Gantry 5

 

N° 965 17/02/2026  La conférence annuelle de sécurité de Munich a débuté en 1963 dans le cadre d’échanges entre l’Allemagne fédérale et les États-Unis d’Amérique. Les buts de ces échanges bilatéraux,  s’élargissant au cours des années, étaient d’instaurer des liens étroits et de confiance entre les participants. Le contexte était déjà tendu : le Président Kennedy, tel le Président Trump, avait dénoncé les États membres de l'Otan (qui) " ne paient pas leur juste part et vivent dans l'opulence". 
Depuis une dizaine d’années, cette conférence a pris une place importante dans l’agenda des relations internationales, durant laquelle les affaires de famille se règlent. Ainsi, la France et l’Allemagne y ont été mis au banc des accusés en raison de leur refus de suivre les États-Unis dans leur croisade contre les forces du mal irakiennes au contraire des gentils polonais. Le secrétaire d’État à la défense d’alors, M. Rumsfeld, avait conspué à cette tribune la " vielle Europe ".
Durant une de ces conférences le Président Poutine avait également déclaré que l’élargissement de l’OTAN et son renforcement étaient préoccupants et qu’il allait s’en occuper.
L’année dernière, le vice-Président Vance y est venu afin de " corriger " les " alliés " européens, en dessous de tout selon la doctrine en cours à Washington.
Bref, l’amitié entre les peuples est souvent mise à rude épreuve lors de ce rendez-vous munichois. Le Président Macron y a tenu, cette année, un discours ferme et… en anglais. Tout à son projet fédéraliste, il rêve l’Union européenne telle une puissance géopolitique, terme on ne peut plus obscur, pouvant s’entendre comme la nécessité d’être acteur de taille à participer à l’affrontement impérialiste en cours sur la planète pour son propre compte. A ce propos, il a annoncé que les contacts avaient repris avec les autorités russes qu’il a par ailleurs vouées aux gémonies. C’est la France de l’" en même temps ".
Le président Macron a tenté de mettre en valeur la profondeur de sa pensée stratégique, ce qui a dû laisser songeur ses auditeurs étant donné les résultats de cette puissance de réflexion au niveau de la politique intérieure française.
Mais qu’importe, puisque était surtout attendu le discours de M. Rubio, le Secrétaire d’État, potentiel prochain candidat à l’investiture du parti républicain. Ce discours a été salué par une " standing ovation " dont les initiateurs seraient selon les uns les hommes d’État allemands du premier rang, selon les autres la bonne moitié américaine de l’auditoire. Quoiqu’il en soit, la présidente de la Commission européenne comme quelques autres responsables européens ont salué un discours modéré laissant entrevoir une réconciliation transatlantique.
Nous noterons que M. Rubio a beaucoup évoqué la gloire passée de l’Europe (parmi laquelle se rangeraient les Rolling Stones), le combat commun contre l’empire du mal soviétique, a questionné la politique européenne actuelle migratoire et climatique, ignoré superbement l’Union européenne, dénoncé la politique de désindustrialisation et ouvert des perspectives indéfinies. Puis, il a profité de sa présence dans le coin rendant visite aux autorités slovaques et hongroises, qui, comme nous le comprenons, défendent ses mêmes valeurs millénaires d’une Europe chrétienne et blanche.
En conclusion, l’appréciation américaine au sujet de ses alliés européens n’évolue pas sur le fonds : d’une faible utilité à la reconstruction de la puissance américaine face à la Chine, ce qui ipso facto range le conflit ukrainien au rang de conflit régional, les Européens doivent faire preuve d’un meilleur alignement sur les objectifs états-uniens, décrits comme civilisationnels de manière à faire bonne mesure. L’épisode des " négociations " autour des droits de douanes nous renseigne précisément sur le degré de soumission des autorités européennes, tout comme leurs réactions à l’enlèvement d’un président sud-américain en exercice, aux bombardements en Iran, etc. Elles méritaient bien un peu de baume dispensé par le Secrétaire d’État avec une impériale parcimonie.