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02-02-2005

ILS VEULENT TUER

LA RECHERCHE PUBLIQUE

 

 

Le projet de loi d’orientation et de programmation de la recherche et de l’innovation est maintenant diffusé ? L’édifice général connu. Notons que l’absence des articles législatifs permet  évidemment au gouvernement de manœuvrer encore. Ce schéma est bien connu !

 

Mais venons en à la philosophie du projet. Il ne faut pas attendre trop longtemps pour en trouver le contenu. Ainsi, page 2 il est écrit : « L’Europe doit  devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » : l’accomplissement de l’objectif de Lisbonne…suppose nécessairement une montée en puissance réelle de la recherche privée ».

 

Les dirigeants de l’association « Sauvons la recherche » mettent exclusivement en avant l’engagement des Etats européens de consacrer 3% du PIB à la recherche (publique et privée). Ils ne précisent pas que dans la marche vers les 3%, ce seront essentiellement les entreprises privées qui recevront les fonds sous forme d’aide à l’innovation. Ils feignent aussi d’oublier que Lisbonne c’est la mise en concurrence de tous les services publics y compris ceux de l’enseignement et de la recherche. L’analyse de la suite du texte montre bien que cette loi est destinée à donner un cadre institutionnel à cette mise en concurrence.

 

Tout au long de ce texte trois éléments majeurs se détachent :

·        Mettre la recherche au service du capital privé

·        Précariser l’emploi public

·        Donner des avantages fiscaux nouveaux aux entreprises.

 

De nombreuses mesures permettent une intervention plus directe de l’Etat dans le choix des projets. Dans ce dispositif, il est prévu que l’Etat et la Communauté Européenne soient co-partenaires pour définir les orientations. En réalité, loin du contrôle populaire, les chefs d’Etats se mettent d’accord sur les grandes orientations du Programme Communautaire de Recherche et Développement. Ces orientations sont ensuite déclinées au niveau national.

 

Chaque Etat a un besoin impérieux de mieux contrôler les orientations de sa recherche nationale pour maîtriser les flux vers ceux des projets jugés prioritaires au niveau de la Communauté Européenne et en fonction des stratégies industrielles des grands groupes capitalistes. Pour fixer les idées l’agence nationale de recherche gèrerait, en 2005, l’équivalent du budget du CNRS et en 2010, le double. Ses sources seront des crédits de la loi de finance et une partie du revenu des privatisations.

 

L’essentiel de ces financements sera absorbé par des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur constitués au niveau des grandes régions. Ces Pôles seront thématiques. Ils pourront regrouper des Universités, des centres de recherche publics et privés. Leur forme juridique ira de l’établissement public à celui de groupement d’intérêt public. Les personnels travaillant dans ces pôles seront détachés de leur affectation initiale. Ces pôles pourront recruter sur statut privé. Les régions y seront des partenaires en termes financiers et de contrôle. Notons que cette formule est peu éloignée de celle déjà mise en œuvre pour le Synchrotron « Soleil » à Saclay qui est régi par une société civile de caractère privé. Cette exigence a été celle de la région Ile de France lors de la constitution de l’établissement.

 

Cette structuration en pôles régionaux nie l’existence des établissements publics nationaux comme le CNRS. Il lui est, de ce fait, attribué une fonction d’agence de financement et de gestion des personnels.

 

Le projet de loi prévoit d’externaliser l’évaluation des personnels des actuels établissements publics vers une agence d’évaluation unique où les représentants des personnels scientifiques seront minoritaires. Ces pôles seront aussi un moyen pour diviser l’enseignement supérieur en deux groupes. Celui qui intégrera les pôles : dans celui-ci les formations iront jusqu’au doctorat, les enseignants bénéficieront de décharges d’enseignement pour faire de la recherche. Y seront intégrées les grandes écoles et les écoles d’ingénieurs. Dans l’autre groupe on retrouvera les niveaux de licence sans rapport direct avec la recherche. Il y aura de fait une ségrégation forte entre les établissements d’Enseignement Supérieur

 

Le projet confirme que l’essentiel du remplacement des départs en retraite sera le fait d’emplois précaires. Ainsi de 2006 à 2010 il y aurait seulement 4500 créations d’emplois de titulaires dans les Universités et les établissements publics de recherche. Dans le même temps les pôles régionaux et les établissements publics voient leurs possibilités d’embaucher de nouveaux précaires sous forme de contrats à durée déterminée (Le ministère reconnaît qu’il en existe déjà 20 000 !).

 

Dans les mesures concernant la reconnaissance des qualifications, les seules mesures annoncées consistent dans des primes différenciées pour une individualisation des carrières.

 

En ce qui concerne les Maîtres de Conférences s’il est prévu des réductions de service d’enseignement pour 20% des nouveaux recrutés, ces réductions de service pour faire de la recherche ne toucheront que ceux qui travaillent dans les Pôles régionaux. Cette mesure discriminatoire pour la majorité des enseignants dessine un éclatement de leur statut.

 

En résumé, le contenu de ce projet couplé au rapport BEFFA pour une nouvelle politique industrielle vise à transformer profondément le service public d’enseignement supérieur et de recherche. Compétition, mise à disposition du privé, précarisation, tout cela est fait pour permettre aux entreprises d’externaliser leur recherche sans avoir à la financer.  Cette loi vise à   liquider les acquis démocratiques et les statuts des personnels pour ouvrir le champ d’une recherche au service exclusif des intérêts du capital.

 

Se battre sans concession contre ce projet est donc une impérieuse nécessité. Mais il faut être clair il ne peut y avoir de lutte efficace si la question politique est effacée, si l’on agit pour développer une recherche européenne qui par nature ne peut être que celle des intérêts capitalistes dominants, au détriment du développement de notre recherche nationale.

 

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