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N°405 Semaine du 25 au 31 mai 2015

 

25 mai 2015

 

La liberté de la presse, mythe ou réalité ? (suite)

*Le groupe Lagardère, une multinationale des media

 

 

 

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des monopoles capitaliste et de l'impérialisme !

 

 

 

 

Le groupe Lagardère est emblématique de l’évolution du capitalisme au stade de l’impérialisme, notamment dans les quarante dernières années. Celle d’une diversification des activités : plus aucun capitaliste n’a de spécialité, celle aussi de la transformation d’hommes du Capital, simples PDG, en actionnaires et en véritables dirigeants des groupes capitalistes.

Balzac raconte dans ses romans comment se sont faites les fortunes de la bourgeoisie française au début du XIXème siècle entre rentabilisation des biens nationaux et trafics sur les diverses fournitures à la Grande Armée. La bourgeoisie capitaliste actuelle doit beaucoup aux privatisations de la deuxième partie des années 80. Le groupe Lagardère ne fait pas exception. Il ne le fait pas non plus sur l’entrecroisement des prises de capital entre des capitalistes de tous les coins de la planète. Ainsi, 65 % des actions de la société Lagardère appartiennent à des investisseurs étrangers, essentiellement de l’Union européenne, mais l’actionnaire principal du groupe, avec plus de 10 % des actions est le Qatar Investment Authority, filiale du fond souverain de l'émirat du Qatar.

 

La construction d’un empire

Tout est parti d’une entreprise peu importante de l’aéronautique, CAPRA, fondée en 1937 et rebaptisée MATRA en 1941. Comme souvent, dans les contes de fée des « chevaliers d’industrie », tout cela ne sent pas très bon. C’est en vendant de l’armement à l’occupant allemand que Matra se développe. Epargnée, comme beaucoup, à la Libération, elle devient la société de référence pour l’Etat français en matière d’armes de guerre (missiles, lance-roquettes) et se diversifie dans les années 60 dans l’aérospatiale, la construction automobile, le sport automobile et nautique, qui s’ajoutent à ses domaines initiaux : les armes et l’aéronautique.

A la première génération, on trouve Jean-Luc Lagardère qui n’est pas un capitaliste, au début, mais un ingénieur, puis un PDG au service des actionnaires de Matra, dont Sylvain Floirat, qui a fait fortune avec sa compagnie de bus, obtenant des concessions de service public les transports publics dans les colonies françaises et dans certains grandes villes de la métropole. Le groupe Floirat possède aussi Europe 1 et, à l’initiative de Jean-Luc Lagardère, Matra rachète le groupe d’édition Hachette en 1980. De serviteur zélé (et bien rémunéré) des capitalistes, Lagardère devient lui-même un membre du saint des saints, entrant dans le monde doré de l’actionnariat, opérant une mue assez commune dans les années 80 et 90. Négociateur habile, il évité la privatisation de Matra en 1981 (participation de l’Etat à 51 % et il reste PDG) et profite à fond de la dénationalisation en 1988, et dans la foulée fait partie des fondateurs et actionnaires de référence du groupe EADS en 2000.

Dans le domaine qui nous intéresse, celui des media, il n’est pas non plus en reste. Rejoint par son compère Daniel Filipacchi, qui a fait fortune dans l’animation d’émissions de radio et la production de disques, et possède, entre autres "Match" et "Lui" il lance le groupe l’accaparement ou la création de toute une tripotée de magazines, dans l’achat de nombreuses maison d’édition, dans la participation au capital de nombreux journaux et de chaînes de télévision (domaine dans lequel ses coups d’échec sont moins heureux).

 

L’Etat des lieux

Le résultat est édifiant. Le groupe Lagardère, qui constitue une SCA (société en commandite par actions) est partagé en quatre branches d’activités.

*"Lagardère Publishing" est en charge du livre et des publications électroniques. Il se subdivise notamment en "Hachette Livre", premier éditeur français et sixième conglomérat de l’édiction dans le monde, qui possède notamment : Stock, Poche, Harlequin, Hatier, Grasset, Calmann-Lévy, Larousse, Fayard, Marabout, Didier, J’ai lu, JC Lattès

*"Lagardère Active" s’occupe de la presse, l’audiovisuel, le numérique et la régie de publicité. Sa principale subdivision, "Hachette Filipacchi", est propriétaire de tout un tas de journaux et magazines (dont Match, La Provence, Nice Matin, Corse Matin, Le journal de Mickey, Entrevue, Elle, Première, Télé sept jours, etc.) et actionnaire à 17 % du Monde, à 25 % du groupe Amaury (L’Equipe, le Parisien, France-Football, etc.), à 12 % du groupe Marie-Claire (Marie-Claire, Marie-France, Cosmopolitan, etc.), à 60 % du JDD. Une autre subdivision, "Lagardère thématiques", possède Europe 1 et Europe 2, RFM, Virgin Radio. Enfin, "Lagardère Active" est directement actionnaire à 34 % de Canalsat et possède une petite participation à l’Humanité. Il possède aussi quelques chaînes de télévision comme Gulli ou Canal J.

"Lagardère Services" est en charge de la distribution et possède les magasins Relay, les NMPP et les magasins Virgin Megastore de France.

*La quatrième branche "Lagardère Unlimited" s’occupe des autres affaires dans les domaines du sport, des armes et de l’aéronautique (participation à EADS, Matra, etc.).

Le fils Lagardère, Arnaud, né avec une cuillère d’argent dans la bouche, a opéré un recentrage du groupe sur les media, restreignant sa participation à EADS par exemple. Mais, même si Arnaud a pu déclarer en 2010 « Depuis dix ans, j'ai piloté la stratégie de recentrage sur les médias de mon groupe. C'était autrefois un conglomérat, présent dans les télécoms, l'automobile, la défense et les médias. Aujourd'hui, c'est un groupe de média qui contrôle 100 % de ses quatre branches d'activités », ce recentrage n’exclut pas la participation à des activités juteuses n’ayant rien à voir avec les media et le maintien du contrôle total de Matra, qui fabrique toujours de l’armement, des satellites, des automobiles, entre autres.

 

La "liberté de la presse"

On le voit bien au travers des Lagardère, la presse n’est ni libre ni indépendante, elle appartient aux capitalistes. D’ailleurs, le successeur, Arnaud Lagardère, ne l’a pas envoyé dire à ses journalistes : « C’est quoi l’indépendance en matière de Presse ? Du pipeau. Avant de savoir s’ils sont indépendants, les journalistes feraient mieux de savoir si leur journal est pérenne. » (Cité par Thierry Gadault, Arnaud Lagardère, l’insolent, en 2006.) La presse, le livre, l’audiovisuel, tout ce qui fait l’activité publique du groupe Lagardère ne sert qu’à le valoriser et surtout à répandre la bonne parole, directement, grâce à "l’information", ou indirectement en focalisant les lecteurs et la population en général sur des activités sans intérêt qui intègrent au système (rôle des magazines, au premier chef de Match).

Une presse libre n’existera que lorsque ces capitalistes n’existeront plus ; seule la socialisation des moyens de production et d’échange nous délivrera des magnats de la presse et de l’édition et des larbins à leur service chargés de la soupe idéologique.

 

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