N° 995 16/09/2026 Le 18ème sommet des BRICS+1, s'est tenu à New-Delhi les 12 et 13 septembre en présence de 11 chefs d'États ; dont N. Modi pour l'Inde, Xi Jinping pour la Chine, V. Poutine pour la Russie ; et de gouvernement2 ainsi que de ministres des affaires étrangères. À l'issue des travaux, une déclaration commune a été adoptée3.
Ce sommet a succédé à celui récent de l'Organisation de Coopération de Shanghai4 à Bichkek regroupant quelques un des protagonistes importants des BRICS+ et tout particulièrement la Chine, la Russie et l'Inde. Le sommet des BRICS a pris un certain nombre de décisions communes et tout particulièrement concernant la place des pays dis émergents dans la gouvernance mondiale. Ils demandent en particulier une réforme de l'ONU et notamment du Conseil de Sécurité où siègent déjà au titre de membres permanents la Chine et la Russie au côté de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis. De ce point de vue les BRICS+ soutiennent les candidatures du Brésil et de l'Inde pour devenir des membres permanents.
Les BRICS+ ont clairement rejeté les limitations au commerce international et tout particulièrement au travers des sanctions et des droits de douanes. S'ils ont la volonté de réduire la dépendance au dollar dans les échanges internationaux, pour autant, aucune avancée n'a été actée dans la perspective d'une monnaie commune concurrente au dollar.
Au sujet de la situation au Proche-Orient le texte est très limité dans sa portée puisque, exprimant une profonde inquiétude face à l'escalade des violences il appelle seulement à la : " retenue maximale, au dialogue et à la diplomatie ", ceci ne peut fâcher personne. L'engagement est tout aussi discret sur la question de la Palestine où le texte se contente de réaffirmer le soutien à une solution politique fondée sur la coexistence de deux États et au renforcement du rôle de l’ONU. La aussi, c'est le service minimum. Les BRICS+ ont également examiné la question de leur élargissement et de la consolidation institutionnelle de leur organisation.
Le point le plus saillant ayant été largement commenté, c'est la proposition faite par Xi Jinping d'une IA ouverte. Cette annonce a été d'autant plus remarquée qu'elle est arrivée en plein débat sur l'IA et ses dangers potentiels. Ainsi, le dirigeant d'Anthropic, D. Amodei soutenu notamment par S. Altman et Elon Musk, estime que ces systèmes progressent trop rapidement pour que leurs risques soient correctement maîtrisés et appellent à ralentir son développement. Ces déclarations ont été vivement réfutées par l’administration étasunienne, celle-ci par la voix de D. Trump a réagi en signifiant qu'il n'en était pas question tant la concurrence est rude dans ce domaine et engage les capacités des États-Unis à maintenir une position dominante. Clairement la Chine fait la course en tête avec les États-Unis dans le domaine de l'IA, elle n'entend pas rester à l'écart de cette compétition stratégique et entend développer un environnement favorable à sa politique dans ce domaine en proposant des outils moins coûteux et plus faciles à adapter aux besoins locaux afin de concurrencer les grands groupes américains. En présentant son modèle comme plus ouvert et plus inclusif, elle entend garder et développer le champ de ses marchés actuels et potentiels dans le domaine de l'IA et de toutes les technologies de communication.
Au bilan, ce sommet, s’il met en lumière le poids croissant dans l'économie mondiale des pays se retrouvant dans les BRICS+, confirme que leur objectif majeur est celui de contester la place leur étant faite dans le système capitaliste mondial. Autant dire qu'ils ne sont pas anti-impérialiste mais plus prosaïquement candidats à la direction d'un nouvel ordre mondial impérialiste qui leur soit plus favorable.
Technologies et IA : les BRICS veulent renforcer leur coopération scientifique et technologique. La Chine a notamment proposé une BRICS AI Open Source Zone, tandis que la déclaration met en avant la coopération en IA, informatique quantique et partage des connaissances.
Ce qui n'a pas été décidé
Deux points souvent annoncés avant le sommet n'ont pas abouti à une décision spectaculaire :
1. Pas de monnaie commune des BRICS.
2. Pas de système de paiement unique des BRICS remplaçant immédiatement les infrastructures occidentales.
Le sommet a plutôt privilégié une approche progressive : monnaies nationales, interopérabilité des paiements et coopération financière.
En résumé
Le sommet de New Delhi marque surtout une consolidation politique et économique des BRICS, plutôt qu'une rupture immédiate avec le système financier occidental. Le message central est : plus de poids pour le Sud global, réforme de l'ordre international, davantage de commerce en monnaies nationales et coopération technologique, tout en maintenant des positions communes sur les grands conflits internationaux.
La prochaine présidence des BRICS sera assurée par la Chine en 2027, elle accueillera le prochain sommet.
1 https://fr.wikipedia.org/wiki/BRICS%2B
2 le ministre brésilien des Affaires étrangères Mauro Vieira, le dirigeant des Émirats arabes unis Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, le président indonésien Prabowo Subianto, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre indien Narendra Modi, le président chinois Xi Jinping, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président iranien Massoud Pezeshkian et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali
3https://www.mea.gov.in/bilateral-documents?dtl/41776/BRICS_New_Delhi_Declaration_Building_for_Resilience_Innovation_Cooperation_and_Sustainability_September_12_20
4 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/4111-sommet-de-bichkek