sa définition du
capital. Il mélange ainsi le taux de profit et les plus-values boursières ou
immobilières, il mélange donc le capital qui se valorise dans la production
et l'argent investi dans les opérations purement spéculatives. Mais,
au fond, tout cela ne refléterait-il pas la croissance des capitaux cherchant
à se valoriser en dehors de la production par la spéculation ? Notons que ces énormes capitaux
qui s'investissent dans la spéculation n'apportent pas un iota ni de
biens marchands ni de services utiles à la population. Ils pèsent sur le prix
d'achat des matières premières, des immeubles..., ils alimentent les bulles
financières et la crise. Pour en terminer avec cette
partie, je voudrais souligner la légèreté Pikettiéne quant à l'analyse de la
répartition mondiale du revenu et des facteurs de convergence qui peuvent les
rapprocher. Ainsi, écrit-il en parlant de la domination économique des pays
pauvres par les plus riches : «&nbsnbsp; En principe, ce mécanisme
par lequel les pays riches possèdent une partie des pays pauvres peut avoir
des effets vertueux en terme de convergence ». Les pays qui ont subi
la domination coloniale et subissent la domination néo-coloniale
apprécieront. Cela est à l'opposé de la réalité sociale et économique de
nombreux pays pauvres dont la libération de la domination impérialiste est
plus que douloureuse et meurtrière. Il est vrai que pour
Piketty page 144: « L'histoire du
développement économique est d'abord celle de la diversification des modes de vie et des types de biens et
services produits et consommés ». Sans
rire ! LA
DYNAMIQUE DU RAPPORT CAPITAL/REVENU (deuxième partie) Dans cette partie, l'auteur
s'attache à décrire ce qu'il appelle : « les métamorphoses
du capital ». En particulier en France et en Angleterre, il note, à
juste titre, l'évolution du capital terrien vers le capital immobilier et
industriel. Les guerres, la colonisation, l'esclavage puis la décolonisation
ont joué un rôle important dans ces processus. Il affirme page
190 : « Le capital avait en grande partie disparu au milieu du
XXe siècle. Ce sont les guerres qui au XXe siècle ont fait table rase
du passé et ont donné l'illusion d'un dépassement structurel du capitalisme ».
J'avoue ne pas saisir ce que l'auteur a en vue au travers de cette
affirmation si ce n'est qu'il confond volontairement ? rente et capital.
Mais la précision ne semble pas la vertu essentielle du contenu de ce livre. Page
202, en constatant que l'Etat joue un rôle important
dans le processus d'accumulation du capital et des patrimoines et que
l'essentiel du patrimoine est privé l'auteur fait une découverte importante
qu'il résume ainsi : « La France comme le Royaume Uni ont
toujours été des pays fondés sur la propriété privée, et n'ont jamais
expérimenté le communisme de type soviétique ». Selon lui, l'analyse du rôle de
la dette dans l'accumulation du capital au XIXe et XXe siècle aboutit à des
résultats opposés avec au XIXe une dette publique qui renforce les
patrimoines par un rapport positif des emprunts tandis qu'elle les liquide
par l'inflation après 1945. Revenant sur cette idée que
l'après guerre est marquée par une France d'un capitalisme sans capitalistes,
il note que les nationalisations de 1945 ont conduit à un rôle renforcé de
l'Etat, ce qui est une évidence. Cependant, l'auteur ne s'attarde pas à
analyser le pourquoi politique de cette situation et le rôle que les Etats
ont joué et jouent pour permettre la constitution de monopoles capables de
s'inscrire dans la nouvelle concurrence mondiale dans les rapports de force
issus de la guerre et de la défaite du camp socialiste. Ce serait d'autant
plus intéressant qu'à côté et en concurrence avec la triade USA, UE et Japon
émergent des forces étatiques capitalistes nouvelles que l'on nomme de
l'acronyme BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L'examen de la situation en
Allemagne et en Amérique lui donne l'occasion de montrer les différences dans
les processus d'accumulation avec, en Allemagne, les caractéristiques d'un
capitalisme dit Rhénan détenu en partie par les salariés, les régions et les
associations et qui assurerait une plus grande stabilité du capital. Or, si
cette vision des choses est conforme à la réalité dans le domaine des
Entreprises de Tailles Intermédiaires (ETI), ce n'est pas le cas du grand
capital monopoliste industriel et financier. Ainsi, le rôle des grands trusts
allemands de la chimie, de la métallurgie, de la finance...n'est pas évoqué par
Piketty. Il admet que la concurrence exacerbée entre les
puissances européennes est à l'origine de la grande guerre 1914-18 mais ne
met pas en cause les monopoles et il se
croit obligé d'ajouter qu'il n'est pas besoin d'être
d'accord avec Lénine pour arriver à une telle conclusion. Piketty en vient alors à ce
qu'il nomme page 262 la deuxième loi fondamentale du
capitalisme : Beta = s/g Beta = capital/revenu s = taux d'épargne g = taux de croissance Page 266 cette loi qui
devient : « une égalité comptable » doit être
étudiée sur une longue période et décrit un processus dynamique de
l'accumulation. En étudiant les variations de beta, l'auteur conclut qu'après une grande dépression due à la guerre,
depuis 1970 les patrimoines se sont reconstitués et se reconstituent encore.
Depuis 1970, on assiste selon l'auteur à : « l'émergence
d'un nouveau capitalisme patrimonial » et cela sur la base d'une
croissance faible au dénominateur ce qui mathématiquement fait croître le
beta tandis que le taux d'épargne reste élevé du fait du transfert de la
richesse publique vers le privé par les privatisations et le rattrapage des
prix des actifs immobiliers et boursiers. Tout cela est évidemment en
rapport avec une politique favorable au capital. Une remarque au passage sur
l'expression : « capitalisme patrimonial ». Si
capital et patrimoine sont des synonymes parfaits que peut signifier cette
expression qui pourrait aussi se nommer : « capitalisme
capitaliste ou patrimoine patrimonial ou
encore patrimoine capitaliste ». On mesure bien la confusion
qui préside à ce tour de passe passe qui a consisté à confondre capital et
patrimoine ! Une question émerge page
303 sur qui possède qui ou quoi, certains pays ne se
retrouvent-ils pas possédés par les autres ? A l'heure d'une « mondialisation »
généralisée cette question est évidemment pertinente. Piketty affirme que
chaque pays est en grande partie possédé par les autres et
que : « Les actifs et passifs financiers ont progressé
encore plus fortement que la valeur nette des patrimoines. Cela rend compte
du développement sans précédent des participations croisées entre sociétés
financières et non financières d'un même pays et entre pays, cela est très
marqué pour les pays européens ». C'est une question intéressante
qui recouvre la réalité de l'impérialisme mais qu'il n'analyse pas. Piketty se penche ensuite sur la
question du partage capital/travail au XXIe siècle. Après avoir constaté les
fluctuations dans le partage capital/travail au cours du temps sur la base de
l'équation alpha = r x beta, dont il déduit la part du capital et du travail dans le revenu
national, il conclut à la remontée de la part du capital depuis 1970 et la
stabilisation à partir de 1990. Cependant, ce calcul pose un sérieux problème
car le partage ainsi effectué ne dit rien sur
la réalité de la part des salaires dans la valeur produite, ni sur les
profits capitalistes ni sur le prix de la force de travail et sur le degré
d'exploitation du travail salarié. Piketty introduit deux notions : Le taux de rendement moyen du capital r La notion de productivité marginale du capital
(PMC) Le taux de rendement moyen du capital r C'est une construction
abstraite d'éléments et de rendements disparates (actions 7%, actifs divers
4%, immobilier 4%, compte épargne 1,5%....) le taux de rendement moyen ainsi
calculé agrège des placements disparates et noie les profits capitalistes
liés à la mise en mouvement du capital dans la production des marchandises et
des services et ceux liés à la spéculation. La notion de productivité marginale du capital
(PMC) Cette PMC est définie par la valeur de la
production additionnelle apportée par une unité de capital supplémentaire.
C'est une définition identique qui prévaut pour la productivité marginale du
travail PML. En fait, ces PMC et PML servent à calculer la quantité optimale
de capital et de travail nécessaire à la réalisation d'une plus-value
maximale. le résultat Productivité Marginale du Travail est à la base de
tous les travaux expliquant le chômage par le niveau trop élevé des salaires
(voir le livre de Laurent Cordonnier « Pas de pitié pour les gueux ! »). PMC et PML reliées à la productivité du travail et du
capital justifient la thèse des
économistes orthodoxes : il n'y a pas de conflits possibles dans le
partage de la valeur ajoutée entre travailleurs et détenteurs de capital,
puisque le profit n'est que la simple rémunération de la productivité du
capital et du travail. Autrement dit, PMC et PML justifient que le libre-jeu
des marchés ne fasse que rémunérer travailleurs et détenteurs de capital
à leur « juste niveau », celui de leur productivité. Piketty critique, à juste titre, ces notions basées sur la
théorie de Cobb-Douglas. Il estime page 344 que la conclusion à laquelle
elles mènent d'une stabilité dans le partage capital/travail : « donne
une vision relativement apaisée et harmonieuse de l'ordre social. Elle peut
se conjuguer avec une inégalité extrême de la propriété du capital et de la
répartition des revenus ».
S'il n'en tire aucune conclusion claire il profite de l'occasion pour se démarquer une
fois de plus de l'analyse marxiste. Ainsi, il revient sur cette notion fondamentale de « baisse tendancielle du taux de
profit », pour pointer que dans l'approche de Marx (dont il
affirme : « que sa prose n'est pas toujours limpide » !
sous-entendu que celle de Piketty l'est), l'accumulation infinie qu'il
prévoit ne tiendrait pas compte des progrès de la technologie qui favorisent
un accroissement de la productivité et donc « équilibre » le
processus d'accumulation du capital. Sans
cela, affirme l'auteur la prédiction
de Marx conduit à la guerre et ou à imposer au travail une part plus faible
du revenu national et aurait pour conséquence la révolution. Faire
dire à Marx ce qu'il ne dit pas ou tordre ses propos sont donc une démarche
permanente chez Piketty! Nous verrons que c'est aussi un des enjeux politique
de ce travail. De plus Piketty semble ignorer le monde réel, celui des
affrontements inter-impérialistes pour le partage et repartage du monde, la
conquête d'espaces, de ressources, de marchés nouveaux et de force de travail
à exploiter. Il semble aussi ignorer les politiques menées pour faire baisser
le prix de la force de travail et augmenter l'exploitation du salariat. D'autre part, la baisse tendancielle du taux de profit ne dit
pas que les profits diminuent en valeur absolue au contraire, ils augmentent.
La lutte des classes au XXIe siècle est nourrie par ces réalités que la prose
Pykettiène ne saurait évacuer. Ce n'est pas en concluant cette partie par
l'affirmation que : « La croissance moderne (productivité
et connaissance) a permis d'éviter
l'apocalypse marxiste et d'équilibrer le processus d'accumulation du capital,
mais sans en modifier la structure profonde » que Pyketti nous
convaincra de la valeur de son argumentation. LA
STRUCTURE DES INEGALITES (troisième partie) Cette partie ne manque pas d'intérêt quant à la description des
inégalités, je veux simplement souligner les aspects les plus saillants et
discuter quelques questions de méthodologie. C'est sur la question de la définition du concept de classe que
Piketty se donne le plus de mal pour expliquer son point de vue. Il s'agit
d'une question capitale. L'auteur affirme, justement, que les définitions
dans ce domaine ne sont pas anodines. En considérant, que toute
représentation des inégalités fondée sur un nombre de catégories limitées est
voué au schématisme puisque la réalité sociale est, selon lui, une
répartition continue, il va taire la réalité de classe pour s'en tenir à une
catégorisation par déciles et centiles de revenus du capital et/ou du
travail. Il s'agit là d'un point fondamental. En effet, s'en tenir à une
vision statistique à partir des revenus gomme la place des uns et des autres
dans les rapports sociaux et en particulier dans les rapports d'exploitation
à la base du système capitaliste lui-même. Nier la division de la société en
classes et en particulier en classes antagoniques, revient à accepter cette
division et donc à faire du capitalisme l'horizon indépassable de l'histoire
des rapports sociaux et dans le meilleur des cas, ce à quoi Piketty se
rattache, préconiser, nous le verrons plus tard, une humanisation du
capitalisme si tant est que ce soit possible compte-tenu de la nature même de
ce système. Dans ces conditions, Piketty en reste à une vision de la pensée
économique classique et néo-classique de l'émergence d'une «classe moyenne
patrimoniale » et pourquoi pas, selon ses synonymes parfaits que
sont capital et patrimoine une « classe moyenne capitaliste ».
Il affirme page 410 que cette innovation majeure du 21e siècle
constitue la principale transformation de la répartition des richesses au XXe
siècle. Il ajoute que cette classe moyenne a permis une transformation
profonde de la structure sociale et politique. Ce qui est pour le moins une
affirmation audacieuse car les couches qu'ils nomment moyennes n'ont pas le
pouvoir qui est bel et bien confisqué par le grand capital, et comme il le
précise lui-même n'ont arraché que des miettes. A la question : « Le XXIe siècle sera-t-il
encore plus inégalitaire que le XIXe ? », il répond page
598 : « Il est illusoire d'imaginer qu'il existe dans la
structure de la croissance moderne ou dans les lois de l'économie de marché,
des forces de convergence menant naturellement à une réduction des inégalités
patrimoniales ou à une harmonieuse stabilisation ». Cette remarque
après de longs développements sur la croissance des inégalités devrait amener
l'auteur à s'inquiéter des causes profondes de cette situation. Il n'en est
rien et l'auteur note même page 613 : « Pour des
raisons technologiques, le capital joue toujours aujourd'hui un rôle central
dans le processus de production et donc dans la vie sociale ». On ne
peut pas plus clairement choisir son camp ! Pourquoi, se référer à des
raisons technologiques alors que le capitalisme ne met en œuvre les sciences
et les technologies que si elles entrent dans une stratégie propre à son
développement. Les raisons sont en fait d'ordre économique et politique. A partir de là Piketty va s'activer pour justifier ce choix.
Comment justifier les inégalités et les baser sur un principe rationnel
acceptable par la société. Les pages 671-672 et 674 sont éclairantes
de ce point de vue. Il reprend le raisonnement politique, celui de la
déclaration des droits de l'homme, qui est le fondement de l'émergence de la
domination de la classe bourgeoise capitaliste. « En démocratie, pour
sortir de la contradiction de l'égalité proclamée et des inégalités réelles,
il est vital que les inégalités découlent de principes rationnels et universels.
Les inégalités se doivent donc d'être justes et utiles à tous ».
Puis pour bien se faire comprendre, il ajoute page 674
: « A partir du moment ou le capital joue un rôle utile dans le
processus de production, il est naturel qu'il ait un rendement ».
Cette thèse rappelle les efforts des néo-keynésiens pour préconiser un calcul
du coût du travail et un du coût du capital et un autre partage des
richesses, sans toucher évidemment au système capitaliste lui-même. Cette
démarche alimente même aujourd'hui la pensée théorique des confédérations
syndicales en France et dans l'Union Européenne. Se mettre du côté du capital n'empêche pas la lucidité de
Piketty, puisqu'il s'interroge sur l'évolution de la progression des
inégalités dans les termes suivants page 685 : « Les
forces de la mondialisation financière ne risquent-elles pas de conduire dans
les siècles qui s'ouvrent à une concentration du capital encore plus forte
que toutes celles observées dans le passé, à moins que ce ne soit déjà le
cas ? ». On serait tenté de dire qu'attendre 685 pages pour une
telle observation met à rude épreuve les nerfs du lecteur, mais on peut aussi
faire observer à Piketty qu'une lecture un tant soit peu attentive de Marx
l'aurait convaincu que loin d'une vision apocalyptique Marx avait bel et bien
prévu ce phénomène de concentration du capital et que Lénine en a rajouté une
couche en décrivant la formation d'une phase impérialiste liée à la fusion du
capital financier et industriel dans la constitution de monopoles. Réalités et
phénomènes qui se sont indéniablement accélérés dans les dernières décennies. Face à cette dynamique de concentration du capital Piketty en
vient page 701 à sa proposition centrale, celle d'un impôt
progressif sur le capital au niveau mondial pour permettre de contrecarrer
efficacement cette dynamique. Pour atténuer le « choc » de cette perspective,
il affirme que : « si justifiées (par quoi?) soient-elles
au départ, les fortunes se multiplient parfois au delà de toute limite
et de toute justification rationnelle possible en terme d'utilité sociale ».
Nous sommes en pleine moralisation et la suite va montrer les limites de la
hardiesse Pikettienne ! REGULER LE
CAPITAL AU XXIe SIECLE (quatrième partie) Page 751 reprenant l'idée de la nécessité d'un
dépassement du capitalisme pour le réguler avant qu'une grande
catastrophe arrive, Piketty pose la question suivante page 752
: « Quelles institutions politiques pourraient permettre de
réguler de façon à la fois juste et efficace le capitalisme patrimonial mondialisé
du siècle ?». Cette question renvoie à celle de : « quel
Etat social pour le XXIe siècle » et plus précisément « au
rôle de la puissance publique dans la production et la répartition des
richesses et la construction d'un Etat social adapté au XXIe siècle ».
Au delà de ce qui apparaît comme frappé au coin des bonnes
intentions : « moderniser l'Etat social et non le
démanteler » on retrouve tout le discours actuel sur la réforme,
dont le contenu est clairement orienté dans le sens des intérêts du grand capital,
il n'y a qu'à voir le contenu de la loi de modernisation dite loi Macron qui
sous couvert de modernité liquide des pans entiers des conquêtes sociales des
salariés. Dans cette « modernisation » il est facile de
retrouver les thèmes en vogue : Mixité public/privé réforme des retraites dont il admet comme les gouvernements
successifs qu'elles doivent rester par répartition, mais dont il faut
allonger la durée de cotisation et modifier les bases du calcul. Rien
d'original en somme !!! Plus d'Europe économique et politique Devant les dérèglements qu'il juge néfastes au maintien de
l'ordre social Piketty insiste lourdement sur la question de la fiscalité. Et
reprend son idée d'un impôt mondial sur le capital. Cependant, en mesurant la
difficulté et l'absence de crédibilité d'une telle proposition quand on sait
les sommes englouties dans les paradis fiscaux et la complexité des
mécanismes bancaires visant à épargner aux entreprises le paiement de
l'impôt, Piketty en vient à considérer sa propre proposition comme illusoire,
comme l'est de la même façon la fameuse taxe Tobbin chère aux réformistes
politiques. Dans ces conditions, il en profite pour glisser sur le terrain du
plus d'Europe nécessaire selon lui pour arriver à réguler le capital. Il ne
se pose évidemment pas la question de la nature de la construction
européenne, celle d'un ensemble impérialiste au service des monopoles ce dont
les Peuples font la douloureuse expérience. Sur l'impôt encore, Piketty page 840 lui attribue un
objectif de transparence démocratique et financière. Il affirme que cet impôt
mondial serait modeste en terme de recette. Il n'est pas conçu dit-il
pour : « Financer l'Etat social mais pour réguler le
capitalisme ». Les capitalistes doivent être morts de peur devant
une telle perspective ! La dernière partie est consacrée à la question de la dette. Une
occasion pour élaborer une grande explication sur la nécessité de donner un
Etat à l'Euro, lui qui est la seule monnaie sans Etat. Il s'agit en clair
d'un plaidoyer pour une Europe fédérale en créant : « un
parlement budgétaire de la zone Euro ». Cette Europe serait donc
nécessairement complètement intégrée sur le plan politique. Pour terminer vraiment mais in « cauda venenum »,
Piketty affirme que le « marché et le vote ne sont que deux façons
polaires d'organiser les décisions collectives » et pour faire bonne
mesure réformatrice il ajoute page 940 : « Pour que
la démocratie parvienne un jour à reprendre le contrôle du capitalisme, il
faut d'abord partir du principe que les formes concrètes de la démocratie et
du capitalisme sont encore et toujours à réinventer ». nous pouvons
mesurer dans cette affirmation le peu de chance d'aboutir d'une telle
démarche mais à vrai dire ce n'est pas l'objectif de Piketty ni de ses
commanditaires. Tout cela pose la question Pourquoi le livre de Piketty,
quels intérêts sert-il ? POURQUOI LE
LIVRE DE PIKETTY, QUELS INTERETS SERT-IL? Dans la crise profonde du
système capitaliste, dans la lutte acharnée que mène le capital pour rétablir
les taux de profits, les idéologues bourgeois conscients du rejet de leur
mesures politiques par une part croissante de la population sont à la
recherche d'un compromis social leur permettant de neutraliser la lutte de
classe ou de la dévoyer pour que in fine la domination du capital
demeure. Dans cette lutte, il faut à tout prix montrer qu'il n'y a pas
d'autre issue que celle d'accepter la loi du capital. Ainsi, faut-il
systématiquement déqualifier les analyses s'appuyant sur l'existence des
classes sociales et leur caractère antagonique dans le système capitaliste et
lui substituer une analyse en terme de groupes sociaux. Il faut aussi « purifier »
l'économie du politique et l'éloigner d'une analyse globale de la société et
de son mouvement. Il faut distinguer le rôle de
l'Etat de celui du capital, en donnant l'illusion que l'Etat est neutre, au
dessus de la mêlée. D'où les discours sur l'Etat stratège. Dans ces
conditions, Marx et les marxistes doivent être déconsidérés et renvoyés, au
mieux, aux rangs de doux rêveurs et au pire à ceux de théoriciens du « totalitarisme ».
Expurger la lutte des classes du paysage est évidemment une tâche ardue, mais
nécessaire du point de vue du capital. Cela nécessite de s'appuyer sur des
organisations sociales, en particulier syndicales et politiques, qui
pratiquent la collaboration de classe. C'est à cette impérieuse nécessité que
répond une demande de « théorisation » du mouvement de la
société du point de vue du capital bien entendu. C'est finalement le contenu
politique du livre de Piketty. Il livre une vision de la réalité, qu'il est
difficile d'ignorer, celle des inégalités, de leur pérennisation, une vision
de leur approfondissement en même temps que se concentre le capital. En même
temps, il nie toute réalité de classe et renvoie à des « solutions »
qui ne tiennent aucun compte de la réalité de l'exploitation capitaliste.
Dans ce sens le livre de Piketty est utile à un détournement politique visant
à justifier l'acceptation de la politique du capital. PLUS
FONDAMENTALEMENT, Y-A-T-IL UNE VOIE REFORMISTE POSSIBLE? Cette partie de mon exposé est
destinée à ouvrir un débat que je centrerai sur la question plus fondamentale
de la possibilité d'une voie réformiste visant à transformer et à moraliser
le capitalisme. Je donnerai mon point de vue
sans détour et je répondrai brutalement : « Non il n'y en a
pas » ! Mais disent certains, le rapport de force étant ce
qu'il est, une ligne de classe est-elle envisageable à court terme et
quel ressort utiliser pour reconstruire une conscience de classe du côté des
travailleurs ? Je vais tenter d'y répondre. Si nous analysons rapidement ce
qui se passe actuellement en Europe, nous mesurons bien l'impasse que
représente la recherche d'un compromis politique avec les forces du capital.
C'est l'expérience que fait le peuple grec quand son gouvernement affirme à
la fois défendre ses intérêts et se placer du point de vue de l'Europe et de
l'OTAN. Pour garder le pouvoir et maintenir le système d'exploitation
capitaliste, pour désarmer idéologiquement les travailleurs en masquant les
causes de la crise, Les classes bourgeoises en Europe recomposent en
permanence les forces politiques dites de droite ou de gauche. C'est d'autant
plus nécessaire que pour maintenir voire rétablir leurs taux de profit,
les capitalistes doivent pousser bien plus loin les reculs sociaux et
l'exploitation du travail salarié. Faire baisser le prix de la force de
travail et accroître l'exploitation des peuples est leur grand objectif,
celui qu’ils ne perdent jamais de vue. Cette recomposition des forces
politiques vise à aspirer et détourner le mécontentement généré par les
mesures antisociales prises par les gouvernements. Elle prend des formes
diverses suivant les pays. Cependant des caractéristiques communes sont à
noter. Ainsi, la division de la société en classes antagonistes (le salariat
exploité et le capital exploiteur) est remplacée par le concept de ceux « d'en
haut » et ceux « d'en bas ». Ce concept qui efface
les différences de classe est utilisé dans des formes diverses. Il en va de
même du capitalisme qui est baptisé du nouveau nom de « néo-libéralisme ».
Cette appellation a pour vertu d'épargner le système lui-même et s'il permet
de fustiger la « finance » il ne touche surtout pas à la
nature du capitalisme. Il est devenu de bon ton de condamner le « néolibéralisme »
et la finance et donc de laisser entendre que la crise n'est qu'une
dérégulation du capitalisme. En attaquant le « capitalisme néolibéral » toutes
ces forces rangent dans leur boîte à outils toute critique sur la nature
capitaliste et impérialiste de la construction européenne. Ce discours est
celui de toute la « gauche européenne », dite radicale ou
non. qui affirme la possibilité d'une réorientation de l'UE vers plus de
« social ». La nature impérialiste de l'UE est pourtant claire, les faits le
montrent abondamment. Sous l'égide de l'OTAN, les pays européens participent
à de véritables guerres de conquête et de destructions des nations :
Afghanistan, Yougoslavie, Ukraine, Libye, Irak, Syrie, soutien indéfectible à
l’État d'Israël, intervention en Afrique…... Soyons clair, sans une analyse rigoureuse de la nature
impérialiste de l'Union Européenne il n'est évidemment pas possible d'engager
la lutte contre le capitalisme lui-même. S'en tenir à des formules générales
comme la sortie de l'Euro et de l'Europe, sans s'attaquer à la nature
capitaliste de l'UE et des Etats qui la composent ne sert pas à autre chose
que d'être le miroir de la formule creuse de transformation de l'Europe en
Europe sociale. CONCLUSION Piketty perçoit et d'une
certaine façon met en lumière le degré de parasitisme du capitalisme. Cette situation de crise systémique exacerbe les affrontements inter-impéralistes pour le partage et le
repartage du monde. Elle entraîne des conflits armés menés par l'impérialisme
et dont les peuples font les frais. Cette situation est la cause des reculs
sociaux et démocratiques sans précédents, et menace la paix mondiale. Dans
ces conditions, l'impuissance de Piketty à proposer une issue autre que
l'aménagement du capitalisme par la fiscalité, l'éducation et la recherche,
discours récurrent des réformistes de tous bords, a quelque chose de
pathétique. Cet aménagement du capitalisme relève plus du rêve que de la
réalité. Il est irréaliste et l'expérience le montre tous les jours. Le seul réalisme, selon moi, à
partir de l'analyse des conditions de la lutte des classes, c'est la lutte
pour l'émancipation des travailleurs, et donc l'expropriation du capital. |
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