SECURITE SOCIALE

 

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LA PROTECTION SOCIALE

HISTOIRE ET CONCEPTS

 

 

 

 

La Sécurité Sociale, créée le 4 octobre 1945, a représenté une conception tout à fait nouvelle de la Protection Sociale. Elle est un produit de l'histoire liée au développement   de   la   société,   à l'affrontement de classes.

 

QUELQUES REPERES HISTORIQUES

 

·        On peut définir la période antérieure à la Révolution française comme celle de la charité.

·         Du point de vue de l'évolution sociale, la Révolution Française va marquer une étape importante, le concept nouveau qui va triompher est celui de l'assistance sociale mais, dans le même temps, se développe l'assurance privée.

Entre 1791  et  1794, la loi «le Chapelier » interdit aux travailleurs de s'organiser, de  se coaliser, cependant apparaît l'idée que la société doit donner à chacun du travail (déclaration des droits de l'homme du 14 juin 1793)

 

Progressivement,    l'assistance   sociale s'étendra et au 18ème siècle, les capitalistes vont proposer  « l'assurance privée » caractérisée par l'épargne individuelle et qui aboutit à l'insécurité absolue ; celui qui n'épargne pas, n'est pas garanti.

 

En 1831, les Canuts de Lyon mettent sur pied   des   sociétés   mutualistes   qui constituent les premières réalisations de solidarité de classe et seront à la fois instrument  de  couverture  sociale  et organisme de lutte.

 

Puis apparaissent les caisses de résistances et les chambres syndicales, et successivement, en 1864, la reconnaissance du droit de grève et en 1884, la loi Waldeck  ROUSSEAU,  légalisant  les syndicats.

 

Le capitalisme de l'époque est caractérisé par l'existence de petites et moyennes entreprises mais, en quelques années, on se dirige vers des grandes entreprises et des productions de masse notamment dans la sidérurgie et l'automobile. La nécessité d'avoir une main d’œuvre fixe et stable va être à l'origine de l'assurance sociale.

 

C'est le 9 avril 1898 qu'une loi est votée concernant les accidents du travail, elle est le résultat de l'action syndicale, mais les employeurs en assureront seuls la gestion !

 

La loi du 5 avril 1910 établit pour tous (ouvriers    et    paysans)    l'assurance obligatoire contre la vieillesse, mais en fait elle ne s'est appliquée qu'à 10 %  des salariés.

 

La 1ère guerre mondiale terminée, la classe ouvrière reprend la lutte mais l'opposition du capital est farouche et la loi sur l'assurance sociale mettra 10 ans pour entrer en application, le 1er juillet 1930.

 

En 1932, la loi rend obligatoire aux travailleurs le paiement des prestations familiales.

 

En 1939, le code de la famille généralise le système à toute la population.

 

Au 30 juin 1946, on dénombre 315 caisses    de    compensation    (toutes patronales ! ).

 

Les prestations familiales ont une autre histoire.

 

Les premières remontent à 1884 (Ets Klein à Vizille).

 

LA PROTECTION SOCIALE EST UN ENJEU PERMANENT

D’AFFRONTEMENT DE CLASSES

 

Le patronat s'est employé à retourner   ces   concessions   à   son avantage. Il parviendra à faire payer des cotisations aux ouvriers, prélèvement direct sur le salaire, il dirigera les organismes qui distribuent les prestations.

 

Enfin, la stratégie du patronat consistera à opposer les prestations sociales aux salaires,   à   chercher   à   récupérer partiellement celles là au détriment de celui-ci.

 

Nous sommes donc bien en présence d'un système d'assurance qui ne garantit pas le droit.

 

En définitif, la sécurité ne saurait être une concession mais constituer un droit général qui réalise le droit à la santé, le droit à la famille, le droit au travail, le droit au repos, couvrant tous les risques, tous les bénéficiaires d'où la conception d'une sécurité sociale unique répondant à des besoins sociaux profonds.

 

C'est ainsi que le programme du Conseil National de la Résistance publié le 15 mars 1944, en fait état dans les mesures à appliquer dès la libération.

 

Le 4 octobre  1945, l'ordonnance fondamentale sera promulguée.

 

L'article 1er de cette ordonnance stipule :

« II est institué une organisation de la sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leur famille contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gains à couvrir les charges de famille qu'ils supportent ». Ce concept nouveau est un droit social fondamental garanti par la loi à tout être humain qui vit de son travail ou qui se trouve dans l'impossibilité ou l'incapacité temporaire ou permanente de travailler.

 

La sécurité sociale se fonde sur 5 grands principes :

 

1. L'universalité : Protéger tous les citoyens

 

2. L'unité : Tous les risques couverts et gérés par un seul organisme

 

3. L'uniformité : Prestations uniformes

 

4. Solidarité : Pierre angulaire du système solidarité inter générations/actifs retraités/malades- bien-portants, le tout financé par les richesses créées dans l'entreprise

 

5. La démocratie : Une gestion assurée par les intéressés.

 

Les noms de grands militants CGT sont attachés à  la sécurité sociale et notamment Georges Brisson, secrétaire de la CGT et Ambroise Croizat, secrétaire de la fédération des métaux qui deviendra Ministre du Travail et à qui revient la mise en pratique de la sécurité sociale, le 1er juillet 1946 et qui dut convaincre bien des résistances qui visaient à ajourner l'ordonnance du 4 octobre 1945.

 

Ainsi, en instituant la caisse unique par branche spécialisée, la gestion des risques sociaux se trouve retiré au patronat et aux compagnies d'assurances.

 

De par ses structures et sa gestion, la sécurité sociale a représenté, au plan international, une innovation. Elle va être l'objet d’attaques incessantes de la part du patronat et du pouvoir.

 

UNE EVOLUTION…

 

Notre système de protection sociale a beaucoup évolué depuis la création de la sécurité sociale ; il est aujourd'hui à la croisée des chemins.

 

Malgré les reculs de ces dix dernières années, de manière globale, on a assisté à un réel progrès dans la couverture sociale :

 

• Le niveau relatif des retraites a été multiplié par 3,5 en 50 ans.

 

• Bien que les mesures de déremboursement se soient multipliées, le volume des dépenses maladie prises en charge a globalement quintuplé.

 

• Un régime d'assurance chômage, qui avait été refusé à la Libération, a vu le jour en 1959.

 

Globalement, la part relative des dépenses de protection sociale dans la richesse nationale a été multipliée par 4.

 

1960  >  16  du PIB

1970  >  20  du PIB

1990  >  30  du PIB

2010  >  35  du PIB (?)

 

Le bilan de la sécurité sociale est donc largement    positif    et    explique l'attachement que la population a manifesté envers le système à de multiples reprises.

 

… LA REACTION

 

Mais, dans le même temps et de manière contradictoire, les choix libéraux ont commencé à marquer les politiques de protection sociale, ces quinze dernières années.

 

La sécurité sociale qui s'est révélée un outil remarquable de solidarité entre les générations,  peut devenir un outil destructeur    entre    ces    mêmes générations !

 

Le programme du Médef vise clairement à revenir sur la frontière posée en 1945 qui soustrayait à la logique financière et aux champs des assurances, les principaux risques sociaux.

 

Face à cette stratégie, qui n'est pas nouvelle, le syndicalisme n'a pas eu forcément la riposte appropriée.

 

Une partie des organisations syndicales a ratifié des compromis qui ont abouti à une baisse des prestations financées dans le cadre de la sécurité sociale et à une prise en charge corrélative des besoins par les budgets publics.

 

Ce qui accentue la distinction entre ce qui relèverait de « l'assurance sociale » et ce qui dépendrait de la solidarité. Ce clivage s'avère un principe redoutablement destructeur pour la sécurité sociale.

 

Dans les faits, les choix opérés depuis 15 ans traduisent une emprise croissante des mécanismes de marché dans ce système.

 

Ils consacrent la montée d'une dualisation des fonctions avec, d'un côté des risques dont la couverture est de plus en plus étatisée (famille, chômage de longue durée, lutte contre l'exclusion, etc...) et de l'autre côté, d'autres risques qui pourraient s'ouvrir plus largement à la logique assurantielle (retraite, santé,...)

 

Parallèlement à l'augmentation des prélèvements, les 17 plans gouvernementaux qui se sont succédés entre 1975 et le plan Juppé de 1995. ont eu pour objectif, sous couvert de « maîtrise des dépenses », de rationner les crédits sociaux. Ces mesures n'ont en rien infléchi la progression des dépenses mais force est de constater qu'elles ont généré des inégalités profondes, hypothéquant, par ailleurs, la légitimité de notre système de protection sociale.

 

DES INEGALITES CROISSANTES

 

Les disparités de l'espérance de vie continuent à diviser la France. Un ouvrier de 60 ans ne peut compter que sur une espérance de vie de 7 ans. Le fossé se creuse entre les différentes catégories sociales au détriment des plus défavorisés.

 

L'accès aux soins reste discriminatoire et l'exclusion est accentuée par l'accroissement de la part des dépenses laissée à charge des ménages (+20 % en 12 ans) ; ce qui n'est pas sans lien avec la place de la complémentaire santé et les propositions du rapport Chadelat qui, en fait, vise à remettre en cause les fondements et la conception de la sécurité sociale et à aggraver les inégalités devant l'accès aux soins.

 

Le  sous-équipement  en   installations médicales et sociales s'étend de plus en plus sur le territoire affectant des régions entières.

 

Si le montant moyen des retraites s'est élevé au cours des 25 dernières années, 10 %  des retraités touchent encore moins de 600 euros par mois, soit environ 4000 Francs !

 

La marginalisation sociale massive, à laquelle on assiste au travers du chômage et de la précarité, touche particulièrement les jeunes, les femmes, les salaries d origine étrangère. Elle va générer des cohortes de futurs retraités aux droits réduits.

 

Des besoins nouveaux apparaissent qui ne sont pas, ou peu satisfaits :

 

Les handicapés, le logement social, la prévention, la reconnaissance des maladies professionnelles.

 

Enfin la couverture de la grande dépendance et plus globalement les besoins sociaux du 4ème âge, sont très loin d'être assurés et la catastrophe intolérable de cet été le démontre !

 

Or le système de protection sociale doit répondre à l’évolution des besoins.

 

On ne peut s'enfermer dans le dogme selon lequel la part des dépenses de protection sociale dans le PIB ne devrait pas s’accroître.

 

En   effet,   les   masses   financières correspondantes ne sont pas « les charges » trop souvent évoquées, car elles sont quasi intégralement réinjectées dans le circuit économique via la consommation et le paiement de biens et de services. En fait, la notion de « maîtrise des dépenses » n'est viable et acceptable que si elle s'appuie sur la recherche d'une plus grande efficacité sociale et d une réponse mieux adaptée aux besoins.

 

DES CAUSES ET DES REMEDES

 

Le financement de la protection sociale n'est pas un problème technique mais relève bien de choix touchant à l'organisation   sociale   ainsi   qu'à   la responsabilité des différents acteurs, au premier rang desquels : L'ENTREPRISE

 

La part de la masse salariale dans la richesse produite par les entreprises n'a cesse de décliner depuis quinze ans.

 

Pendant la même période, le chômage a plus que triplé ! En clair, l'essentiel des coûts liés au sous-emploi a été transféré vers les salariés et la société.

 

Il convient donc de mettre en place un système de financement de la protection sociale qui soit plus juste et favorise la croissance, l'emploi et les salaires.

 

Mais à ce niveau, il nous faut prendre en compte le lien emploi-salaire et protection sociale. Ce triptyque suppose un développement industriel incontournable.

 

UN AUTRE FONCTIONNEMENT

 

Si par hypothèse, les dépenses sociales devenaient des dépenses publiques, le risque serait grand de les voir de plus en plus   soumises   à   des   contraintes budgétaires fortes laissant un large espace à la promotion des logiques de marché.

 

C’est pourquoi il est fondamental que les institutions sociales soient préservées.

 

Le pouvoir des institutions sociales, et particulièrement de la sécurité sociale, doit être élargi dans ce but, jusqu'au droit de présenter des dépenses et recettes annuelles et leurs prévisions, à moyen terme.

 

Bien sûr, cela implique une refonte de fonctionnement   des   institutions   en donnant aux administrateurs, notamment ceux élus par les assurés sociaux, de réels moyens de travail et d'études et des pouvoirs d'investigation.

 

Cela implique de gagner une véritable gestion démocratique et une ré appropriation de la sécurité sociale par et pour les assurés sociaux.

 

LES ENJEUX DE LA PROTECTION SOCIALE SONT CONSIDÉRABLES ET SONT INSÉPARABLES DES QUESTIONS LIÉES À L’EMPLOI ET AU SALAIRE. C’EST UN ENJEU DE SOCIÉTÉ AU CŒUR DE LA LUTTE DES CLASSES.

 

 

… QUELQUES DATES…

 

… QUELQUES CHIFFRES…

 

 

 

1945

Ordonnance instituant le système de sécurité sociale comprenant :

vieillesse, maladie, invalidité, accidents du travail, maternité,

famille

 

 

1946

La loi du 22 mai instaure le système de sécurité sociale universel.

Il ne sera jamais appliqué, ce qui entraîne : des régimes

professionnels (non salariés), une retraite de base +

complémentaire (cadres)

 

 

1947

Création sécurité sociale : Conseils d'administration > 3 ou 4

salariés, administrateurs élus

 

 

1958

Le gouvernement De Gaulle instaure : la franchise de

Remboursement

 

 

1965

 

Le CNPF défend l'instauration d'un système minimal

 

 

1967

L'ordonnance sépare la Sécu en 3 caisses et supprime l'élection des

Administrateurs

 

 

1980

 

Projet Berger > abandonné sous pression populaire

 

 

1982

Retraite à 60 ans à taux plein avec 150 trimestres.

- 60  % des administrateurs tenus par des

représentants salariés

                - Rétablissement élections ÇA (élection en 1983)

 

 

1985

Réforme du code de la sécurité sociale

> Principales dispositions prises par décret (âge de départ en

retraite, niveau des remboursements, etc...)

 

 

1988

 

Rapport des « sages » commission présidée par Yvon Chottard

 

 

1991

 

Instauration de la CSG par le gouvernement Rocard

 

 

1993

 

Loi Balladur : 40 annuités et 25 meilleures années

 

1995/1996

Plan Juppé > Instauration régime universel à minima

 > Dispositions visant à maîtrise comptable santé

 > Réforme hospitalière

 > Suppression officielle élections administrateurs

     et responsables salariés minoritaires au CA

 

 

1997/2002

 

Le plan Juppé n'est pas remis en cause

 

 

2003

Loi Fillon ; reforme des retraites

Mesures restrictives sur l'APA

Déremboursements médicaments

Projets de réformes s retraites complémentaires,

assurance maladie, politique de santé, etc...

 

 

 

 

PART DU PIB (Produit Intérieur Brut)

 

1960   >   16%

1970   >   20%

1990   >   30%

2010   >   35% ?

 

 

 

REPARTITION

 

VIEILLESSE                        >       38    %

MALADIE                            >       27    %

FAMILLE                             >         9    %

CHÔMAGE                          >         7    %

SURVIE                              >         6    %

INVALIDITE                        >         5    %

LOGEMENT                         >         3    %

ACDT. DU TRAVAIL             >         1,6 %

EXCLUSION                        >         1,4 %

MATERNITE                        >         1,3 %

INSERTION                        >         0,7 %

 

 

 

ANNEE 2000

     Environ 400

Milliards d’Euros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 cotisations

EMPLOI :

 

1 Million d'emplois

 

=

 

13 Milliards d'Euros

 

I             I

I                     I

< ----I                              I---- >

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 chômages en -

 

 

Exonération de cotisation

 

 

En millions

de francs

 

 

1995

 

1996

 

1997

 

1998

 

1999

 

2000

 

Mesures

compensées

 

 

28 267

 

51 724

 

62 288

 

58 643

 

61 567

 

87 014

Mesures non compensées

 

 

12 303

 

12 831

 

13 182

 

13 999

 

15 553

 

15 380

 

Total des mesures

 

 

 

40 570

 

 

64 555

 

 

75 470

 

 

72 642

 

 

77 120

 

 

102 394

Evolution annuelle

 

 

 

59,1%

 

16,9%

 

- 3,7%

 

6,2%

 

32,8%

 

                                                              Source ACOSS Chiffres 2000

 

 

 

Autour de 5% de la protection sociale

 

De quoi couvrir tous les déficits !

 

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