Gantry 5

 

N° 975 27/04/2026  Nul ne peut ignorer – du moins à l’écoute des bons canaux de communication audiovisuelle ou des hebdomadaires et quotidiens de qualité – combien est compliquée la vie des entrepreneurs dès qu’ils veulent entreprendre.
La Commission européenne, alertée par la faible croissance dans l’Union européenne et sa perte de compétitivité, comprenez la baisse de la rentabilité de son capital, s’emploie à simplifier la vie des entreprises fin 2025 avec un Paquet Omnibus 11 réduisant les obligations des entreprises en termes de reporting2 « sociétal » et environnemental et par suite les « coûts de conformité ». Le programme se prolongera jusqu’en 2029 et vise une réduction de 37,5 milliards d’euros des charges administratives des entreprises. A titre de comparaison, l’investissement industriel dans l’Union européenne s’élève à près de 4 000 milliards d’euros par an…
Nous voyons par-là que la « révolution de la simplification » décrété par le Conseil européen (réunion des chefs de gouvernement) en novembre 2024 à Budapest est bel et bien en marche !
Si nous doutons de l’efficacité des mesures européennes à atteindre l’objectif visé (en clair, faire rendre gorge à la concurrence, rétablir la rentabilité du capital à base européenne), il n’en reste pas moins qu’elles constituent un levier idéologique puissant pour aider les États membres à pousser à la roue de la simplification. La majorité très droitière du Parlement européen applaudit à ce tournant de simplification, bien évidemment, car elle comprend de quoi il s’agit vraiment.
En France, le président Macron pousse à la roue avec les projets considérés comme stratégiques, ce qui leur ouvriront les délices de la simplification administrative. Étant un émule de la politique de l’offre depuis des lustres, il n’a de leçon à recevoir de personne en termes de simplification sociale-économique qui consiste à compliquer la vie des travailleurs et faciliter celle des patrons. Il est difficile à en remontrer en termes de simplification au président de la Start Up nation qui invite à traverser la rue pour trouver du travail (n’importe quel travail, s’entend bien, car du point de vue de ce serviteur du capital, le travail n’a aucune qualité au propre comme au figuré).
Le RN relève pourtant le défi. Il a testé sa crédibilité auprès du MEDEF, qui s’est montré réservé, seulement car les engagements, très engageants du RN, n’étaient pas chiffrés. Finalement, le RN propose une même politique de l’offre, teintée d’une nuance de souverainisme, consistant à prétendre rejeter les oukases de l’Union européenne, pourtant souvent approuvés et votés par ses députés au Parlement européen.
Le RN, comme tous ceux inquiets de la bonne santé des entreprises, veut s’attaquer à la fiscalité qui pèse sur elles. Comme il ne serait guère décent de réduire encore l’impôt sur les bénéfices (25% en général et taux réduit à 15% pour les PME), la nouvelle marotte consiste à s’attaquer aux impôts à la production (cotisation sur la valeur ajoutée, foncière et contribution sociale de solidarité des sociétés – une centaine de milliards d’euros de recettes, avec une réduction des taux depuis 2021, comme quoi, l’originalité n’est pas la marque du RN).
Sa prétendue bienveillance envers « les petites gens » consiste à leur promettre davantage de salaire net, c’est-à-dire en termes un peu plus clairs, réduire leur salaire socialisé. C’est simple : avec leur complément de salaire net, ils pourront ainsi payer leur complémentaire santé, accéder aux centres de soins privés et placer leur argent, s’il leur en reste, dans des fonds privés afin de préparer leurs vieux jours. De ce point de vue, entre Bardella et Attal dont les fracassantes déclarations au sujet de l’héritage de 1946 feront date, il serait difficile d’insérer une feuille de papier.
Pour les forces du capital (la bourgeoisie possesseur du capital et ses supplétifs), continuent de se profiler des jours heureux, avec de moins en moins de tracasseries, un agenda politique dégagé avec un joker RN à la raideur prometteuse en termes d’ordres dans les rangs, un paysage syndical souriant dans lequel ne manque plus que l’alignement « institutionnaliste » définitif de la CGT.
Le tableau peut paraître sombre. Il s’agit pourtant de situer le rapport de force dans ce moment donné, défavorable au monde du Travail. Déjà, faire œuvre de lucidité reste une nécessité plus urgente que de savoir l’heure qu’il est !
 
2 Le reporting est une expression anglophone qui traduit la communication de données et est employée pour parler de la transmission de rapports sur l'activité et les résultats d'une entreprise en vue d'aider à la prise de décisions.
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