N° 950 05/11/2025 Les présidents Trump et Xi Jiping se sont rencontrés le 30 octobre à Pusan en Corée du Sud. Ils ne s'étaient pas vus depuis 2019. C'est dans un contexte d'exacerbations des tensions entre puissances impérialistes que s'est déroulée cette rencontre. Rappelons que la Chine est considérée par les États-Unis comme un ennemi systémique. Ainsi, en 2015 Obama dans une interview au Wall Street Journal du 27 avril 2015 affirmait : " Si les Etats-Unis ne parviennent pas à conclure et adopter un accord multilatéral de libre échange en Asie, alors la Chine n'hésitera pas à s'emparer du vide économique ainsi créé par les Américains. " Cette tendance lourde à désigner la Chine comme le concurrent principal des États-Unis, nous l'avons décrite comme le déplacement des affrontements au sein de l’impérialisme vers la zone Asie-Pacifique1. Dans les dernières décennies, la Chine est non seulement le premier pays manufacturier du monde, ce qui l'a fait nommer : atelier du monde, mais encore elle est devenue un centre mondial du développement scientifique et technique. Sa maîtrise dans les domaines de l'énergie, des transports, du médicament, du spatial, des communications... en font un concurrent très actif sur le plan international. Dans le même temps, sa puissance militaire s'est accrue et tout particulièrement dans le domaine maritime. A contrario les États-Unis ont continué leur déclin dans le domaine industriel et manufacturier et même si leurs GAFA sont en tête de gondole, leur production matérielle est largement assurée à l'extérieur des États-Unis et tout particulièrement en Asie. Par contre, leur puissance militaire ne connaît pas de recul significatif, pas plus que leur présence dans le monde au travers de leur 800 bases militaires2 présentes dans 177 pays avec 200.000 hommes.
Avec son MAGA (Make America great Again) Trump et son équipe, entendent redonner des moyens de puissance industrielle aux États-Unis en rendant leurs entreprises compétitives sur le marché capitaliste mondial et en attirant, voire en forçant la main de leurs alliés3, un flux d’investissement vers leur territoire.
C'est tout le sens de la guerre commerciale engagée et dont la partie la plus spectaculaire est celle de l'augmentation des droits de douanes pour les pays exportant leurs marchandises vers les États-Unis. Si à ce jeu, l' Union Européenne a cédé à son détriment, ce n'est pas le cas de la Chine qui a riposté systématiquement aux tentatives de leur imposer des droits de douanes exorbitants. La dernière menace, finalement abandonnée était de rajouter 100% d'augmentation aux 57% déjà en vigueur. Afin de contrer cette agression de guerre commerciale, la Chine a décidé d'imposer un contrôle strict sur ses exportations de terres rares. Rappelons qu'elle en extrait 60% et en raffine 90% par rapport à la production mondiale. Or sans terres rares, sans lithium, il n'y a pas de technologie de la communication, ni de moyen de construire des batteries pour les nouveaux modes de transports. Cette situation a évidemment pesé sur les grands monopoles de la communication états-uniens de la Silicon Valley. Trump en débarquant de son hélicoptère à Pusan pour rencontrer Xi Jinping avait évidemment cette question en tête.
Sa tentative d'impressionner Xi Jinping en menaçant de reprendre les essais nucléaires a fait long feu4 et cette question n'a même pas été évoquée pas plus que la guerre en Ukraine, ni les tensions avec Taïwan, ni celle de l'achat par la Chine de pétrole russe. Il est possible de dire comme le fait le journal Le Monde que : " Trump a présumé de ces forces." et a été contraint de jouer l'apaisement.
Au bilan, la rencontre a accouché d'un accord minimal et fragile. Trump est revenu à des droits de douanes à 47% pour la Chine. C'est encore beaucoup, mais la Chine a commencé à s'adapter à cette situation en diversifiant ses relations commerciales. Elle a accepté d'acheter à nouveau du soja aux États-Unis, ce qui satisfera les producteurs américains, mais ne représente pas un enjeu considérable tant d'autres sources d'approvisionnement sont possibles dans le monde. Nous parlerons donc ici d'un geste diplomatique à moindre frais. Concernant la carte maîtresse de la Chine, les terres rares, cette dernière s'est engagée à suspendre pour un an les restrictions d'exportations de ses terres rares, ce qui lui laisse un atout en main jouable à tout moment.
Si la trêve entre la Chine et les États-Unis marque un certain ascendant de la Chine il est possible d'affirmer que rien n'est réglé sur le fond et comme l'histoire le montre, les affrontements au sein de l'impérialisme connaissent des phases plus ou moins aiguës entrecoupées de trêves ! Significatif, après la rencontre Trump a repris le chemin des Étas-Unis et Xi Jinping celui de la conférence de l'Apec5 !
1 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/1460-le-centre-des-affrontements-au-sein-de-l-imperialisme-se-deplace-vers-la-zone-asie-pacifique
4 Trump a pris prétexte des essais de vecteurs propulsés par des moteurs nucléaires par la Russie pour annoncer de manière assez peu claire la reprise d'essais atomiques. Ni la Russie, ni la Chine rappelons le n'ont procédé à de tels essais depuis 1990, respectant ainsi les accords internationaux en vigueur.