N° 978 19/05/2026 Les ministres des finances des sept puissances économiques capitalistes (États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, Canada, Italie et France), plus l’Union européenne, invitée permanente, se réunissent à Paris pour tenter de dessiner des orientations communes dans un environnement particulièrement perturbé, à commencer par l’un des membres éminents de ce cénacle (les États-Unis, mais cela ne date d’aujourd’hui…). Il s’agit aussi de préparer la grande réunion de juin prochain du sommet des chefs de gouvernement du G7 (à Évian).
S'agissant d’une réunion de ministres des finances, il va bien évidemment être question des « grands » équilibres financiers. Le conflit déclenché par les États-Unis et son supplétif israélien contre l’Iran entraîne de multiples répercussions mais une seule inquiète les responsables financiers du G7 : l’inflation.
A cet égard, ce ne sont pas les difficultés plus prononcées pour les classes populaires de leur pays – du moins hors période électorale – qui mobilisent leur attention mais les conséquences sur les taux d’intérêt, en clair le prix de l’argent et accessoirement les revenus de la rente.
En effet, quand l’inflation augmente, les taux d’intérêt aussi pour maintenir un niveau raisonnable de taux « réels » (taux d’intérêt moins inflation). Par suite, les détenteurs d’obligations d’État voient la valeur nominale de leur titre baisser1 et donc les vendent afin d’en acquérir de plus lucratifs. Conséquence : les taux d’intérêt sont encore tirés vers le haut.
Voilà donc une situation présentée comme tendue pour les plus importants émetteurs de titres de dette sur les marchés financiers, les États, sauf, dans une certaine mesure, concernant les États-Unis, protégés par le statut particulier de leur monnaie dans lesquels sont réalisés 90% des transactions mondiales. De ce point de vue, il existe une très grande dissymétrie entre les « grandes » puissances capitalistes mais cela ne date pas évidemment d’hier. Sans le besoin de dollar américain du monde entier (assouvi en particulier par les déficits états-uniens), les États-Unis subiraient les mêmes contraintes que ces « alliés », toujours en demande d’une politique monétaire « responsable » de la part de leur leader, aujourd’hui comme hier.
Curieusement, le second sujet à l’ordre du jour de ces ministres des finances relève d’un tout autre domaine : les terres rares. Il convient de souligner le réveil un peu tardif de nos « stratèges » car les premières alertes au sujet de ces matières premières datent d’une bonne vingtaine d’années. Il y a une trentaine d’année, le leader mondial du traitement chimique afin d’extraire ces métaux précieux était… français avec son centre de traitement à la Rochelle.
Les industriels du G7 ont trouvé plus commode de sous-traiter les opérations de traitements aux opérateurs chinois. Les États-Unis ont cessé l’extraction des terres rares évoquant des motifs environnementaux et par la suite la Chine a pris une position très dominante à la fois sur l’extraction et le traitement des terres rares. Elle a pris quelques mesures restreignant les exportations de ces métaux essentiels en faveur de ladite transition énergétique (électrification des usages) mais aussi pour la haute technologie guerrière et cybernétique. Les décisions des autorités chinoises disons le répondaient à des décisions symétriques sur d’autres produits de la part des États-Unis.
L’Australie n’étant pas membre du G7, vient d’ordonner à des investisseurs liés à la Chine de sortir du capital d’une entreprise minière spécialisée dans les terres rares. Cette société développe un projet de gisement de dysprosium, un des métaux stratégiques dont la Chine possède un quasi-monopole mondial.
Cette agitation paraît un peu vaine dans la mesure où la Chine aurait déjà une dizaine d’années d’avance non seulement dans les techniques de traitement des terres rares mais également dans leurs nombreux usages aval2. Le succès mondial des véhicules électriques chinois illustre cette réussite industrielle autour des métaux rares, qui, cependant, présente un coût en matière environnementale et de santé publique concernant les populations chinoises.
1 Soit une obligation achetée 100 €, avec un intérêt fixe de 5%. Dans l’hypothèse où le taux de marché double à 10%, la valeur nominale de l’obligation passe de 100 € à un maximum de 95,5€, niveau permettant un intérêt de 5€ pour un taux de 10%. Evidemment, l’abondance d’offre d’obligation à 5% tend à augmenter le risque de décote supplémentaire. Par suite, pour attirer l’investisseur, il pourrait s’avérer dans ce cas fictif d’offrir plus que 10% sur une nouvelle obligation.
2 G.Pitron « La guerre des métaux rares » 2018