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N°72  Semaine 25 au 31 août 2008

 

Caucase : la paix mondiale menacée

Ce qui se passe depuis plusieurs semaines dans le Caucase illustre parfaitement le monde dans lequel nous vivons. Il s’agit d’un nouvel épisode de la lutte entre impérialismes rivaux, d’une nouvelle tentative de l’impérialisme US, qui est, pour le moment, dominant, de marquer des points contre l’impérialisme russe, de la même manière que l’affaire du Tibet illustrait sa volonté d’en marquer contre l’impérialisme chinois.

 

Comme d’habitude les médias des grands pays capitalistes d’Europe de l’Ouest font tout pour brouiller la compréhension des événements. Ils refusent   de nous donner les informations essentielles qui permettent une analyse. Ce n’est ni nouveau ni surprenant, tant il est désormais évident que journaliste signifie «homme qui diffuse l’idéologie du capital». Nous allons donc essayer d’apporter ces éléments que l’on nous cache.

 

Le saviez-vous ?

Voyons un peu quelques exemples.

La soi disant «révolution des roses» qui a porté au pouvoir, il y a six ans le président géorgien Saakachvili, a été conduite de bout en bout et surtout financée par l’Open Society Institute dirigé par le milliardaire américain Georges Soros, qui avait organisé de la même manière le renversement du président Milosevic en Serbie et la «révolution orange» en Ukraine. Bien entendu, tout cela s’est fait avec la collaboration active de la CIA. Notons au passage que ce grand capitaliste US est membre du parti démocrate, et contribue au financement de la campagne d’Obama.

 

Saakachvili, était, il y a encore sept ans, citoyen heureux des USA, le seul pays dans lequel il avait vécu jusqu’alors et avocat inscrit au barreau de New York. Un groupe israélien possède déjà des intérêts importants dans un des oléoducs de la région qui pourrait dans le futur être prolongé de la Turquie afin d'acheminer le pétrole jusqu'au port méditerranéen d'Ashkelon.

 

Au début du mois de juillet, les deux dernières bases militaires russes en Géorgie ont été fermées et à la fin du même mois, l’armée géorgienne truffée de « conseillers militaires » US et israéliens a entamé des manœuvres militaires communes avec l’OTAN. Il y a eu en particulier des manœuvres communes des flottes dans le port de Poti, le 2 août, port dont nos medias regrettent profondément la destruction partielle, laquelle, comme il manque cette information essentielle, paraît seulement justifiée par la méchanceté de l’ours russe.

 

On pourrait aligner ainsi longtemps les informations. Contentons nous d’en conclure que l’agression contre l’Ossétie du Sud a été préparée depuis deux mois et que  Saakachvili n’aurait jamais osé se lancer dans ce conflit s’il n’avait pas eu l’aval de ses maîtres yankees.

 

Encore le pétrole !!!

Quelles sont les raisons des capitalistes US ? Quel est leur intérêt dans le Caucase ?

Le premier élément est directement économique : la mer Caspienne recèle des quantités astronomiques de pétrole et de gaz naturel, pour ce qui est du pétrole, comparables au moins aux réserves de l’Iran et du Koweït. Les deux gigantesques gisements de pétrole sont situés l’un au nord-ouest, en territoire kazakh, un pays plutôt en bons termes avec la Russie, et l’autre à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, lequel a basculé dans l’orbite US. Sur une carte du Caucase, on voit, à l’est l’Azerbaïdjan, adossé à la Caspienne, et à l’ouest, la Géorgie, qui fait frontière avec lui et borde la mer Noire.

 

Depuis la fin de l’URSS, l’accès à ces réserves, qui avaient constitué une ressource-clé pour la création et la vie de la première économie socialiste du monde, est «ouvert au marché», comme ils disent. Les requins sont arrivés. Un consortium de onze importantes multinationales pétrolières, comprenant notamment Exxon, Chevron, Texaco et BP a installé des avant- postes en mer Caspienne. (Exxon, BP etc… Ce sont ces mêmes noms que nous avons évoqués à propos du Darfour, au Soudan). Il s’agit pour l’impérialisme US de contrôler les oléoducs, on dit pipeline en américain, qui acheminent ce pétrole de la mer Caspienne, qui est fermée, vers des endroits plus civilisés où on peut en prendre livraison. Jusqu’en 2005, un seul oléoduc existait ; construit du temps de l’URSS, il passe par la Russie. Il en existe désormais trois autres :

Deux d’entre eux relient Bakou à Tbilissi puis à des villes turques (le port de Ceyhan et Erzurum) autant dire qu’ils arrivent dans un pays qui ne saurait rien refuser aux multinationales. Ouverts en 2005 et 2007 ils appartiennent à la compagnie britannique BP. Notez que celui de Ceyhan transporte 20 % de l’approvisionnement en pétrole d’Israël.

Le troisième, que possèdent deux compagnies US, est le plus récent. Il passe plus au nord et aboutit au port géorgien de Supsa, sur la mer Noire ; il traverse l’Ossétie du Sud !!!

Qui contrôle les pipelines contrôlera finalement le pétrole et les classes dirigeantes US, européennes et israéliennes…   n’ont pas l’intention de laisser la Russie en profiter. Pire, ils veulent empêcher son émergence comme puissance impérialiste.

 

Une stratégie globale de domination du monde

Le second élément est de nature beaucoup plus stratégique, il s’agit de la lutte pour la domination de la planète. Ce scénario n’est pas nouveau. A l’aube du XXème siècle, les grandes puissances impérialistes se battaient déjà, souvent par colonie interposée, sur tous les continents pour dominer la planète. Ce conflit larvé s’est terminé, on le sait, par la première guerre mondiale. Depuis 1990 la disparition des pays socialistes et notamment de l’URSS, qui empêchait les impérialismes de se livrer à de tels combats, nous a ramenés un siècle en arrière. Même si les impérialismes sont différents de ceux d’avant 1914, l’histoire est la même.

 

Dans leur plan de domination du monde, les USA ont réfléchi depuis une vingtaine d’année au dépeçage de l’ancienne URSS. L’un d’entre eux, Zbigniew Brzezinski, qui fut conseiller du président démocrate Carter, avant d’être écouté du ministre républicain Rumsfeld, l’a dit et écrit sans ambage :

« Le super continent eurasiatique est l’axe du monde. Un pouvoir qui dominerait l’Eurasie exercerait une influence décisive sur les deux tiers des régions les plus économiquement productives, l’Europe de l’Ouest et l’est de l’Asie. »

 

Brzezinski a théorisé dès le début des années 90 la mode opératoire des impérialistes US. Entourer la Russie d’Etats tampons, qui mangent dans la main des USA. La première phase a consisté à installer des bases militaires dans d’anciennes républiques d’Asie centrale, avec des fortunes diverses : le Turkménistan et l’Ouzbékistan sont aux ordres de sa majesté, le Tadjikistan a toujours été beaucoup plus réservé et le Kirghizistan bloque aujourd’hui. La seconde phase fut la prise de contrôle de pays importants, situés à la frontière de la Russie : l’Azerbaïdjan et surtout, grâce à des soi-disant révolutions organisées comme nous l’avons dit précédemment, l’Ukraine et la Géorgie. Le Kirghizistan a déjà fait l’objet d’une tentative similaire, mais ça n’a pas fonctionné.

 

Diviser pour mieux régner

Un peu partout où ils interviennent politiquement ou militairement, les impérialistes US s’appliquent à casser certains Etats-nations existants. Il ne s’agit pas là de combattre seulement des rivaux réels ou potentiels, mais de mettre au pas tous les Etats qui, d’une manière ou d’une autre, n’appliquent pas la ligne de la liberté totale du marché. L’Irak, qui possédait, du temps du Baas, école et santé gratuites et énergie nationalisée l’a appris à ses dépens. Il est aujourd’hui clair que le but final des USA est de diviser en trois cet Etat. Le dépeçage de la Yougoslavie qui se poursuit avec la reconnaissance officielle de la mafia qui dirige le Kosovo par les diverses puissances impérialistes en est un autre exemple. Un plan de modification de la Russie en un état confédéré en trois parties (Russie d’Europe, Sibérie occidentale et centrale, Sibérie orientale) existe, proposé, évidemment par le stratège américain Brzezinski, voici ce qu’il en disait en 1997, ça ne date pas tout à fait d’hier.

 

« Une Russie confédérée et rendue souple, — composée d’une Russie européenne, d’une République de Sibérie et d’une République Extrême-orientale — tisserait plus facilement des liens avec ses voisins. Chacune des entités confédérées aurait la possibilité de développer son propre potentiel créatif, étouffé depuis des siècles par la lourde bureaucratie moscovite. D’autre part, une Russie décentralisée serait moins susceptible de nourrir des ambitions impériales. »

 

La conséquence de cette politique qui voudrait réserver les seules ambitions impérialistes aux USA, avec quelques miettes pour ses valets européens et israéliens, est la naissance ou l’exacerbation  des tensions entre les peuples qui vivaient ensemble. L’exemple de l’URSS est, à ce sujet, éloquent. Seul le régime socialiste permettait que les Ossètes, les Géorgiens, les Abkhazes, les Kazakhs et tous les autres vécussent ensemble. Le retour du «libre marché», c’est-à-dire des eaux glacées du calcul égoïste comme disait Marx, a fait naître ou réveillé des appétits qu’ont aiguisés les divers aventuriers envoyés depuis le «monde libre».  Le cas de Saakachvili n’est pas isolé, puisque la présidente lettone est issue d’une famille que sa collaboration avec les nazis avait contrainte à fuir chez les Britanniques et aux USA. La destruction de l’URSS, entre autres conséquences néfastes, a fait démarrer un processus qui empêche aujourd’hui la cohabitation des anciennes républiques, qui ont vécu côte à côte soixante-dix ans sans que, mis à part les fascistes ukrainiens ou baltes, personne ne veuille entrer en conflit avec le voisin différent.

 

La reconnaissance unilatérale de morceaux de l’ancienne Yougoslavie, dont certains n’ont jamais eu d’existence propre (Slovénie, Bosnie ou Kosovo) est également un pan de cette politique impérialiste, mais les USA et leurs larbins jouent là un jeu dangereux pour eux-mêmes : ils viennent de recevoir la réponse du berger à la bergère  avec la reconnaissance par la Russie des petites républiques caucasiennes.

 

La paix mondiale est en danger

Cette politique agressive des USA recèle de véritables dangers pour les peuples du monde. L’OTAN est désormais la principale menace qui pèse sur la paix mondiale, c’est un bras armé au service des ambitions US en Eurasie. Cette alliance militaire regroupe désormais 26 pays contre 16 en 1992. Ce sont essentiellement d’anciens pays socialistes d’Europe de l’Est devenus aujourd’hui  des colonies économiques des USA et des pays impérialistes d’Europe de l’Ouest.

 

Un sommet de l’OTAN s’est tenu à Bucarest en avril dernier. Le débat portait sur l’adhésion de l’Ukraine et la Géorgie, voulue par les USA mais refusée par nombre de pays ouest-européens qui voient le danger d’escalade militaire à leurs portes (Espagne, France, Italie, Belgique, Allemagne notamment). Par ailleurs ces pays sont aussi tributaires de la Russie, qui leur vend le gaz naturel à un prix raisonnable dans ce temps où la spéculation et la libre entreprise font grimper les prix du pétrole jusqu’à des sommets jamais atteints. Les intérêts des puissances dominantes de l’UE sont en réalité souvent en contradiction avec ceux des USA, mais il n’est pas question d’aller trop loin, la solidarité inter-impérialiste finit par prévaloir. Aussi, ces divergences n’empêchent-elles pas l’OTAN d’avancer. Les pays de l’OTAN ont fourni des armes à la Géorgie dans la période précédant l’agression contre l’Ossétie du Sud.

 

La Géorgie, tout en n’étant pas membre de l’OTAN, appartient à une alliance militaire avec ce consortium. Le risque maintenant est l’affrontement militaire direct entre la Russie et l’OTAN. Les USA se moquent bien de la souveraineté de la Géorgie et des dangers séparatistes que fait naître l’indépendance de l’Ossétie, ils veulent marquer des points, militairement s’il le faut, contre les Russes.

 

Le but du sommet d’avril de l’OTAN n’était pas seulement d’étudier les candidatures de l’Ukraine et de la Géorgie, mais d’étudier la diminution de l’accès à la mer Noire de la Russie. La République montagneuse d’Abkhazie borde cette mer, c’est un des objectifs immédiats de l’OTAN, et sans la raclée que l’armée géorgienne a prise, c’est là que se tiendraient aujourd’hui les combats.

 

Mais il y a un autre objectif, que personne n’évoque aujourd’hui, chez nos journalistes. La flotte russe de la mer Noire est basée en Crimée, à Sébastopol : c’est un reste de l’existence de l’URSS, suivi d’un accord entre l’Ukraine et la Russie. Cet accord ne porte que jusqu’en 2017. Le ministère ukrainien des affaires étrangères, tout dévoué à ses maîtres US, a averti que le terme de cet accord ne serait pas dépassé, au prétexte que la constitution ukrainienne ne permet pas le stationnement de troupes étrangères sur son territoire. Le but affirmé est donc de priver au maximum la Russie de  débouchés sur la mer Noire. Là encore, le risque de guerre est énorme. D’autant plus qu’il y a fort à parier que si l’Ukraine entre dans l’OTAN comme c’est envisagé, c’est la flotte US qui stationnera à Sébastopol, en dépit de la constitution ukrainienne.

 

Ne nous y trompons pas, le danger de guerre à l’échelle européenne est réel. La Russie ne se laissera pas dépecer ainsi, elle l’a prouvé en soutenant l’Ossétie. Tout ce qui se passe là-bas peut s’expliquer avec une brève formule de Brzezinski : « Il n’existe qu’une alternative : le leadership américain ou l’anarchie internationale. » C’est le fameux nouvel ordre mondial de Bush père, un ordre que l’on construit à coup d’ingérence dans la vie politique de pays indépendants, de guerres meurtrières, et de massacres, les Ossètes en savent quelque chose, comme les peuples yougoslaves, les Irakiens ou les Palestiniens. Cela met à nu la vérité et dément la propagande officielle qui indique que l’Union européenne aurait permis la paix en Europe. C’est l’URSS qui a permis cette paix et, depuis qu’elle n’existe plus, c’est la guerre en permanence à l’est de notre continent.

 

Les USA et l’OTAN hors du Caucase

Mais là, un pas pourrait être franchi si l’OTAN décidait d’accepter l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. En tant que pays membre de l’OTAN, nous serions alors en état de guerre avec la Russie. La position de «Communistes» est claire : nous sommes formellement opposés à cette adhésion.  Pour que la paix reprenne ses droits, nous exigeons que les militaires US et leurs sbires se retirent de cette région, qu’ils laissent le fantoche Saakachvili se débrouiller seul avec le peuple géorgien. Enfin, voilà une raison de plus, s’il en fallait une, pour demander le retrait de la France de l’OTAN, la principale menace pour la paix mondiale...

 

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