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N°78  Semaine du 13 au 19 octobre 2008

 

Tous coupables

Une morale de la coercition, de la dénonciation s’insinue dans nos vies de tous les jours. Toute une campagne vise à promouvoir la responsabilité des individus plutôt que celle de l’Etat et de la classe dominante. Cela se traduit par un flicage sans précédent sous des formes et dans des domaines les plus divers.

 

Les damnés de la route

On nous traite comme des enfants en instituant un permis à points et des radars dont le seul but est de constituer une manne pour l’Etat et les sociétés privées qui les gèrent. Les statistiques sont formelles : l’accident "moyen" a lieu sur le réseau secondaire à 90 km/h ou moins....L’état du réseau ? La qualité des revêtements ? La privatisation de l’Equipement ? Ces questions-là ne seront pas posées... Si la vitesse est responsable, ce qui n’est pas prouvé, pourquoi ne pas alors décider de brider tous les véhicules à 130 km/h ? Là encore, mauvaise question, il ne faut pas sortir des sentiers battus. Toute résistance est brocardée. Ainsi un article de presse vouait aux gémonies les automobilistes qui se préviennent de la présence de la maréchaussée par appel de phares, évoquant une "fausse solidarité". L’acte «citoyen» ici ne consiste pas à prévenir mais à laisser le dangereux criminel se faire prendre par la patrouille. On n’est pas loin de la délation.

 

Les comptes de la Sécurité sociale

Les fumeurs, tels les lépreux du Moyen Age, sont relégués hors de la cité. On les montre du doigt.

Plus largement, nous consommons trop de médicaments, comme ils disent, certaines maladies sont sous les feux de la rampe comme la dépression. Récemment, l’obésité est devenue une sorte de grande cause nationale. Là encore, tout est de la faute des souffrants. Quid de la responsabilité des industries agroalimentaires et de la grande distribution ?

 

On ne peut terminer à ce sujet sans évoquer les mensonges. En 25 ans, la part des salaires dans le PIB a chuté en France de 9,3 % soient 180 milliards, mettons-les au regard des 12 milliards du fameux déficit et l’on comprend tout de suite où est l’arnaque. Qui sait que les problèmes financiers de notre Sécurité sociale ne viennent pas de trop de dépenses de santé mais de trop peu de recettes, depuis que les patrons sont massivement exonérés et ne paient pas leurs cotisations ? La culpabilisation permet, dans ce domaine comme dans bien d’autres d’exonérer le capitalisme de ses responsabilités écrasantes.

 

Salauds de pauvres

Les plus démunis ne sont pas épargnés par notre morale bourgeoise. Les chômeurs doivent prouver leur bonne foi, comme s’ils se complaisaient dans leur état, ils sont contraints d’accepter n’importe quoi qui porte le nom d’emploi sans en être un. Nos bourgeois et leurs sbires qui se vantent tant d’incarner l’esprit des droits de l’Homme, organisent là la privation du libre-arbitre en bloquant les ressources. Pour les plus bas salaires et les RMI,  des « assistances » sont créées. Qui est responsable ? Pas la maigreur des salaires ou des indemnités, pas le patronat ni l’Etat, mais les victimes qui ne savent pas gérer leur budget. Des "assistantes sociales"  sont là pour veiller, non pas à ce que les salaires soient décents ni le logement, mais à ce que chacun applique la règle fixée par l’Etat bourgeois, si possible sans se plaindre.

 

La dictature écologique

Nous sommes tous coupables de l’Etat de la planète ; c’est le credo actuel des idéologues du Capital. Voilà un concept idéal puisque pas traversé par la lutte des classes.

D’abord, là aussi, le capitalisme est exempt de responsabilité. C’est l’Homme qui est coupable et surtout les salauds qui ne trient pas, ce ne sont pas de bons citoyens, dénonçons-les ! Les mots sont choisis : ce n’est pas le capitalisme industriel qui est en cause dans les déprédations, ce n’est pas la course aveugle au profit via les agro-carburants qui est responsable de la déforestation, c’est le productivisme. Nous produisons trop, nous consommons trop, on sent pointer la vieille morale chrétienne contre le gaspillage.

 

Le bon citoyen se déplace à vélo. Evidemment, des râleurs professionnels pourraient dire qu’il en a les moyens puisqu’il a suffisamment de revenus pour habiter Paris alors que les banlieusards qui n’ont pas le rond et pas toujours des transports en commun bien efficaces sont obligés de rouler en voiture. Mais, qu’on se rassure ; ils se gareront dans la capitale et paieront la dîme des parcmètres de Delanoë.

 

Les paysans aussi sont dans le collimateur. Entre celui qui fait le cobaye pour vivre et la multinationale Monsanto, José Bové et ses chevaliers blancs de l’écologie ont choisi. Ils attaquent le plus faible, se trompent au passage en détruisant du maïs non OGM, mais les actionnaires de Monsanto dorment tranquilles.

 

Il y a aussi le dernier label à la mode, le "Bio". Passons sur les impossibilités ; tous les scientifiques savent qu’un certain nombre de maladies des plantes les terrassent si on ne traite pas. On peut par exemple s’interroger sur certains produits "bio" de cet été, car une bonne partie du pays a été touchée par une épidémie de mildiou. On peut aussi se demander si certains pains "bio" des grandes surfaces correspondent bien à l’étiquette, étant parfois dépourvus de produits qui pourraient faire lever la pâte.

Le «citoyennisme»

Le mot citoyen est également en tête dans le hit-parade du vocabulaire de l’idéologie dominante. Dès l’école, on apprend les règles, on forme des "citoyens", c’est-à-dire des gens formatés. Ce formatage comprend deux idées maîtresses :

— il faut respecter les règles de la société capitaliste (on n’en donne surtout pas le nom, bien sûr) ;

— cette société, avec ses élections et sa "liberté" est la meilleure du monde, le champion du monde de la démocratie.

Surtout ne nous interrogeons plus sur le caractère de classe de l’Ecole ou de l’échec scolaire.

Il est à noter le rôle moteur de la gauche (comme pour l’écologie) dans cette entreprise d’intégration au système et de responsabilité individuelle. Aucun de ses experts ne pose la question de la responsabilité de l’Ecole et de la bourgeoisie qui l’a créée dans le massacre.

 

Le rôle des serviteurs de l’Etat et de la bourgeoisie

Dans cette situation, l’Etat bourgeois utilise tous ceux qui sont à son service pour enfoncer le clou de la responsabilité individuelle et du respect des règles fixée par la classe dominante. Dans la fonction publique, une dérive importante se déroule sous nos yeux : la hiérarchie met tout le monde aux ordres. Une conception qui assimile le fonctionnaire à un exécutant obéissant.

 

Outre les forces classiques de répressions (police, justice, armée), on nous apprend ce que nous devons faire avec condescendance et commisération. D’un côté nous sommes des coupables qui refusent d’envisager leur responsabilité, de l’autre nous sommes des assistés qui dépensent l’argent de la collectivité.

 

Enfin, il y a les larbins de service, journalistes et "experts"» dans les media. Ceux-là sont chargés du gros de la partition : expliquer les choses sans jamais parler de la responsabilité du capitalisme, sans dire un mot de critique de cette société étouffante qui criminalise les gens du peuple. Les retraités aussi sont montrés du doigt alors que les richesses créées dans notre pays permettraient largement d’assurer la retraite de tous et à bien plus haut niveau ; si seulement on s’en prenait aux capitalistes. Mais ce sujet-là est tabou.

 

Clivage

Cette société de plus en plus coercitive, les salariés de ce pays la ressentent. Dans le monde politique officiel, en revanche, tout cela n’émeut guère. Nous le disions précédemment, la gauche en fait à ce sujet autant que la droite pour "sauver la planète", s’en prendre aux fraudeurs (les chômeurs et les assurés sociaux, mais pas les capitalistes), dénoncer les comportements à risques.

Personne, pas plus à gauche qu’à droite, ne remet en cause la domination de la bourgeoisie. Droite et gauche ont la même conception de l’Etat, présenté comme une sorte d’entité neutre au service de tous alors que c’est le moyen choisi par la classe dominante pour opprimer les dominés.

Le vrai clivage aujourd’hui est entre celles et ceux qui veulent combattre et détruire le capitalisme, construire une société socialiste et celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, s’en accommodent.

Nous sommes de plus en plus fliqués et contraints, mais la perception de la nature du système et de ses vecteurs idéologiques gagne du terrain chez les salariés.

 

"Communistes" a choisi son camp et fera tout pour aider à secouer ce joug et le poids de cette idéologie.

 

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