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27-10-2002

Renouer avec le combat pour

L’Ecole du peuple

 

 

L’Ecole est sérieusement menacée notamment par la loi de régionalisation adoptée le 16 octobre. En gros, il s’agit d’un transfert de compétences plus important que jamais vers les régions, dont on veut par ailleurs réduire le nombre. L’idée est qu’il ne doit plus rester à l’Etat comme services publics que les instruments de répression et maintien de l’ordre (police, armée, justice), tout le reste devant être transféré aux régions, y compris l’Education Nationale.

 

Car après la régionalisation, l’étape suivante est la privatisation. Plusieurs multinationales comme Vivendi sont prêtes à organiser une sorte d’enseignement individualisé, chacun étant isolé, chez lui ou en petit groupe, grâce notamment à la télématique.

 

Pour envisager la riposte à de tels projets il faut d’abord renvoyer dans les cordes le discours officiel des syndicats : “l’Education n’est plus une priorité”, comme si elle l’avait été auparavant. Tout ce que prépare la droite a été commencé lorsqu’Allègre et Lang étaient ministres, particulièrement dans ce domaine : régionalisation du mouvement des enseignants du second degré, spécialisation des académies dans l’enseignement de telle ou telle langue, tentative de regrouper les écoles en établissements autonomes avec un supérieur hiérarchique à leur tête, etc...

 

Mais plus largement, il faut se garder de croire au mythe de la “grande Ecole de Jules Ferry” qui serait un immense acquis social à préserver. Elle ne forme pas tout le monde, elle reproduit ou accentue les différences sociales, dans un monde qui, depuis trente ans ne connaît plus le plein emploi, elle n’attire plus, car les enfants des milieux populaires savent bien ce qui leur est promis au bout, elle a de moins en moins de prise sur eux car ils la perçoivent de plus en plus comme extérieure à la vie réelle... Au reste, elle l’a toujours été.

 

Pour la bonne bouche, nous avons cette citation de Louis Legrand, député de droite lors de la consécration de l’Ecole de Jules Ferry : “Si Ferry a oeuvré pour le prolétariat, ce fut, avant tout, par souci de discipline collective, pour améliorer le fonctionnement de l’organisme social, en un mot et conformément à l’inspiration positiviste, pour clore l’ère des révolutions.”

 

S’il ne subsiste aucun doute sur les intentions de Jules Ferry, il faudrait se garder de voir dans la mise en place de l’école primaire la réalisation d’un plan froid et machiavélique. En ce domaine non plus, rien n’est écrit à l’avance.

 

Quel est l’état d’esprit du patronat aujourd’hui ? Pendant un siècle et demi, la bourgeoisie, puissance économique, a, de fait, délégué à la puissance publique qu’elle contrôle le soin de former la force de travail dont elle a besoin ; elle fait désormais l’analyse que l’entreprise de formation elle même, et non plus seulement ses résultats, peut être une importante source de profit. Elle se propose de mettre fin à la gérance et de reprendre l’exploitation à son compte. Internet offre déjà une gamme de préparations extrêmement variée et cela, sans astreinte de secteur scolaire, sans déplacements, sans insécurité et violence, sans promiscuité, sans absentéisme des enseignants, sans redoublements, sans... On peut facilement imaginer en plus quelques formes de convivialité locale pour les plus jeunes, sur le modèle de l’aide aux devoirs ou de l’accompagnement scolaire...

 

S’il s’agit d’enseigner, de transmettre des connaissances, de préparer chacun à s’insérer dans le marché du travail, d’individualiser, de développer les capacités  qui satisfont aux critères d’employabilité et de mobilité attendus par l’entreprise, d’affiner la sélection, en réduisant les troncs communs et en multipliant les filières, de mettre chacun à sa juste place dans une hiérarchie sociale nécessaire des savoirs et des pouvoirs, de faire croire à l’incroyable et supporter l’insupportable, reconnaissons que l’Ecole n’a jamais démérité, et que l’élite qu’elle a dégagée et qui nous gouverne excelle à faire des dissertations sur n’importe quel sujet. Cette Ecole est simplement dépassée par le progrès technique comme la voile l’a été par la vapeur et la baïonnette par l’avion furtif. Encore un petit coup de fibre optique ou de technologie sans fil pour garantir des débits compatibles avec l’interactivité et l’affaire est “dans la toile”. Ainsi, en 2000, pour les étudiants d’outre-Atlantique, près de 70%  des dépenses en matière d’éducation sont passées de la formation classique à “l’e-formation” (formation par Internet).

 

. Défendre l’Ecole, c’est arrêter de laisser croire que ceux qui organisent à leur profit l’inégalité sont les mieux placés pour décider des savoirs et de leurs modalités de transmission qui, en toute neutralité, devraient permettre à ceux qui en sont les victimes d’en abolir le principe. Défendre l’Ecole, c’est renouer avec le combat oublié d’une Ecole du peuple.

 

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