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COMMUNISTES |
N°404 Semaine du 18 au 24 mai 2015
17 mai 2015
19 mai, grève nationale des enseignants
Contre une réforme du collège encore
mieux au service du Capital
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La protestation des enseignants contre la réforme du collège prend de
l’ampleur et s’exprimera notamment lors de la journée de grève du 19 mai. Les enseignants en ont marre que
l’institution scolaire et le système capitaliste se déchargent sur eux de
leur responsabilité, marre de voir leurs conditions de travail se dégrader à
vitesse grand V avec celles d’études des élèves. Ils seront nombreux à faire grève ce 19 mai
pour entamer la lutte contre les mesures réactionnaires du gouvernement. La
lutte s’engage, c’st le seul moyen de faire reculer ce gouvernement dans
l’éducation nationale comme ailleurs. De quoi s’agit-il ? D’abord, il est important de comprendre que
la réforme s’inscrit totalement dans l’existant, qu’elle pérennise (comme la
loi de refondation de l’école) le socle commun et la politique des
gouvernements précédents. Techniquement, elle reprend des tas de dispositifs
de la réforme des lycées, organisée par Darcos. Le gouvernement, et en
particulier la ministre Najat Vallaud Belkacem en difficulté, tentent depuis
2012 de nous vendre l’idée qu’ils se préoccuperaient du bien être des élèves.
Mais les discours mensongers ne passent pas : comme l’ont fait la réforme des
rythmes scolaires et la refondation de l’Education Prioritaire, la réforme du
collège, si elle s’applique, dégradera les conditions d’étude des élèves et
les conditions de travail des enseignants. Et ce pour deux raisons déjà
valables pour les deux autres réformes : d’abord parce que le but est
idéologique, il faut continuer à faire de l’Ecole en général, un outil de
formatage des élèves et de fabrication des diplômés dont le patronat a besoin
(des emplois peu ou pas qualifiés, disait l’OCDE en 2005) et moins que jamais
un outil d’émancipation et de promotion collective ; ensuite parce que tous
les mensonges de la ministre et de ses porte-parole ne servent qu’à masquer
une réduction drastique des moyens. Réforme et continuité d’un système éducatif
au service du Capital Le collège est un élément important de la
scolarité. A la suite des évolutions positives de l’Ecole, après la guerre
dans la lignée du plan Langevin-Wallon, avec les innovations pédagogiques
apportées dans les années 60 et 70, peu à peu s’est bâti le collège unique.
Le résultat a été la massification de l’enseignement en France, mais jamais
les moyens (budgétaires et pédagogiques) qui lui ont été alloués, n’ont
permis de passer à la phase de démocratisation. Il n’a jamais été dans les
intentions des gouvernements successifs de faire en sorte que le collège
rompe avec la reproduction sociale et soit autre chose qu’un outil de tri
social et d’orientation subie en fin de 3ème, malgré les efforts des
personnels y travaillant. Pivot de notre système éducatif, il a contribué,
plus que d’autres pans de l’Ecole, à l’accroissement des inégalités sociales
et scolaires. La Réforme va directement dans ce sens. Les
modifications que la ministre propose modifient en réalité peu de choses. Le
projet entérine un collège "unique à deux vitesses", qui existe
déjà mais va s’ancrer un peu plus dans le monde réel. Une réforme inscrite
encore plus dans la logique de l’École du socle : la scolarité obligatoire
jusqu’à 16 ans est pensée comme une fin en soi pour une bonne partie des
élèves, celles et ceux qui ne maîtrisent que le socle. Pour ces élèves,
généralement issue-e-s des classes populaires, l’insertion professionnelle
rapide (chômage…) leur est promise, via l’enseignement professionnel, de
préférence en apprentissage, pour les autres, le lycée général et
technologique, propédeutique aux études longues. Une réforme inspirée du pire
des réformes des lycées, dont jamais le bilan n’a été tiré. Tri-annualisation
des horaires élèves sur les trois années du cycle 4 (de la 5e à la 3e ) comme
en bac professionnel, globalisations des horaires d’enseignement à effectifs
réduits, sans aucun fléchage disciplinaire, comme au lycée, création d’un
accompagnement personnalisé en classe entière… il s’agit d’imposer
l’autonomie des établissements qui est celle des chefs d’établissement. Le
bilan des réformes du lycée et de cette politique d’autonomie, c’est la
généralisation de la vision managériale de l’École et de la concurrence entre
les disciplines, entre les collègues, entre les établissements et entre les
élèves. La création de nouveaux sera un outil supplémentaire pour la mise en
œuvre de cette politique avec la création de hiérarchies intermédiaires. Le collège du socle commun Le socle commun, qui constitue plus que
jamais l’alpha et l’oméga du collège est à la fois un savoir maximal imposé
aux enfants des milieux populaires, à fond dans la logique de la transmission
des savoirs et une entrée massive des compétences patronales dans la formation.
Non que cette idée de compétences, issue de pédagogues progressistes, soit en
soi condamnable. Mais les compétences de l’école et du collège ne sont pas
des savoir-faire, ce sont des bribes vides de sens parce que non reliées à
d’autres, des atomes constituant un minimum de savoirs utilitaristes. Ce
collège du socle est un pan d’une Ecole de l’employabilité, d’une Ecole
minimaliste pour certains et l’accès au "Bac - 3 / Bac + 3" pour
d’autres et plus que jamais un lieu de la transmission aux élèves des valeurs
dominantes. Il est à craindre que le futur Diplôme National du Brevet (DNB)
amplifie la tendance constatée avec les nouveaux programmes, en conditionnant
sa validation à l’acquisition toute relative du socle sous forme d’exercices
type PISA dont la vision de l’École est imposée par l’OCDE. Enfin, la question des effectifs, enjeu
majeur d’une amélioration de l’École, n’est bien évidemment jamais abordée,
austérité oblige. Avec une annonce de 4 000 postes crées pour mettre en place
cette réforme du collège (soit environ 10 h par établissement), le ministère
est bien loin de la nécessaire relance budgétaire dont aurait tant besoin cet
échelon du système éducatif particulièrement maltraité par les gouvernements
successifs. Aujourd’hui, la France consacre autour de 6 % de son Revenu
Intérieur Brut (RIB) à l’Éducation. Ce chiffre est nettement inférieur à ceux
de l’Europe du Nord (autour de 7 %) dont les systèmes éducatifs ne cessent
d’être vantés par les médias. Sans moyen ni volonté de changer, une
dégradation amplifiée Comme cela n’a jamais été la volonté des
dirigeants politique de ce pays, le collège ne réduit toujours pas le nombre
d’élèves en grande difficulté, élèves issus surtout des milieux populaires.
Sans que le lien avec les difficultés économiques et sociales ne soit jamais
évoqué, ces élèves, prétexte à la réforme, sont paradoxalement les grands
oubliés de ce projet. Les noyer dans l’accompagnement personnalisé (le plus
souvent en classe entière) semble être la seule solution envisagée. Diminuer
le nombre d’élèves par classe, proposer de véritables moyens de remédiation à
la difficulté scolaire, rompre avec la vision élitiste de l’École et la
reproduction sociale avec une orientation choisie et plus subie, voilà des
pistes qui permettraient de réellement démocratiser le collège unique. Cela
demande des moyens en postes, en formation des personnels… Comme la droite l’a fait en son temps, la
gauche au pouvoir met en avant quelques dispositifs pédagogiques
intéressants, mais sans dire qu’ils ne seront jamais mis en place faute de
moyens ni que justement, ils servent de paravent à une baisse de ces mêmes
moyens. Pire, détournés, ces dispositifs vont créer des divisions et des
tensions (opposition de l’interdisciplinaire au disciplinaire, par exemple)
et provoquer la création de filières larvées et la relativisation du
caractère national des programmes, donc du collège unique. Avec cette réforme, les horaires
hebdomadaires du cycle 4 seront indicatifs. Le Conseil d’Administration
pourra donc modifier la grille de chaque niveau de classe dans la limite de
l’enveloppe globale disciplinaire prévue sur 3 ans et le respect de l’horaire
hebdomadaire maximal des élèves. De plus, mesure phare de la réforme, 20 %
des horaires enseignants seraient distribués par le chef d’établissement. Les
heures "marges professeurs", qui permettent d’enseigner à effectifs
réduits, sont largement insuffisantes, ce qui obligera à choisir entre
dédoublements et projets. Surtout, cette autonomie aggravera la concurrence
entre disciplines, entre collègues et entre établissements. Aux personnels la
gestion de la pénurie ! Les horaires diminuent et certaines
matières en font les frais. Quelques exemples : ― en 6ème les Sciences et la Technologie
fusionnent, prélude probable à la disparition de la Technologie ; ― les chefs d’établissement pourront
imposer la semestrialisation des heures d’arts plastiques et d’éducation
musicale ; ― l’option latin/grec ou langues
régionales, perd une heure : pour maintenir un enseignement de ces
disciplines, les heures devront être prises sur la marge heures professeurs,
au détriment des heures à effectifs réduits, entraînant davantage la
concurrence entre disciplines ; le risque est que, seuls, pourront y accéder
les élèves les plus favorisés socialement, qui ont moins besoin de
dédoublements. Quelques discours et fausses controverses
dont il faut se méfier Il y a d’abord le discours du ministre que
l’on peut résumer en « la réforme permet des dispositifs pédagogiques
innovants et l’autonomie des équipes qui pourront enfin réaliser leurs
projets ». Ce discours est relayé par son contraire. Les media au service du
Capital (est-il besoin de le préciser ?) font passer l’idée d’un camp des
pédagogues progressistes avec le PS et d’un camp des
"Réacspublicains" qui défendent les vieilles recettes, l’Ecole de
la République et le bon vieux temps de la discipline et de Jules Ferry à
grand renfort de tribunes libres et de paroles d’experts. La controverse
serait celle-là. C’est absolument faux. Les tenants de la réaction, qui se
battent pour la fin du collège unique, n’ont pas une démarche différente de
celle des gens au service du gouvernement. Les uns comme les autres sont pour
l’Ecole (et le collège donc) de l’existant, avec des nuances et des faux
débats pour ne pas parler de l’essentiel. « Comment le collège peut-il favoriser la
promotion collective ? Comment peut-il émanciper les élèves de la tutelle et
du formatage de l’Etat capitaliste ? » Ni les uns ni les autres ne parlent de
cela. Quant à croire que Najat Vallaud Belkacem et les quelques doctes
universitaires poussiéreux qui la soutiennent seraient adeptes d’une
pédagogie progressiste, quelle blague ! Ainsi en trente ans la réflexion
pédagogique moyenne est passée de quelque chose ancré sur une vision du monde
et une critique acerbe du système éducatif à un échange de recettes de
cuisine. Rien de tout cela ne permettra de changer quoi que ce soit aux
difficultés rencontrées par les élèves. Quant à l’autonomie des équipes,
parlons-en. Là encore, media et ministère entretiennent la confusion entre
celle des établissements ou des chefs d’établissement, et la liberté
pédagogique des personnels. Il ne s’agit que de technique managériale, de
généraliser la concurrence, de doter financièrement les gentils enseignants
et de fragiliser encore plus le caractère national des formations et des
diplômes. Cela n’a pas fait l’objet de critiques de la part des tenants de
l’Ecole d’avant, des adeptes bibliques du « Il faut souffrir pour apprendre
». Nous terminerons en évoquant la fausse
controverse sur les programmes d’histoire. Partons de cet extrait d’une
tribune libre diffusée dans le Monde émanant d’universitaires tentant
péniblement de développer les arguments mécaniques du PS. « Il faut n'avoir
pas mis les pieds depuis très longtemps dans une salle de classe pour croire
que ce qui se joue dans un cours d'histoire est de l'ordre de l'adhésion à la
nation (…) N'en déplaise à beaucoup, il y a longtemps que l'inculcation du
patriotisme n'est plus la mission première de l'école républicaine. Les
enseignants d'histoire-géographie n'ont pas pour vocation de fabriquer la
loyauté nationale de leurs élèves, quand bien même ils le pourraient, mais de
les aider à se construire comme de futurs citoyens, c'est-à-dire comme des
libres acteurs du présent et du futur à partir d'une connaissance critique du
passé. » L’idée est de faire croire qu'il s'agit de
choisir entre une histoire fléchée, enfermée dans la célébration d'un génie
national exclusif, vectrice d'une fierté patriotique qui a tôt fait de
dégénérer en nationalisme mortifère et, d'un autre côté, une histoire
plurielle et déconstruite, qui serait porteuse d'un universalisme humaniste.
Or faire connaître l'histoire, ce n'est pas livrer un récit mythifié, une
légende dorée. Bien au contraire, c'est offrir les éléments pluriels de
compréhension du passé, sans a priori, sans anachronismes, permettant de
reconstituer une chronologie qui ait du sens. Cette connaissance du passé
commun est l'élément indispensable d'un projet éducatif. Or, ce n’est pas du
tout ce qui se passe avec les programmes d’histoire depuis une trentaine
d’année. Qu’on en finisse avec le roman national de l’Ecole de la IIIème
République que défendent la plupart des opposants réactionnaires à la
réforme, nous ne dirons pas le contraire à Communistes. Mais, ce qui se passe
depuis la fin des années 80, c’est seulement qu’on a remplacé ce roman par un
autre. La place de Charlemagne dans les nouveaux programmes du collège a pour
but de nous faire passer de "nos ancêtres les Gaulois" à "Nos
ancêtres les Européens". L’enseignement, de plus en plus appuyé, depuis
2005, du fait religieux sert de corollaire à la volonté de faire regagner du
terrain aux religions et particulièrement aux monothéistes. Ainsi depuis des
années le programme d’histoire de 6ème fait la part belle à la Bible et au
christianisme universel de Constantin, celui de 5ème à l’orthodoxie byzantine
et à l’Islam arabe. Est-ce cela qui permet de « se construire comme futurs
citoyens » ? Peut-on vraiment croire que le PS veut se démarquer du
"roman national" quand avec leur éducation morale et la mise au garde
à vous de tout le monde après le 11 janvier, ils nous bassinent avec les
Valeurs de la République (du capitalisme, bien sûr) que l’Ecole doit
transmettre ? Enfin, les tenants d’un camp comme de
l’autre sont favorables à une vision de l’histoire neutraliste, celle des
torts partagés pour la guerre d’Algérie, sans option philosophique de
condamnation a priori du colonialisme, et ne disent rien sur les mensonges
officiels débités depuis des années, par exemple sur l’histoire de la 2ème
guerre mondiale dans laquelle les manuels ne voient en Hitler qu’un fou, en
la guerre qu’une problématique liée à l’extermination des juifs, en la
libération qu’une réalisation de l’armée impérialiste des USA. Avec ou sans
la réforme, il est urgent de changer de fond en comble les programmes et
l’enseignement de l’Histoire. Le collège et plus globalement l’Ecole telle qu’elle existe est un outil
au service du Capital, comme, par exemple, l’Union Européenne. Les rapports
de force internes et externes lui ont permis d’évoluer positivement de 1945
jusqu’au milieu des années 1980. Depuis, c’est régression à tous les étages.
L’existant est certes toujours moins mauvais que la nouvelle réforme, mais il
devient de plus en plus difficile à défendre. Le collège actuel accroit les
différences sociales. Ce n’est pas parce que certains défenseurs (et
opposants réactionnaires) le disent aujourd’hui qu’il faut le nier. Mais les
uns et les autres oublient de dire que l’Ecole a toujours reproduit ou accru
les différences sociales, que c’est inhérent au système capitaliste. Nulle
réforme dans le cadre de cette école, de ce collège ne pourra inverser les
choses. Ce qu’il faut c’est tout changer, construire une école et un collège
au service du peuple. Lire, enregistrer et/ou imprimer cet
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